[CRITIQUE] SAMSARA de Ron Fricke

Tourné dans 25 pays, durant cinq ans, « Samsara » est à l’origine un mot tibétain qui signifie « roue de la vie », concept à la fois intime et vaste qui définit l’âme de chacun.

Son auteur, Ron Fricke, a débuté sa carrière en tant que chef-opérateur sur la trilogie des Qatsi réalisée par Godfrey Reggio (« Koyaanisqatsi », « Naqoyqatsi » et « Powaqatsi »). En 1985, il a signé « Chronos », un moyen métrage tourné avec le système Imax/Omnimax. C’est avec « Baraka » (1992) qu’il a accédé à une renommée internationale.

En son temps, « Baraka » produisait un véritable choc. Dépourvu de dialogue, ce modèle de cinéma pur se présentait comme une réflexion sur l’histoire du monde à partir du seul langage universel existant : image, son et musique. Utilisant le format 70 mm, le réalisateur et son équipe avaient parcouru le monde pendant quatorze mois, n’hésitant pas à aller dans les sites les plus reculés et les plus rares de la Terre.

Parti en Tanzanie, en Chine, au Brésil, au Japon, au Koweït, au Cambodge, en Iran et au Népal, Ron Fricke ramenait alors des images stupéfiantes – dont celles, finales sur les ruines grecques et romaines, semblant se recourber sur nous, questionnant ainsi le sens d’une civilisation.

Après avoir tourné quelques plans (comme chef-opérateur) pour « Star Wars, Épisode III : La Revanche des Sith » (2005), Ron Fricke orchestre « Samsara », vingt ans après la sortie de « Baraka » : un nouveau météore confirmant que l’état de grâce au cinéma existe, une forme de beauté pancosmique, objective, disséminée.

À chaque film, Ron Fricke donne à ressentir cette présence incroyable des choses de la vie. Pendant quatre ans, il a parcouru plus de vingt pays dont le Japon, l’Éthiopie, l’Égypte, la Palestine et la Turquie pour traiter de ses thèmes de prédilection: l’interconnexion et la transcendance.

Avec « Samsara », Ron Fricke, toujours obsédé par l’harmonie perdue, construit un opéra célébrant le monde dans sa douce horreur et sa choquante beauté. Comme pour « Baraka », il a entièrement tourné son film en pellicule 70mm (Super Panavision 65). Et la simple existence de ce diamant tient du miracle.

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