Pitch simple et funky. Une jeune femme se réveille dans un tube rempli de pièges mortels. Pour ne pas mourir, elle devra constamment avancer…
Sortis à peu de temps d’intervalle, Méandre et Oxygène ont pour point commun de placer leurs personnages respectifs dans un même espace restreint soumis à suspens. Difficile donc de résister à la tentation de les comparer. Certes, il y a des nuances: dans le film d’Aja, Mélanie Laurent ne sort jamais de sa capsule (sauf en pensée) alors que la femme de Méandre peut ramper d’une cellule à une autre. La différence principale vient de ce qu’Oxygène dépend intégralement du texte pour raconter une histoire mentale et alambiquée. Coupez le son et 1. vous ne comprendrez rien et 2. vous risquez de mourir d’ennui longtemps avant le terme de l’interminable compte à rebours qui échoue lamentablement à générer du suspens. Méandre, au contraire, s’affranchit de l’immobilisme, varie les ambiances et adopte la dynamique d’un jeu. Chaque action ou décision du personnage principal est vitale: avec un temps limité pour se libérer de situations mortelles, elle joue pour sa survie et enchaîne les épreuves à un rythme soutenu. Visuellement, le Français Mathieu Turi prend modèle sur Cube pour faire beaucoup avec pas grand-chose. Filmés au format scope, les décors sont peu nombreux, mais conçus pour donner l’impression d’un réseau labyrinthique de conduits d’aération, avec de temps en temps une ouverture sur un espace un peu plus spacieux. En attendant de lui trouver une logique, l’environnement se révèle avant tout hostile, rempli de pièges de toutes sortes, liquides, solides ou gazeux.
Le script est assez habile, et part d’un préambule littéralement déroutant, puisqu’il fait le lien entre deux univers totalement distincts. Le premier s’apparente au monde réel, où l’on fait connaissance avec Lisa (Gaia Weiss), une femme désespérée et suicidaire, au moment où elle est prise en stop par un conducteur qui se révèle être un tueur reconnaissable au tatouage en forme de croix sur sa main. Sans transition, la femme se réveille dans une sorte de cellule, avec un bracelet à la main qui fait office de mouchard, de lampe, et d’horloge. Assez vite, elle se rend compte que le compte à rebours qui s’enclenche indique le début d’une épreuve à durée limitée dont elle doit se libérer. Des traces de candidats malheureux montrent ce qui l’attend si elle échoue. Au cours de brefs moments de répit, des flash-backs de sa vie passée lui rappellent la douleur d’avoir perdu sa fille. Ce monde n’est jamais identifié, mais il pose une quantité de questions: prison? enfer? purgatoire? par qui? pour qui? Le script n’apporte pas de réponses, mais donne juste ce qu’il faut d’éléments pour laisser entrevoir une multitude d’hypothèses, sans jamais les confirmer. Pas de quoi crier au génie, mais lorsque Méandre dépasse les apparences d’habile thriller ludique, il prend des allures de conte initiatique, d’allégorie du deuil, d’expérience métaphysique. On n’en demande pas plus. G.D.

