SĂ©ances de rattrapage pour L’Ă©vĂ©nement de Audrey Diwan au cinĂ©ma et Retour Ă Reims (Fragments) de Jean-Gabriel PĂ©riot en VOD.
Commençons par notre section par le Lion d’or de la Mostra de Venise: L’Ă©vĂ©nement (â â ), de Audrey Diwan (cinĂ©ma), soutenu haut et fort par Bong Joon Ho et son jury sur le Lido. Au tĂ©lĂ©film de F3 quâon pouvait attendre dâun tel sujet (une jeune Ă©tudiante dĂ©sireuse de stopper sa grossesse dans les annĂ©es 60), Audrey Diwan traite tout comme il faut: son film est vif, sans concession (qui a t-il de plus body horror au fond quâune grossesse non dĂ©sirĂ©e?), assez peu acadĂ©mique il est vrai (sa camĂ©ra embarquĂ©e et ses plans serrĂ©s ont quelque chose de Laszlo Nemes), le casting est subtilement accordĂ© (dont une sublime Anamaria Vartolomei, qui incarnait une Eva Ionesco dĂ©chaĂźnĂ©e dans My Little Princess) et on y fait taire les violons. Mais le travail trĂšs maĂźtrisĂ© et consciencieux, semble manquer sĂ©rieusement de quelque chose (dâĂąme? De cinĂ©ma?), comme une mĂ©canique trop bien huilĂ©e pour son propre bien. J.M.
Prenez un livre phare de la gauche bourdieusienne (Retour Ă Reims de Didier Eribon) et mixez-le avec le hobby prĂ©fĂ©rĂ© des boomers (mater des vidĂ©os sur le site de lâINA): vous obtiendrez Retour Ă Reims (Fragments) (â â â ) de Jean-Gabriel PĂ©riot (Arte TV), essai documentaire directement sorti sur le site dâArte alors mĂȘme que le film avait connu son petit buzz Ă la derniĂšre Quinzaine. Naviguant entre les archives documentaires de lâORTF et des films de fiction, ces fragments racontent la trajectoire dâune classe laborieuse qui festoyait naguĂšre avec les camarades du PCF et qui noie aujourdâhui sa tristesse dans les bras du Rassemblement national⊠Quotidien des femmes de mĂ©nage, cadences infernales des ouvriers qui rentrent le soir avec le dos tout niquĂ©, liesse convoquant lâesprit de lâĂ©tĂ© 1936, insultes assĂ©nĂ©es aux femmes quâon nâose pas trop sortir de leur milieu naturel (nous parlons bien sĂ»r de la maisonnĂ©e): le film est un joli shoot Ă©nergique de ce machin bizarre qui sâappelle la France, contraint Ă la fatalitĂ© permanente et pourtant perpĂ©tuellement capable de se remettre sur pied. On travaille, on lutte, on Ă©ructe: tout ça sent bon un certain de cinĂ©ma de propagande – ce qui nâest pas du tout pĂ©joratif dans notre bouche, il suffit de jeter un oeil Ă la longue liste de maĂźtres ayant contribuĂ© au genre – que la voix off de la lectrice AdĂšle Haenel, icĂŽne militante sâil en est, vient encore appuyer. On nâira pas jusquâĂ dire que câest le point faible du film, mais il est possible que sa prononciation trĂšs scolaire et que son air trĂšs sĂ©rieux ne constituent pas le meilleur alliĂ© du mĂ©trage, qui mĂ©rite pourtant le coup d’Ćil⊠Quâil convient dĂ©sormais dâappeler coup de clic. G.R.
