[STAR CHAOS 2019] TOM MERCIER

2019 était une grande année en matière d’interprétation masculine. On se souviendra encore longtemps du Joker de Joaquin Phoenix, poursuivant la belle tradition des mémorables incarnations de l’alter ego maléfique de Batman au cinéma (non, le Joker de Jared Leto n’a jamais existé). Un rôle qui devrait lui ouvrir une voie royale aux prochains Oscars, à moins que Di Caprio et Brad Pitt ne viennent s’immiscer dans la bataille pour leur interprétation dans Once Upon A Time… in Hollywood – sachant que Pitt pourrait être doublement nommé pour son beau personnage taiseux dans Ad Astra. On parle également d’Adam Sandler, méconnaissable dans le très attendu Uncut Gems des frères Safdie. Toutefois, Netflix a eu la bonne idée de décaler la sortie française du film à janvier 2020… 

En France, la meilleure interprétation de l’année devrait, dans un monde idéal, être bien moins disputée, tant l’inattendu et inconnu Tom Mercier nous a littéralement soufflé, sidéré, dans Synonymes de Nadav Lapid. Dès sa première apparition, l’acteur israélien nous est montré nu, dans un immense appartement parisien vide. C’est une naissance. Tom Mercier n’avait d’ailleurs jamais joué dans aucun film, série, ou fiction audiovisuelle avant Synonymes. Toutefois, la nudité de Mercier est très loin d’être aussi innocente que celle d’un nouveau né. Avec sa silhouette d’Apollon et son sexe proéminent, il incarne également un corps fantasmé et désiré. La caméra de Lapid ne fera d’ailleurs que le suivre pendant deux heures durant, souvent au plus près, découpant, morcelant des parties de l’acteur pour en faire une véritable chimère cinématographique.

Dans Synonymes, il y a donc, au minimum, deux Tom Mercier. D’un côté, l’innocent, naïf et évanescent, qui déploie un jeu atypique, dénué de toute technique, et qui englobe à la fois les merveilleuses apparitions vues chez Dumont et Bresson, ainsi que la puissance burlesque de Keaton, la diction imprécise et le fort accent israélien de surcroit. De l’autre, l’incarnation même de la virilité (évidemment criblée de failles), cible du regard désirant des personnages du film, du cinéaste mais également du spectateur. Synonymes, en plus d’être un chef-d’œuvre, est donc aussi l’acte de naissance d’un immense acteur qu’on espère vivement voir prochainement dans de nombreux projets – si possible aventureux, de manière à exploiter au mieux son talent. On rêve de le voir justement jouer chez Dumont, ou bien chez Garrel, Mandico, Triet, Dupieux et Peretjatko. En attendant, en plus de son prix de meilleur espoir masculin qui lui tend grand les bras aux prochains Césars, sa fiche Allociné ne l’annonce que dans un seul projet, We Are Who We Are de Luca Guadagnino, projet de série hautement sexy, aux côtés de Chloë Sevigny, Julianne Moore et surtout Kyle Maclachlan. Miam. 

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