« Starry Eyes », un vrai film d’horreur ascendant chaos à rattraper en SVOD

Descente aux enfers d’une comédienne pactisant avec le diable, Starry eyes de Kevin Kölsch et Dennis Widmyer est un vrai film d’horreur où les rêves font les stars et où les stars font des cauchemars.

Sarah rêve de devenir comédienne mais pour l’instant, ça n’est qu’un rêve. Elle a un petit boulot sans avenir sous le joug d’un patron qui la prend de haut, elle subit des amitiés superficielles avec des acteurs concurrents et participe à des castings qui n’aboutissent à rien. Après plusieurs auditions humiliantes face à un duo pour le moins bizarre, elle décroche le rôle principal dans leur nouveau film. Malgré le fait qu’ils lui demandent de faire des choses de plus en plus étranges, elle sera prête à tout pour réussir, aveuglée par son fantasme de célébrité. Starry eyes, premier film de Kevin Kölsch et Dennis Widmyer, est passé sous le radar en France où il est sorti directement en DVD-Blu-ray, sans être distingué du tout-venant. Un accueil froid assez injustifié. Le récit reprend en apparence le postulat du Mulholland Drive de David Lynch (une actrice voit l’usine à rêves devenir machine à cauchemar) mais loin de l’épigone attendu récitant Polanski-Cronenberg-et-donc-Lynch, il s’avère en réalité plus original que prévu, guidant son héroïne au cimetière de rêves brisées. Il est question de raconter ce qui se passe dans la tête d’une personne qui voit ses espoirs déçus, en l’occurence une comédienne qui va passer un pacte Faustien avec un producteur dégueu à la tête d’une secte satanique (gloire et célébrité en échange du corps et de l’âme de l’actrice). Une trajectoire inspirée par les nombreuses auditions que les deux réals ont fait passer à des comédiens, éprouvant alors une sincère empathie à l’égard de celles et ceux qui postulent pour enfin devenir une star de cinéma et doivent essuyer tant d’humiliations.

Cette fable cruelle sur la perte de l’innocence ne fera pas l’unanimité. Certains trouveront très irritable cette tendance à la pose comme à l’inflation (de plus en plus de sang à mesure que le film progresse) et aimeraient sans doute que les deux auteurs arrêtent de faire des manières. Mais l’on retrouve là une gratuité fantasmagorique que l’on retrouvait précédemment dans le délirant INLAND EMPIRE de David Lynch, au sens le plus ingrat, le plus anti-commercial, le plus habité, le plus étouffant. On sait trop bien à quel point tant de mauvais élèves de Lynch s’imaginent qu’il s’agit de cadrer bizarre pour créer un sentiment d’étrangeté pour faire la différence. Ce Starry Eyes trouvera son prolongement dans The Neon Demon de Nicolas Winding Refn dans sa radicalité dorée. Jusqu’à l’inanité, ce cauchemar éveillé va jusqu’au bout de sa logique délirante, paranoïaque, délétère, toxique. A cela s’ajoute la découverte d’une comédienne démente: Alexandra Essoe, que l’on reverra plus tard imiter Shelley Duvall dans Doctor Sleep de Mike Flanagan. Quand bien même les deux réals n’ont pas confirmé avec leur remake de Simetierre, regardez un peu ce rêve hollywoodien qu’ils ont saccagé.

Starry Eyes, de Kevin Kölsch et Dennis Widmyer, disponible sur Shadowz.

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