Kikiveut du wu xia pian?

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Parce qu’on aime vous gaver de culture alors que vous êtes à donf sur BFMTV et les résosocio, le Chaos vous donne quand même de bons wu xia pian pour vous changer la tête d’images.

The Blade de Tsui Hark
Après avoir donné les premiers coups de semonces de la Nouvelle Vague de Hong Kong dans les années 80 (Butterfly Murders, Zu, les guerriers de la montagne magique), Tsui Hark se propose de donner au genre son opus terminal en révisant le mythe du sabreur manchot. Résultat: une relecture dantesque, née dans la douleur et le chaos, mais qui à l’instar de la technique de combat de son héros, trouve un parfait équilibre. Incompris à l’époque, The Blade est devenu peu à peu une référence incontournable pour les cinéphiles y voyant là un étalon du wu xia pian insurmontable.

Swordsman 2 de Ching Siu Tung
Le tournage de Swordman premier du nom fut une véritable épopée (pas moins de six réalisateurs s’y sont succédés). Celui du second fut plus calme mais loin de ressembler à un long fleuve tranquille. Suffisamment en tout cas pour que Tsui Hark – en sa qualité de producteur – et son homme de main Ching Siu-Tung puissent offrir une séquelle moins foutraque et intensément supérieure à l’original, se proposant d’être au wu xia pian moderne ce que fut les Il était une fois en Chine au cinéma de kung-fu: une dynamique revitalisation stylistique et tapageuse du genre. Succession de moments de bravoures aussi violents (les corps sont démembrés à la verticale) que délirants (les ninjas volant sur leur Shirukens) et de passages bucoliques au romantisme désespéré (l’amour impossible entre Ling Wu Chung et Asia l’invincible), Swordsman 2 demeure clairement un aboutissement créatif entre ses deux géniteurs à la fois complémentaires et antinomiques.

Les cendres du temps de Wong Kar-Wai
S’il fallait trouver l’antithèse parfaite à l’apocalyptique The Blade de Tsui Hark, nul doute qu’il s’agirait des Cendres du temps de Wong Kar-Wai signant là sa première incursion dans le cinéma martial avec The Grand-Master. Bien évidemment, le cinéaste des sentiments de Nos années sauvages et In the Mood for Love ne pouvait se contenter d’obéir aux thèmes et conventions spectaculaires de ce type de divertissement. Ce sont moins les combats qui intéresse le réalisateur (même si les chorégraphies de Sammo Hung sont mises en valeur par une approche sensitive de la violence), que les émois et les turpitudes émotionnelles de ces personnages dont Les Cendres du temps sonde le coeur. Wong Kar-Wai y apporte alors la dimension poétique qu’il manquait au wu xia pian s’étant rarement aventuré (avant ou après d’ailleurs) du côté de la poésie cinématographique pure, qui vaut autant dans sa version originale que dans celle dite redux qui verra le jour quinze ans plus tard avec un nouveau montage, quelques minutes en moins et un étalonnage retravaillé par le directeur de la photographie Christopher Doyle.

La rage du tigre de Chang Cheh
Si avec Un seul bras les tua tous et Le bras de la vengeance (fortement inspirés du chambara japonais dont la saga des Zatoichi), Chang Cheh bouleverse l’industrie cinématographique chinoise, ce n’est qu’avec le troisième opus de sa trilogie sur le sabreur manchot qu’il réussi à dépasser les frontières nationales. Plus un reboot qu’une suite, La Rage du tigre est un retour aux sources de la légende dégraissant au maximum le superflu scénaristique pour aboutir à un joyau brut qui culmine dans un final sanglant souvent copié, rarement égalé. Un classique dans tous les sens du terme destiné à devenir un petit phénomène de la VHS en Occident et un objet d’étude pour les amateurs du genre.

Histoire de fantômes chinois de Ching Siu Tung
En 1988, les spectateurs français font une énième fois connaissance avec le cinéma hongkongais (alors souvent victime du mépris pseudo intello et culturel de l’époque), en voyant débarquer dans leurs salles obscures un conte fantastique et romantique comme il n’en a jamais vu jusqu’ici. C’est tout de suite le coup de foudre pour ce mélange de scènes aériennes câblés, de fantastique local et d’amour contrarié baignant dans une esthétisation composée de draps flottants et de couleurs primaires (une marque de fabrique que n’hésitera pas à recycler sans vergogne Zhang Yimou avec Hero). Le succès et la renommée internationale du film sont tels qu’il devient une sorte d’ambassadeur du 7ème chinois pendant quelques années. Son producteur Tsui Hark n’hésitera pas à en faire une franchise constitués de deux autres opus (le second légèrement inférieur et le troisième faisait office de remake conforme aux intentions initiales de Ching Siu Tung), avant d’essayer de la relancer avec un opus animé qui n’aura malheureusement pas les moyens de ses (trop grandes) ambitions.

Les 3 royaumes de John Woo
Alors qu’on le croyait artistiquement mort et enterré à Hollywood où il semblait condamné à se parodier sans fin, John Woo retourne sur sa terre natale en 2007 pour y signer une superproduction martiale complètement surdimensionnée (deux films et presque 5 heures de projection). Et pour cause, avec ses 80 millions $ de budget et le soutien tactique de l’armée chinoise, Les 3 royaumes demeure le film le plus cher de toute l’histoire du pays. Une sécurité économique que John Woo met à profit pour réaliser un projet rêvé depuis 20 ans: adapter l’épisode de la Bataille de la Falaise Rouge issu du roman de Luan Guanzhong. Libre de ses mouvements et apportant son expérience américaine dans ses bagages, le réalisateur a alors toutes les armes en main pour signer un film épique permettant de retrouver le John Woo des grands jours.

L’hirondelle d’or de King Hu
Une oeuvre importante à un plus d’un titre: premier classique de King Hu (A Touch of Zen, L’auberge du printemps), le film fit entrer le wu xia pian dans ce qu’on appellera le cycle moderne (entre les années 60 et le milieu des seventies), en même temps qu’il marqua les débuts de l’une des plus grandes stars du cinéma d’arts martiaux, Cheng Pei-Pei. Porté par une mise en scène remarquable, des acteurs et des affrontements novateurs pour l’époque, L’hirondelle d’or continue d’inspirer le respect chez les réalisateurs d’aujourd’hui. Pour preuve, quand Ang Lee décidera d’occidentaliser le genre avec Tigre & dragon, celui-ci ne pourra faire autrement que rendre hommage à cet incontournable dont il reprendra notamment la bagarre dans l’auberge et sa comédienne Cheng Pei-Pei pour incarner sa méchante Jade la hyène.

The Sword de Patrick Tam
Au même titre que les premiers wu xia pian de Tsui Hark à l’aube des eighties, The Sword a apporté sa pierre à l’édifice du renouveau du genre: tournage en extérieur (contrastant ainsi avec le travail en studio de la Shaw Brothers par exemple), influence notable du cinéma d’arts martiaux nippon, budget microscopique compensé par une créativité visuelle novatrice (le novice Ching Siu-Tung imposait déjà son style dans les scènes chorégraphiées), et déconstruction des codes du film de chevalerie pour être réappropriés par une jeune avant-garde essentiellement venue de la télévision. The Sword fut sans conteste une boule de fraicheur dans le paysage cinématographique de l’ex colonie britannique et continue de se regarder comme au premier jour.

Les griffes de Jade de Ho Meng-Hua
Probablement vexée par le mauvais traitement subi par le misogyne Chang Cheh sur le tournage du Retour de l’Hirondelle d’or (le personnage féminin central du titre y ait ouvertement mise de côté au profit des deux héros mâles), Chang Pei-Pei met un point définitif à sa carrière au sein de la mythique Shaw Brothers – dont elle est pourtant l’égérie – avec ces Griffes de Jade faisant office de suite officieuse au classique de King Hu. L’actrice n’y joue pas le personnage qui l’a rendue célèbre mais la combattante légendaire Lady Hermit en est une copie à peine voilée. Sous la caméra du plus docile et du moins méprisant Ho Meng-Hua, l’actrice livre une dernière prestation remarquable dans une histoire de vengeance taillée pour elle, lui permettant de briller de mille feux, et de passer le flambeau à sa comparse, la débutante Shih Szu.

La guerre des clans de Chu Yuan
En se faisant le spécialiste des adaptations des romans Ku Lung, Chu Yuan a régulièrement élevé le niveau, et pas uniquement par la beauté de ses directions artistiques, riches et élégantes. Cette Guerre des clans n’échappe pas à la règle et constitue un modèle du récit à tiroirs où se mêlent intrigues policières, arts martiaux, fantastique, rebondissements à répétitions, faux-semblants et trahisons avec une efficacité redoutable.

The Grandmaster de Wong Kar-Wai
WKW s’inspire de la vie d’Ip Man, maître légendaire de wing chun et futur mentor de Bruce Lee, dans la Chine des années 1930-40, et jusqu’au début des années 1950, lorsqu’il commence à enseigner son art à Hong Kong. Bouleversé par l’invasion japonaise, le pays traverse alors une période de chaos, qui correspond pourtant à l’âge d’or des arts martiaux chinois. Le résultat qui a demandé six ans de préparation à Wong Kar-wai ressemble à un film de kung-fu réalisé par un poète, insistant sur les obsessions WKW: les restes d’amour impossible, la mémoire, la transmission, la filiation, le souvenir d’une époque révolue. Un témoignage fidèle de la mentalité de la Chine d’époque (les années 40-50) doublé d’une lecture romantique et mythologique, totalement suspendue au temps, pouvant donner l’illusion d’avoir consommé de l’opium.

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