Hollywood perd son dernier grand monstre sacré. Kirk Douglas s’est éteint ce mercredi 5 février 2020 à l’âge de 103 ans. « C’est avec une immense tristesse que mes frères et moi vous annonçons que Kirk Douglas nous a quittés aujourd’hui à l’âge de 103 ans. Pour le monde, il était une légende, un acteur de l’âge d’or du cinéma (…) mais pour moi et mes frères, Joel et Peter, il était simplement papa« , écrit-il sur sa page Facebook.
Le père de Michael Douglas était une figure mythique de Hollywood dans les années 1950 et 1960. Il a joué dans des dizaines de productions dont La Captive aux yeux clairs (1952), Les sentiers de la gloire (1957), Règlements de comptes à OK Corral (1957) ou encore Spartacus (1960) et bien d’autres encore (voir plus bas). En juin 2013, Kirk Douglas a raconté son immense carrière dans son autobiographie, I Am Spartacus, préfacée par George Clooney. Il révèle notamment qu’il a échappé à un accident d’avion mortel en 1958. Sa femme l’avait dissuadé de monter à bord de l’avion privé du mari de l’actrice Elizabeth Taylor.
Il a vu son fils Michael, dont les enfants veulent aussi devenir acteurs, prendre sa succession et devenir à son tour une star à Hollywood dans les années 1980. « Pour dire la vérité, je voulais que Michael devienne avocat. Secrètement, j’espérais qu’il soit mauvais acteur pour lui conseiller d’oublier ce métier. Mais ça n’a pas été le cas », avait-il confié.
KIRK MUST SEE
Le champion (1949)
C’est l’un de ses premiers rôles qui le fait décoller: celui d’un boxeur à l’ambition dévorante dont on suit l’ascension et la chute. Dans ce film de Mark Robson, l’acteur joue avec toute la fougue et l’opiniâtreté dont il fit preuve pendant le reste de sa carrière. Il remporte la première de ses trois nominations aux Oscars et un contrat avec la Warner. « Jusqu’à ce que je fasse Le champion, je ne pensais pas être solide et puis après je suis devenu un gars coriace« , affirma-t-il dans « The Hollywood reporter ».
Vingt mille lieues sous les mers (1954)
Cette adaptation du roman éponyme de Jules Verne est le premier film de Disney en prises de vues réelles. Tourné en CinemaScope, procédé au rendu extraordinaire pour les scènes sous-marines, le long-métrage remporte deux Oscars des meilleurs effets visuels et de la meilleure direction artistique. Pour cette première grosse production dirigée par Richard Fleischer, Disney fait appel à des vedettes d’Hollywood parmi lesquelles Kirk Douglas, qui excelle dans le rôle du harponneur canadien Ned Land face aux tourments aristocratiques de James Mason, le redoutable capitaine Nemo.
La vie passionnée de Vincent Van Gogh (1956)
Dans l’une des meilleures adaptations biographiques sur le peintre hollandais, Kirk Douglas rompt – sous la direction de Vincente Minnelli – avec ses rôles de durs-à-cuire et incarne brillamment le génie torturé de Van Gogh. Le rôle lui vaut un Golden Globe. « J’ai failli me perdre dans le personnage« , racontait l’acteur dans ses mémoires Le Fils du chiffonnier (1988). « Parfois, il fallait que je m’empêche de me toucher l’oreille pour vérifier qu’elle était bien là« , confessait-il. « Cela a été une expérience effrayante proche de la folie« .
Les sentiers de la gloire (1957)
Après Vincente Minnelli, la rencontre avec Stanley Kubrick est décisive dans la carrière de Kirk Douglas. Il devient l’un des premiers acteurs hollywoodiens à se lancer dans la production afin d’aider certains films à exister face aux studios prescripteurs. Avec ce pamphlet antimilitariste en noir et blanc, le jeune Stanley Kubrick fait ses preuves: horreur des tranchées de la Grande Guerre, réquisitoire contre les officiers, procès inéquitables des soldats frondeurs. Le film – interdit dans de nombreux pays notamment en France pendant vingt ans – ne rapporte rien à Kirk Douglas.
Spartacus (1960)
En 1960, Kirk produit Spartacus réalisé par Stanley Kubrick et embrasse ce grand rôle d’esclave devenu le meneur de tout un peuple contre l’empire romain. Après un tournage long et difficile, le film remporte un succès mondial et le consacre comme star d’Hollywood mais aussi comme rebelle des grands studios, contribuant à défaire le système qui l’avait fabriqué. En pleine chasse aux sorcières, il fait notamment apparaître au générique du film un scénariste ostracisé à Hollywood. Son engagement contre le maccarthysme a été une de ses plus grandes fiertés comme il l’expliquait dans son dixième livre, I am Spartacus. « Il faut s’engager, le plus grand pouvoir américain à l’étranger, c’est Hollywood« , clamait l’acteur devenu à cent ans un farouche opposant au président Trump.
Seuls sont les indomptés (1962)
Dans Lonely are the Brave de David Miller, film préféré de tout son répertoire, Kirk Douglas interprète un cow-boy rétif au monde moderne, aux côtés de Gena Rowlands qui débute. « J’aime le propos du film qui consiste à démontrer que si vous essayez d’être quelqu’un, la société va vous réduire en bouillie« , écrivait-il. « Il est difficile d’imaginer qu’un film aussi radical et pessimiste soit réalisé aujourd’hui« .