En ces temps halloweenisants, Amazon ressort son concept «Welcome to the Blumhouse», soit de petites séries b d’horreur qui n’attendent que de faire craquer le pop corn sous la dent. Hélas, le concept, plutôt bien vendu, avait livré l’année dernière une cargaison de films aussitôt vus aussitôt oubliés. Parmi ceux croisés cette année, difficile de ne pas sentir l’attraction vaguement magnétique qui mène à The Manor, qui propose 1. un high-concept 2. une bête d’actrice 3. une jolie affiche.
On y va, frétillants, sans s’attendre bien entendu à un feu d’artifice du genre (mais sait-on jamais: remember The Vast of Night ou Them sur la même plate-forme). Ainsi, il s’agit du deuxième long d’Axelle Carolyn après Soulmate (pas vu, pas pris), réalisatrice qui se fraye un petit chemin depuis quelques années entre séries d’horreur et courts métrages, et ici prête à foutre la pétoche à un club de seniors. Une ancienne danseuse, Judith, sent son corps lui échapper et s’éloigne de sa petite famille dans une maison de retraite grand luxe, malgré un âge qui dénote avec les résidents (elle vient de fêter ses 70 ans). La beauté du lieu (la Stimson House, édifice délirant et baroque aperçu dans House II ou Mad Men) dissimule à peine le malaise chez les petits vieux: impossible de sortir sans autorisation, personnel parfois désobligeant, résidents souvent effrayants et effrayés… Alors que Judith trouve enfin la bande idéale pour taper ses meilleures cartes au bridge, une présence effrayante vient la visiter la nuit. Et vous l’avez deviné, les vieux croûtons se mettent à tomber comme des mouches. L’âge sans doute? Judith, évidemment, n’y croit mot…
L’idée sur laquelle repose The Manor est à vrai dire plutôt belle: resituer le thème de la maison maudite dans un ehpad et faire de son héroïne une dame d’un certaine âge rongée par la peur de perdre raison. Et quelle dame: Barbara Hershey, toujours sublime, fait encore preuve d’une présence éclatante, et soutient à elle seule les 1h20 fragiles du métrage. Il suffit de voir l’actrice de L’emprise ou de Berthar Boxcar pour saisir toutes les angoisses de son personnage, qui, comme un enfant, n’est plus prise au sérieux en raison de son âge. Tout récemment fédérateur de visions grotesques (Midsommar, The Visit, The taking of Deborah Logan – dont on retrouve l’actrice Jill Larson! – Relic, Marianne…), le corps ridé est ici davantage respecté, mais cette fois mis à mal par l’infantilisation, la peur du néant, le frémissement de ce qui était et de ce qui n’est plus. Sans aucun doute l’aspect le plus réussi du film, nourrissant finement ce qu’on peut appeler le canevas du «psychothic women movie». Et même si on a très envie de prendre le thé avec Barbara et Bruce Davidson (qu’elle retrouve près de cinquante ans après l’hallucinant Dernier été), The Manor se ratatine dans sa partie fantastique: jump-scares mollassons et imagerie de folk-horror d’une pauvreté hallucinante, sans le fun ou l’irrévérence d’un épisode des Contes de la Crypte. Car sa conclusion, gentiment subversive, s’accroche comme elle peut aux branches maigrelettes du grand arbre tordu. Après le film d’horreur du samedi soir, voilà celui du dimanche après-midi!
The Manor d’Axelle Carolyn, disponible depuis le 8 octobre sur Amazon Prime



![[Première image] « The Righteous » de Mark O’Brien](https://www.chaosreign.fr/wp-content/uploads/2021/10/right.jpeg)