[CRITIQUE] DANS LES ANGLES MORTS de Robert Pulcini et Shari Springer Berman

Bonjour l’angoisse. Un couple de Manhattan s’installe dans un hameau historique de la vallée de l’Hudson. Elle et lui vont bientôt découvrir l’histoire sombre qui a eu lieu dans leur nouvelle maison et qui fait étrangement écho à celle qu’ils sont en train de vivre.

Frissons éventés. Nouveau-né de la collection Netflix frayeur printemps/été 2021, Dans les angles morts cherche à décontenancer le spectateur en permanence. La preuve: le film, s’il est présenté comme tel, n’est pas vraiment un film d’horreur. Ici, pas de surgissements de spectres persécuteurs ou de mioches zinzins dans la jolie maison fraichement investie où se situe le plus clair de l’action. Malgré les drames, les enfants sont heureux et les fantômes gentils. Pour les adultes, c’est une toute autre histoire. Le couple que nous allons suivre pendant deux longues heures pue la défaite. Lui (James Norton, propre et bien coiffé), est professeur d’université fraichement muté dans un bahut paumé. Elle (Amanda Syfried, fade à crever), est une restauratrice d’art, déprimée à l’idée de s’isoler en campagne pour la carrière de monsieur. Lui est un homme toxique, homophobe, infidèle et con ayant une fâcheuse tendance à se montrer violent après quelques taffes sur le pétou; elle, une anorexique un peu cruche et alcoolique et sa sensibilité lui fait prendre conscience rapidement que la maison est investie de présences de l’au-delà. Malheureusement, une forme de malédiction semble se cacher dans les fameux angles morts et causera la perte de la sainte soumise. Si vous trouvez cette présentation horriblement clichée et déjà vue, dites-vous que c’est pire en images.

Le but du film est donc de ressortir tout un bestiaire et héritage de l’horreur (fantômes, possession, truc chelou dans le lavabo, ce genre) pour le refaçonner sous l’angle du couple toxique et de l’éternel combat du bien contre le mal(e). Why not. Mais dans ce cas, autant remodeler aussi les tonnes de clichés éculés plutôt que les étaler à nouveau comme du Nutella. Pensant bonne l’idée de proposer une sorte de Amityville version soft, les deux réalisateurs foncent droit dans le mur. En plus d’être bancal thématiquement, le film souffre aussi d’un autre souci de taille: un dédain monstrueux pour le spectateur. Il y a là une très vilaine tendance qui émerge dans le film de genre post-2020, celle d’aller puiser sans vergogne l’essence d’un pan entier de l’horreur et de le recracher transformé, agrémenté des questions sociétales actuelles. Si l’idée n’est pas déplaisante, encore faut-il pour cela être inspiré et proposer de nouvelles formes narratives ou visuelles. Hélas, comme dans les récents et affreux The other side et Honeydew, les producteurs semblent convaincus que le public trouvera leurs propositions originales. Dans les angles morts, lui aussi, ne propose rien, ne transfigure rien, et ne raconte absolument rien de nouveau. Il correspond simplement à une mise à jour bancale de ce qui existe déjà ailleurs et en bien mieux. Son final métaphysique en mode Lars Von Trier du pauvre ne le rend que plus embarrassant. G.C.

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29 avril 2021 sur Netflix / 1h 59min / Epouvante-horreur, Thriller De Robert Pulcini, Shari Springer Berman Par Shari Springer Berman, Robert Pulcini Avec James Norton, Amanda Seyfried, Ana Sophia Heger Titre original Things Heard And Seen[CRITIQUE] DANS LES ANGLES MORTS de Robert Pulcini et Shari Springer Berman
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