[ALICE] Jan Švankmajer, 1988

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1988

L’année dernière, Tim Burton proposait une libre adaptation du Alice aux pays des merveilles (1865), de Lewis Carroll. Le réalisateur d’Edward aux mains d’argent y traduisait la morale du roman: l’imaginaire et la réalité sont intrinsèquement liés et nos rêves aident à résoudre les soucis du quotidien. Pourtant, le spectateur n’oubliait jamais qu’il était devant une production Disney où la dimension onirique, le sentiment d’être différent et la noirceur de l’exclusion passaient à la trappe. Cette réinterprétation consensuelle renvoyait aux déboires que Disney a connus avec les différentes adaptations d’Alice aux pays des merveilles. Réalisée en 1951, la première version en dessin animé n’avait pas remporté le succès escompté et Aldous Huxley, l’auteur du Meilleur des mondes, fut renvoyé par Disney parce qu’il voulait en faire une sorte de voyage sous LSD. En fait, pour savourer une vraie adaptation, il faut (re)découvrir Alice de Jan Svankmajer, génie méconnu, virtuose de l’animation tchèque qui, à la fin des années 80, en a tiré un pur chef-d’oeuvre reposant sur l’idée que l’être humain est un automate et que le cosmos tient dans la main, à la façon de ces boules de verre qui, lorsqu’on les renverse, laissent retomber une neige artificielle.

Tel quel, il s’agit d’un manifeste surréaliste dans un laboratoire de songes, où l’organique s’hybride au mécanique et qui donne à ressentir l’angoisse de grandir pour un enfant. De toute évidence, Svankmajer n’a jamais considéré Alice au pays des merveilles comme un conte de fées mais comme un cauchemar dans le «vert paradis de l’enfance» où il faut fermer les yeux pour voir. Enfants, certains ont été marqués par Téléchat, l’émission de marionnettes de Roland Topor et Henri Xhonneux. Au même moment, d’autres ont littéralement été traumatisés – et le sont encore aujourd’hui – par ce bricolage cauchemardesque et ne se sont jamais remis de ses trouvailles morbides (vieille quincaillerie, viande animée, animaux empaillés décapités), de ses éclats mémorables, de son utilisation des arts plastiques pour investir les objets d’un pouvoir ou encore de son animation en volume proche de Ray Harryhausen. Tous ces éléments confèrent à ce film à la cruauté naïve une dimension réellement troublante, rappelant que les rêves contiennent les germes de leur destruction. Obsédé depuis toujours par le maniérisme de la Renaissance et le roman gothique du XVIIIe siècle, Svankmajer est dans son élément. Dans tous ses travaux, il cite Lewis Carroll, dans Jabberwocky (1971), Faust (1995) ou encore Sileni (2005). Alice se présente comme l’initiation parfaite à son cinéma, qualifié par Milos Forman d’une combinaison des univers de Disney et de Buñuel. C’est exactement ça et plus encore.

1h 24min / Aventure, Animation
De Jan Svankmajer
Scn Jan Svankmajer
Avec Kristyna Kohoutova
Titre original Neco z Alenky

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