[L’instant chaos] Herbie Hancock – « Rock It »

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Quand Herbie Hancock quitte ses effluves jazz et funk pour un hommage assez (im)probable aux sons de Kraftwerk, on flaire le chaos à plein nez.

Mutant et déglingué (à l’image du clip), Rock It fut un tube indiscutable à son époque et un classique instantané de la mouvance hip-hop. Mais si on était à cette même période (et même plus tard) haut comme trois pommes et qu’on tombait par mégarde sur le vidéo clip sidérant qui accompagnait la chanson, il y avait de quoi se taper de sacrées sueurs froides. Pourtant, on pense bien que personne dans l’affaire ne voulait provoquer un quelconque malaise. Et que filmer de vrais robots, c’était le top de la hype futuriste. Pourtant, il y a quelque chose de sale et de bizarroïde dans ce ballet robotique, qui s’organise visiblement dans une petite maison de banlieue (du moins le premier plan veut-il nous le faire croire).

Cas assez particulier dans l’industrie musicale, c’est au duo Godley & Creme qu’on devait cette petite folie: tous deux étaient à la fois un groupe de musique d’un côté, et des clippeurs chevronnés de l’autre. Clippeurs autant pour eux (l’hallucinant Cry qui devance la scène de morphing de Black & White de plusieurs années mais sans morphing) et pour les autres (Culture Club, Duran Duran, Sting, Peter Gabriel, Ultravox…). Volontiers expérimentaux, ils s’amusent à filmer dans Rock It ce qui pourrait être une installation arty, où une pelletée d’automates miment des scènes de la vie quotidienne, prisonniers dans des boucles infernales.

Si on est assez attentif, on peut y voir un oiseau chelou, une femme prenant son bain, un homme dans son lit pris de convulsion façon Linda Blair, des jambes qui marchent encore et encore (et d’autres qui sortent du placard), une femme lampe, un corps décapité lisant un journal, un visage laiteux s’agitant à la fenêtre…ce n’est donc pas les machines luisantes de Star Wars, mais des créatures inachevées et embrouillées, au design grossier, entre le latex et le polystyrène, câbles et moteurs apparents. Pour certains, le semblant de peau synthétique évoquent des cadavres tentant vaguement de reprendre vie, le regard mort mais les membres souples. Creepy on vous dit.

Alors que Hancock himself s’agite dans un tube cathodique, les images dérapent et se scratchent comme ses propres disques, invitant les robots dans une nouvelle danse virtuelle: retour en arrière, arrêt sur image, loop foldingue. Complètement chelou, totalement chaos.

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