Oh mon kilotonne. Manabu Ito est un riche étudiant en médecine qui s’intéresse à l’occultisme, tandis que Susumu Nakoshi est un salaryman très rationnel, en congé prolongé et vivant depuis peu dans sa voiture. En raison de problèmes d’argent, ce dernier accepte l’offre du premier de subir une trépanation en échange de 700.000 yens. Cette trépanation active une nouvelle fonction de l’Homonculus sensitif de Susumu, qui acquiert alors un sixième sens.
Evacuons d’emblée les deux problèmes de cette adaptation d’un manga homonyme de Hideo Yamamoto. C’est à la fois trop court (forcément frustrant face à la densité et aux possibilités monstres d’une grand-oeuvre publiée en tomes sur plusieurs années) et trop long (beaucoup de baisses de régime qui cassent fissa le délire). C’est dommage parce qu’on est partant pour l’idée et ce même si l’ensemble brode sur un concept devenu Bessonnien selon lequel, dans la vie de tous les jours, nous n’utilisons que 10% des capacités de notre cerveau. Dire ça est très homunconnus, mais pourquoi pas. Ainsi, Homunculus, joli-titre-de-film-propice-aux-jeux-de-mots-qui-donne-envie-d’être-aimé, aimerait prendre les allures d’une expérience mentale où l’on explore par un oeil révolver des secrets et traumas chez des personnages a priori accordés avec le monde. Mais la joie est brève. Certes, on est ravi pour Takashi Shimizu, ce cinéaste décidément insaisissable (Ju-On), qui confirme sa capacité à fréquenter des registres totalement différents d’un film à l’autre. Mais son parti-pris de mise en scène s’avère exactement le même sur quasi deux (longues) heures d’encéphalogramme plat, à savoir nous faire croire que le personnage principal, lorsqu’il ferme l’oeil, la main posée sur le globe, a de vraies visions que la caméra nous montre littéralement. Un peu léger dans la monstration, très redondant dans la transposition.
Si les effets (pas si) spéciaux sont utilisés à bon escient, avec parcimonie, ce n’est pas pour autant que le trip psychologique prend forme. Rien à voir avec la sobriété mais le film est simplement monolithique, programmatique, éclairé et cadré de la même façon d’une scène à l’autre. Il y a un côté bloc uniforme casse-pied qui nous prive d’heureux accidents attendus en de pareilles circonstances. Shimizu n’a pas la légèreté, la folie, la poésie d’un Gondry qui, quoi qu’on pense de ses longs métrages, sait mettre en scène comme pas grand-monde des idées aussi profondément vertigineuses que celles, évoquées présentement (revoyez Eternal Sunshine, si vous restez éternellement circonspects). Un Sono Sion aurait rendu ça moins plat. Même le Miike trash des débuts aurait été plus animé. On regarde donc ces gesticulations avec distance, perplexité puis ennui gras, de plus en plus lassés par le manque d’action, les lumières sépia-criardes et le surjeu des comédiens, pas très sobres pour donner à croire en des situations reposant sur notre bonne vieille suspension d’incrédulité, plus que nécessaire pour gober un pareil postulat. J.F.M.
| TRIVIA YAMAMOTO Hidéo Yamamoto (山本英夫) fait son entrée sur la scène manga en 1990 avec Okama Hakusho, l’histoire d’un travesti au Japon. Mais c’est avec Koroshiya Ichi (Ichi l’assassin) qu’il fera vraiment parler de lui. Manga très controversé pour son extrême violence et cruauté, il défraye la chronique lors de la sortie de son adaptation au cinéma sous le nom Ichi the Killer adapté avec fureur de filmer et brio incandescent par Takashi Miike en 2001. Moins chanceux dans sa transposition cinématographique, son Homunculus (ホムンクルス) est un seinen manga publié en France par les éditions Tonkam en quinze volumes sortis entre septembre 2005 et septembre 2011; l’éditeur ayant d’ailleurs pris le soin de préciser en fin d’ouvrage: « La trépanation est extrêmement dangereuse. Ne faites pas ça chez vous« . |
| 22 avril 2021 sur Netflix / 1h 55min / Thriller, Epouvante-horreur De Takashi Shimizu Avec Gô Ayano, Ryô Narita, Yukino Kishii |

