Bad dreams are made of this. Les nuits de Sarah, une adolescente fugueuse, sont peuplées de cauchemars récurrents. À la suite d’une petite annonce, elle accepte de participer à une étude rémunérée sur le sommeil, mais s’aperçoit que les médecins y pratiquent de bien dangereuses expériences…
L’éclatante surprise du cinéma fantastique en 2021. Impossible de savoir pourquoi ni comment, mais la thématique rêves/cauchemars, et plus particulièrement la peur de s’y perdre, était au top tendance du cinéma fantastique des années 80. De The Sender, en passant par les Freddy, Paperhouse, La compagnie des loups, Dream Lover, Nightwish, Dream Demon, Panics, Dreamscape… Oreillers déplumés et draps trempés, onirisme de plastique et labyrinthes mentaux: la recette s’est émoussée comme toutes les modes éphémères.
Quelle fut notre surprise de voir un hommage vibrant à cette dream party avec Come True, second long-métrage d’Anthony Scott Burns, qui raconte la fuite permanente d’une post-ado! Et ce que fuit Sarah n’est pas vivant, ni tangible: ce sont ses propres cauchemars, hantés par une silhouette terrifiante aux traits indistincts. Acceptant d’être la cobaye au sein d’une petite équipe scientifique étudiant le sommeil à des fins mystérieuses, elle voit bientôt ses visions s’atténuer… avant de reprendre de plus belles, jusqu’à littéralement prendre le pas sur la réalité…
Au-delà de l’idée principale, il est clair que la tonalité planante tranche un peu avec la vague de sous A24eries que le cinéma de genre traverse actuellement (non, vous n’êtes pas Ari Aster). Une tonalité peut-être même un peu en retard puisqu’elle rappelle tout simplement celle de Drive, grand daron de la vaporwave malgré lui, allant jusqu’à intégrer du Electric Youth par intraveineuse dans la BO – on va pas se plaindre, c’est sublaïme. Mais Burns y intègre une esthétique un poil plus lo-fi, comme ces petits écrans brouillés caressés par le mythique morceau Coelocanth (mais oui rappelez-vous la scène du tigre endormi dans Manhunter). On est plus chez Michael Mann que chez John Carpenter, et osons le dire, ça fait un peu du bien niveau références.
Traversé de scènes oniriques dont l’imagerie évoque parfois celles des toiles de Beksiński, Come True finit par s’égarer lorsqu’il révèle sa plus belle idée: une machine à filmer les rêves. La tension, censée grimper rayon trouillomètre, s’évapore, le boogeyman (ressemblant à l’incarnation du démon du sommeil dans le troublant The Nightmare) se dilue lui aussi, l’action s’étire un peu artificiellement. Mais le twist final, qu’on jurerait interdit, reste amené de manière incroyablement touchante, et on se surprend à y repenser quelques jours après. On garde du film une forte impression, si bien qu’on a franchement envie de voir de quoi l’avenir du cinéaste sera fait. J.M.
LA RÉVÉLATION ANTHONY SCOTT BURNSL’homme orchestre ASB (il écrit, réalise, éclaire, monte, compose la musique et assure la direction artistique) a baigné depuis son plus jeune âge dans le cinéma – son père a travaillé dans cette industrie. Il a passé sa jeunesse rivée à un ordinateur, apprenant par lui-même la réalisation avant d’entamer finalement une carrière dans le design graphique et de percer dans la publicité en réalisant des effets spéciaux et des habillages pour la chaîne MTV. Après avoir signé des douzaines de campagnes publicitaires multi-primées et quelques courts métrages, il a réalisé son premier long métrage, le film d’horreur Notre maison, en 2018. Come True est son second. |

LA RÉVÉLATION ANTHONY SCOTT BURNS