« It Follows » : David Robert Mitchell, nouveau maître de l’horreur

Avec l’exceptionnel « It Follows », le réalisateur David Robert Mitchell vient de frapper si fort que l’on se demande s’il ne s’agit pas du nouveau John Carpenter. En attendant, son film, en salles mercredi, ressemble à un classique instantané.

Dans son premier long métrage The Myth of the American Sleepover : la légende des soirées pyjamas (2010), le réalisateur David Robert Mitchell racontait la dernière nuit de l’été pour quatre adolescents de Detroit en quête du grand frisson, des premiers baisers, premiers désirs et premières amours. Dans son second long métrage, It Follows, il raconte exactement la même chose mais dans un film d’horreur : «Ce n’est pas vraiment une suite directe de mon premier long métrage, même si j’y témoigne toujours le souci de la caractérisation, la volonté de travailler mes personnages, de retranscrire des émotions. L’idée pour It Follows consistait à prendre des personnages réalistes, un peu en marge, un peu plus vieux que ceux de The Myth of the American Sleepover et de les plonger dans un cauchemar, dans un environnement irréel

Ainsi, des adolescents comme les autres sont poursuivis par des « monstres invisibles » : ils sont seuls à les voir, donc isolés avec leurs visions horrifiantes, et personne ne peut les arrêter. Ces « monstres invisibles » foncent en direction de leurs victimes à une allure de zombies, capables d’instiller la paranoïa comme de faire d’un corps disloqué une sculpture surréaliste : «It Follows est né d’une série de cauchemars que je faisais lorsque j’avais 9-10 ans. Et dans ces cauchemars, j’étais toujours poursuivi par quelque chose ou quelqu’un. Cette chose est visible, au loin. Et ceux qui figuraient dans mon cauchemar ne la voyaient pas. Je me souviens qu’il était assez facile de s’échapper des lieux, de sauter par une fenêtre, de courir très loin. Mais ça ne servait à rien de courir ou de s’échapper, lorsque je me retournais et que je regardais, l’entité était toujours là, à me poursuivre, avançant lentement pour m’attraper. Il y avait comme une malédiction. J’imaginais alors qu’elle m’attrapait, qu’elle me tuait etc. Plus tard, une fois adulte, j’ai repensé à ces cauchemars, j’ai extrapolé et commencé à ajouter les thèmes sexuels que l’on voit dans le film. Souvent, la règle dans un film d’horreur, c’est qu’un personnage est submergé par les événements surnaturels qui lui arrivent. Il demande alors à un groupe d’amis de le rejoindre pour en faire une expérience collective

Bien qu’il propose une alliance merveilleuse, d’une sensibilité rare, de teen movie et de film d’horreur, It Follows renvoie inéluctablement au cinéma de John Carpenter et Jacques Tourneur: «C’est exactement leurs films que j’avais en tête. Je suis cinéphile et j’ai une affection particulière pour les films d’horreur. Les films de John Carpenter, de David Cronenberg aussi. Au gré de mon parcours de cinéphile, ils se sont insinués en moi et ressortent du coup à l’écran. La scène de la piscine dans It Follows est une référence évidente à La Féline (Jacques Tourneur, 1942).»

Film extrêmement libre dans ses interprétations

Des influences cinématographiques mais pas seulement : «La musique joue un rôle essentiel dans It Follows. Je voulais dès le départ que l’environnement sonore soit très important et pour ce faire, j’ai fait appel à Rich Vreeland. J’ai découvert ses compositions en jouant au jeu vidéo. Je trouvais sa musique géniale, je l’ai contacté en lui disant que je faisais un film d’horreur et il m’a répondu que ça le branchait. Nous avons d’emblée beaucoup discuté de la musique électronique que l’on retrouve dans les films de science-fiction et d’horreur de John Carpenter, de Dario Argento ou encore de la musique de Vangelis pour Blade Runner (Ridley Scott, 1982). La musique devait avoir des allures d’assaut, quelque chose de violent

On pense aussi beaucoup à la sublime bande-dessinée Black Hole de Charles Burns, sur des ados atteints par un mal inconnu, décimés par un virus, découvrant la monstruosité de leur corps : «Je comprends les différentes interprétations, ceux qui considèrent l’entité de It Follows comme un virus sexuel, une métaphore du sida. Bien sûr, j’approuve mais il s’agit d’une interprétation parmi d’autres. Quand j’ai écrit le scénario, je n’avais pas qu’une seule idée en tête, pas de symbole particulier. Je crois que ça se joue à un niveau subconscient, pas vraiment clair pour tout le monde. Faire l’amour pour les personnages dans le film, ça peut être un danger comme une libération. Cette idée me semble drôle. Je pense que la magie que l’on peut ressentir à la vision d’un film appartient à l’indicible et tout ce que je pourrais apporter comme interprétation ou autre risquerait d’amoindrir sa portée. Tout ce que je peux affirmer, c’est que j’ai envisagé It Follows comme mon pire cauchemar et on ne peut pas expliquer un cauchemar

It Follows est un film de trouille si efficient que l’on se demande à juste titre si David Robert Mitchell ne serait pas le John Carpenter de demain. Mieux vaut considérer It Follows comme une expérience isolée, son prochain long métrage n’arpentera pas le même territoire horrifique : «J’ai très envie de refaire un film d’horreur mais pas tout de suite, je veux d’abord faire quelque chose d’inédit. Donc mon prochain film ne sera pas un film d’horreur. Lorsque j’aurais épuisé mes recherches à travers différents genres, alors je reviendrais là où j’ai pris le plus de plaisir. Et j’ai pris beaucoup de plaisir à faire It Follows»

« It Follows », dans les salles le 4 février 2015. 

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