[CRITIQUE] BEAUTY de Oliver Hermanus

En dépit de sa simplicité apparente, Beauty veut dire beaucoup de choses en peu de temps (le racisme insidieux, l’identité sexuelle, l’homosexualité refoulée, l’hypocrisie sociale). En premier lieu, on perçoit la volonté de proposer une radiographie de l’Afrique du Sud vingt ans après l’Apartheid à travers différentes générations. A la fois humain et monstre, le personnage principal planqué dans son mode de vie schizo a conservé des traces durables de cette période. Malgré le confort matériel de sa famille conservatrice blanche – où chacun cache un secret et mène une double vie – et la réussite sociale, il demeure imperméable au bonheur et se complait dans une posture ambivalente de facho masochiste. Difficile de ne pas voir à travers lui une allégorie renvoyant à l’impuissance des Afrikaners encore ancrés dans d’anciennes mœurs tenaces.

Au départ, l’ensemble intrigue un peu parce qu’il se déroule dans un univers de faux-semblants, joue sur les non-dits et fonctionne sur les échanges de regards. Il y a clairement l’influence de Mort à Venise (Luchino Visconti, 1971) dans la manière de filmer la montée du désir inavouable comme un malaise et la beauté comme une obsession inaccessible. Dès lors que le scénario devient plus explicite et les images plus crues, le discours sur le refoulé et la frustration n’évite pas quelques maladresses (la scène avec le travelo). Le point de vue ne manque pas d’intérêt, d’autant qu’il est dépourvu des idiosyncrasies qui parfois rendent difficile l’accès des films hors de leur pays d’origine. Mais la noirceur n’en reste pas moins totale jusqu’au dénouement tragique : après avoir cherché à inverser les rapports de force, Hermanus ne propose finalement qu’une morale un peu convenue sur la haine des autres qui vient avant tout de la haine de soi.

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