[CRITIQUE] SPLIT de M. Night Shyamalan

Dans Split (plus de 278 millions au box-office, pour un budget d’environ 9), M. Night Shyamalan accouche d’un nouveau monstre: Kevin (James McAvoy), 23 personnalités, avec des attributs physiques différents pour chacune – l’une d’elles reste enfouie au plus profond de lui. Elle va bientôt se manifester et prendre le pas sur toutes les autres.

M. Night Shyamalan brosse sa fan-base perdue quelques films plus tôt dans le sens du poil, comme pour leur dire: «regardez, je suis resté le même, j’ai encore la foi». La renaissance de cette foi que l’on pensait engloutie et perdue à jamais fait son petit effet – il est question de se racheter une conduite à une époque où l’on ne tolère pas les égos sur-gonflés. Malgré ce petit sens du calcul et un rythme très déroutant (deux premiers tiers languissants et un dernier tiers à toute vitesse), on plonge avec un réel intense plaisir dans les méandres de l’intrigue tordue de Split pleine de ramifications et de circonvolutions, n’ayant pas peur de l’esprit de sérieux comme d’une certaine bouffonnerie.

Car, oui, Grand Guignol, Split l’est souvent, et c’est sans doute pour cette raison qu’on l’aime autant. Shyamalan ne se prend plus pour Dieu (cf. les caméos Hitchcockiens dans ses films les plus connus) mais pour un bateleur armé des meilleures intentions qui arrive en nous disant: «Je suis un faussaire, mais j’espère que vous aurez autant de plaisir à avaler mes boniments que moi à vous les servir». On est dans la veine des Hitchcock présente, des films de William Castle, des productions Val Lewton qui, dans le domaine horrifique, jouaient de la même façon de subtils jeux d’ombres/lumières et de l’installation d’un suspense allant crescendo par la suggestion. Comme la fibre gaguesque est assumée, James McAvoy s’avère idéalement cabot dans la peau du kidnappeur chelou qui mélange ses identités dans sa tête, capable de jouer l’enfant innocent comme la grand-mère monstrueuse avec la même conviction. Face à cet acteur qui n’a peur de rien, il y a la révélation Anya Taylor-Joy, déjà impressionnante dans The Witch, bloc opaque d’ambiguïté qui lui tient tête et qui, par sa présence magnétique, ajoute du mystère. Le regard de cette kidnappée, que l’on sent plus stoïque et plus armée que les autres victimes, est celui du spectateur captif, aux aguets. Et la comédienne d’être fascinante à regarder: même quand elle est à l’arrière-plan, on ne voit qu’elle.

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