Kikiveut de la J-HORROR?

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2010

On a beaucoup – pas forcément à tort – résumé le cinéma d’horreur japonais au torture porn, au cyber-punk craspouille et aux vilaines filles à cheveux (gras) et longs. Et puis il y a d’autres bizarreries plus méconnues, rarement (voire pas du tout) parvenues jusqu’à nous, d’une inventivité de tous les diables et avec un goût pour le grand-guignol qui ravira les plus pervers d’entre vous. Gothique pas toc, slasher mutant, pinku piqué, revenge-flick costaud… Le Chaos a fait ses courses au pays du soleil levant et il a les bras chargés!

Jigoku de Nobuo Nakagawa (1960)
Un cercueil ouvert. Puis des filles nues. Du mambo. Jigoku vient de commencer, on ne sait pas où il veut nous emmener. Certains l’ont peut être d’ailleurs découvert durant l’incroyable exposition Enfers & Fantômes d’Asie, d’autres peut-être à L’étrange Festival. Débutant comme un Théorème à l’envers, où un inconnu malfaisant détruit la vie d’honnêtes gens, Jigoku se lance par la suite dans une exploration minutieuse et hallucinatoire de l’enfer et de ses délices. Les âmes damnées se bousculent aux portillons, et c’est tortures à tous les étages: le gore, pour la première fois de l’histoire du cinéma, explose en Technicolor! Et c’est flamboyant et atroce. Étrange que les amateurs de l’extrême n’aient pas rappelé la place de choix de ce tour de force dans l’histoire du cinéma d’horreur, tant le film abonde en sévices graphiques de tous poils. Mais avec une folie baroque en plus, du genre à faire rougir Mario Bava.

Horrors of Malformed men de Teruo Ishii (1969)
Rien qu’avec la série des Joy of Torture, reconstitutions historiques décadentes prétexte à dérouler des enfilades de tortures raffinées et de cruautés sadiennes, Teruo Ishii a repeint en quelques coups de pinceaux le cinéma d’exploitation japonais. Sorte de menu big best-of de l’auteur Edogawa Rampo, Horrors of Malformed Men revisite L’île du docteur Moreau en parsemant son récit de nombreux éléments empruntés à des nouvelles du célèbre auteur d’ero-guro. En résulte une œuvre délirante passant du thriller atmosphérique au happening jodorowskien en un claquement de langue. L’apport de Tatsumi Hijikata, danseur prodigieux à la silhouette tordue, fait alors office de cerise empoisonnée sur un gâteau enflammé.

The Vampire Doll de Michio Yamamoto (1970)
Malgré le succès fou de ses monstres géants, la Toei tenta une embuscade à l’horreur gothique au cours des années 70: il en résultera une trilogie de films de vampires sans lien apparent, si ce n’est la figure de Dracula (bridé pour l’occasion) présente dans Lake of Dracula (1971) et Evil of Dracula (1974). Le premier opus est le seul à ne pas ressasser la figure du comte: presser de retrouver sa dulcinée, un jeune homme arrive au manoir familial et apprend son décès. Mais à la nuit tombée, la jeune femme réapparaît en quête de sang frais. Les emprunts à l’esthétique gothico-italienne sont évidents, donnant un cachet savoureux à ce petit film mutant, nimbé dans une ambiance délicieuse d’obscurs secrets familiaux, de disparitions suspectes, de passages secrets poussiéreux ou d’orages bien pratiques. Loin du folklore habituel, sa réinvention du mythe vampirique surprendra même les plus blasés dans un final joliment sanglant.

Curse of the dog god de Shunya Ito (1977)
Si les Bakaneko, soit les chats fantômes, ont été incontestablement les stars du cinéma d’horreur japonais durant de nombreuses années, les Inugami, leur équivalent canin, ont été moins bien servi. À la sortie des trois premiers volets de la saga de La femme scorpion (les seuls que vous devez voir d’ailleurs), Shunya Ito signera ce petit film d’horreur à l’ancienne où une malédiction s’abat sur un industriel venant de découvrir une source d’uranium dans la campagne japonaise: le combo autel détruit et canidé écrasé va alors accélérer une malédiction sur le quidam, qui aura bien pris soin entre-temps d’épouser une des filles du coin. Déroutant, Curse of the dog god est assez mémorable quand il déraille sec: tête de chien volante, possédée en modèle réduit cabriolant dans la nuit claire, meute de bergers allemands enragés, foreuse sanguinaire… Sur la fin, on a la tête grosse comme une pastèque, et on le droit de trouver ça un peu long, mais la générosité et les nombreuses caresses visuelles finissent par avoir raison de nous.

Zoom in: Rape Apartments de Naosuke Kurosawa (1980)
Les roman-porno de la Nikkatsu se sont rarement risqués à flirter avec l’horreur ou le fantastique, ce qui peut paraître curieux pour un cinéma aussi audacieux dans les genres qu’il aborde. Recrachant une histoire douteuse mille fois racontée (la relation ambiguë d’une femme seule et d’un serial-rapist), Rape Apartments va cependant beaucoup plus loin en mariant ouvertement eros et thanatos, réarmant la fétichisation outrancière façon giallo (le film assume l’utilisation des gants en cuir comme instrument érotique) tout en se lâchant dans la cruauté (sexe brûlé, œil arraché au barbelé, femme enceinte cramée), et dans les symboles surréalistes. Le désir brûlant, incendiaire et à fortiori, dangereux, allant jusqu’à être illustré tel quel à l’écran (vagin en feu, cyprine en flamme, ébats infernaux). Complètement taré.

Mermaid Legend de Toshiharu Ikeda (1984)
Il suffit de (re)voir Angel Guts: Red Porno ou Sex Hunter pour se rendre compte que Toshiharu Ikeda, même quand il s’agissait de signer des roman-porno avec clefs en main, se permettait d’aller au delà des standards du film d’exploitation. Rebelote côté film revenge-flick avec ce Mermaid Legend, très (très) injustement méconnu, débutant comme un drame social tout à fait réaliste avant de glisser vers l’exploitation pure et dure (comme si un film de Naomi Kawase avait été agressé par Old Boy ou I Spit on your grave). Un couple de pêcheurs, menacé par un projet de construction, se voit alors éradiqué par quelques hommes de mains. Mais la femme survit et… ça va faire mal. L’esthétique flamboyante d’Ikeda (les scènes sous-marines, sublimées par le score de Toshiyuki Honda, sont hypnotiques) et le goût de plus en plus en prononcées pour les scènes gores justifient pleinement la place du métrage dans une telle liste. L’autre grande idée, aussi formidable qu’irréelle, étant d’avoir iconisé Mari Shirato en sirène guerrière qui, armée de son trident maison, semble possédée par une furie meurtrière que personne ne pourra arrêter. La scène finale où elle se transforme en déesse de mort, est une totale sidération. Bref, alerte.

Entrails of a Virgin de Kazuo Komizu (1986)
C’est Evil Dead et Vendredi 13 qui auraient rencontré la version hentai de Hausu. Loin d’être une petite bande amateur, Entrails of a Virgin, aussi dérangé, misogyne et dégueulasse soit-il, surprend constamment par ses choix de mise en scène, avec des séquences parfois semblables à des rebus visuels, sa photo soignée et son approche ouvertement cul du slasher (le tueur est un ermite monstrueux au phallus démesuré qui fait trembler ses victimes de plaisir et d’effroi). On reste bouche bée tant par la connerie que l’outrance de la chose. Son successeur Entrails of a beautiful Woman (1986) tentera un détour moins intéressant par le rape and revenge… avant de faire un virage final dans le tentacle porn. Une certaine idée de la finesse nippone.

The Discarnates de Nobuhiko Obayashi (1988)
Bien sûr qu’on pourrait vous parler de Hausu. Encore, encore et encore. Et puis comme on est un peu joueur, c’est un autre film de son réalisateur dont l’on parlera ici, ce brave Obayashi, qui a d’ailleurs tâté plus d’une fois du fantastique sans retrouver le goût sucré et fondant de son célébre berlingot sous LSD. Parmi ses autres tentatives, The Discarnates est sans aucun doute la plus réussie et la plus étonnante: un auteur de drama y retrouve le quartier de son enfance et y croise ses parents défunts, toujours jeunes et souriants. Au même moment, il rencontre sa voisine, une jeune célibataire scandaleusement jolie et secrète. Bref, si vous connaissez les règles du kwaidan, peut-être que le film de Obayashi ne vous étonnera pas tant que cela: mais ce mélange curieux de mélo, de chronique nostalgique et d’horreur poétique (le final soudainement wtf), bien que longuet, se relève fichtrement touchant. En effet, on y retrouve parfois en creux la poésie à la fois douce et désespérée que l’on aimait tant de Hausu

Sweet Home de Kiyoshi Kurosawa (1989)
Avant de devenir une référence du thriller fantastique, Kiyoshi Kurosawa fut un réalisateur plus populaire, comme beaucoup d’ailleurs de ses compatriotes. Vrai premier pas dans l’horreur, Sweet Home est si éloigné du style qu’adoptera le réalisateur dans des films comme Cure ou Kairo, qu’il s’impose d’or et déjà comme une curiosité. Une équipe de télé partant à la découverte de la dernière œuvre d’un peintre maudit, se retrouve prisonnière de la maison du défunt, bien évidemment hostile et hantée. Remonté dans le dos de Kurosawa (mais jusqu’à quel point?), Sweet Home débute comme une comédie avant de prendre une allure de train fantôme de plus en plus cracra (corps liquéfiés ou découpés, fantômes gigantesques et défigurés). Et on ne se plaindra pas du coup de pouce inattendu de Dick Smith au rayon fx. Divertissement horrifique éminemment sympathique, le film ne sortira jamais du Japon mais son adaptation vidéo-ludique sur Nintendo deviendra une référence pour le Resident Evil de Shinji Mikami!

Evil Dead Trap 2: Hideki de Izo Hashimoto (1992)
Nous n’avons bien sûr pas zappé le premier Evil Dead Trap par plaisir, mais plutôt pour donner une chance à sa (fausse) sequel, bien moins connue et pourtant d’un niveau somme tout équivalent. On y suit cette fois les pérégrinations d’une projectionniste bien en chair (belle Shoko Nakajima, le genre de silhouette rarissime dans le cinéma japonais), dont la nuit réveille quelques instincts meurtriers. Nettement plus soft et mystérieux que le premier volet, qui faisait office de réponse ultra-gore au giallo, Evil Dead Trap 2 se montre toujours surprenant, quitte à être parfois confus. Son final dantesque retrouve les manœuvres darioargentesques de son prédécesseur avec un long combat aux ciseaux et au cutter dans une myriade de rideaux blancs (et quelle musique!). Le gore maniériste, on adore.

Bonus:
Au cours des années 80, le V-Cinema japonais a donné lieux à des films plus économes et bien moins fignolés, tuant par là même l’idée d’un cinéma d’exploitation plus «classe» et soigné. Déjà très palpable dans le manga d’horreur et dans les OAV de la fin des années 80, le body horror contamine bientôt ce marché alternatif, dont on connaît bien par exemple l’immonde saga des Guinea Pig. D’une durée souvent rachitique (entre 30 et 50 minutes grand max), de nombreux petits films ratiboisent les vidéos-clubs, dans l’espoir de sacrifier quelques corps fragiles à l’écran, et de la pire manière possible: Demon Within (1985), sans doute le plus pro mais aussi le plus soft, voit un journaliste accoucher par la glotte d’un petit démon (très semblable à celui de Demons 2) qui compte bien faire chier son monde. Guzoo (1986) lance un monstre tentaculaire sur un groupe de lycéennes : jamais libidineux (un exploit!), le film, bien que très limité, offre une créature impressionnante, et pas franchement soigneuse quand elle «explore» l’enveloppe charnelle de ses victimes. Si Cyclops (1987) ne vaut que pour ses débordements finaux, Biotherapy (1986) est peut-être le plus réjouissant et le plus dégueulasse de tous: on y voit un alien déguisé en tueur de giallo démonter des scientifiques à la chaîne, dans des débordements gores que n’auraient pas renié Fulci (dents brisées au pistolet, victime transpercée par des tubes à essais, énucléation…). Il va sans dire que les amateurs d’effets à l’ancienne vont sautiller et les âmes sensibles resteront la tête au-dessus des chiottes.

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