[ETRANGE FESTIVAL 2020] « Amulet » de Romola Garai

Il y a plusieurs façons d’aborder Amulet, mais il y en a au moins une qui est interdite, au moins pour le moment: celle qui consiste à prendre le film en tant que représentant d’un genre particulier, et partant de là, à l’évaluer en conséquence, et en soulignant ce qu’il apporte de nouveau, ou non. Le problème, c’est que le simple fait de nommer le genre en question revient à dévoiler une partie essentielle de l’intrigue, construite de telle sorte que la révélation n’est divulguée que dans la dernière partie du film. On n’en dira donc pas plus, ou en tout cas pas plus que Frédéric Temps qui, lors de sa présentation d’Amulet à l’Etrange festival, a rappelé que la réalisatrice a déclaré l’avoir écrit en souvenir de sa mauvaise expérience lors d’une «audition» avec Harvey Weinstein.

L’histoire est centrée sur Tomas, un migrant originaire d’Europe centrale, échoué en Angleterre. Il souffre manifestement de stress post-traumatique, et fait des rêves récurrents du temps où il a passé la guerre loin des combats à un poste frontière. Ce qui ressemble au hasard l’amène dans une maison occupée par une jeune femme accaparée par sa mère mourante, qui habite au grenier. Le film alterne les flash-backs qui reconstituent par fragments le passé du personnage, tandis qu’au présent, il se rapproche lentement de l’occupante de la maison, tout en découvrant la réalité de plus en plus inquiétante de la maladie de la mère. Ce qui commençait comme un drame social un peu lugubre évolue dans un fantastique de plus en plus visuel. L’intérêt de ce premier film de Romola Garai, jusqu’ici connue comme actrice dans des comédies familiales, c’est sa volonté de traiter de sujets sérieux (différents traumatismes contemporains, qui en révèlent d’autres), sous forme de conte fantastique dont elle revisite les vieilles recettes avec un certain succès. Et il y a de quoi voir, ne serait-ce que dans la maison fortement dégradée que Tomas s’emploie à réparer par petits bouts avant de comprendre qu’elle symbolise la mauvaise condition de sa propre conscience qui a besoin d’être sérieusement ravalée. A la suite de rebondissements de plus en plus improbables et alambiqués, le film débouche sur une série d’images fantastiques assez impressionnantes. Dommage qu’on ne puisse pas en discuter davantage, notamment sur le positionnement de la réalisatrice par rapport à certaines thèses féministes, mais pour ça, il faudra attendre. G.D.

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