JOHNNY S’EN VA-T-EN GUERRE
Ça a été un des chocs les plus directs que j’ai eu au Cinéma. Je ne savais pas à quoi m’attendre ; je ne connaissais pas le film. Je l’ai vu à une séance de minuit au Ciné Beaubourg les Halles. Je devais avoir vingt ans. En sortant de la salle, je me suis assis par terre, sous le choc et dans un grand silence. Plus tard, j’ai fait un mémoire dessus, sur la question de la psychanalyse. Le personnage est un peu une sorte de bébé qui renaît, qui réapprend le langage, la sexualité. Du coup je me suis mis à découvrir l’auteur, Dalton Trumbo, qui était ce scénariste blacklisté durant la chasse aux sorcières, et qui a écrit des années sous un faux nom. Il avait été réhabilité par Stanley Kubrick et Kirk Douglas, quand ils ont décidé de faire apparaître son nom au générique de Spartacus (à l’époque, les scénaristes sur liste noire ne voyaient pas leur nom au générique, et le cas échéant un prête nom allait chercher l’Oscar à leur place, ndlr). Le parti-pris est sacrément fort : faire un film à petit budget sur un mec sans bras, sans jambes, sans visage, faut oser.
LA GRANDE ILLUSION
A chaque vision, chaque plan, chaque idée, chaque scène est toujours pour moi une source d’inspiration. C’est un film que je peux revoir sans arrêt. C’est incroyable le travail que Renoir a fait. C’est le plus beau film, à la fois sur le plan formel et humain. J’aime toujours chez Renoir cette franchise quand il décrit des classes sociales qui ne se mélangent pas, même dans ces conditions extrêmes.
LA 317ème SECTION
C’est le film le plus pur et le plus vrai qui ait été fait par un cinéaste qui a fait la guerre. Son réalisme et son épure ont été une claque. Et bien sûr ce fut une grande source d’inspiration, puisque c’est lui qui m’a donné envie de faire L’Ennemi intime.
LA COLLINE DES HOMMES PERDUS
Pareil. Un grand film humaniste sur un camp de prisonniers où les mecs perdent progressivement les pédales. La mise en scène est géniale dans son utilisation de courtes focales alliée à la caméra à l’épaule, choses qu’on ne faisait pas à l’époque. L’impression d’être là est telle que tu brûles avec eux à chaque fois qu’ils montent cette colline.
LES SENTIERS DE LA GLOIRE
Magnifique dans sa virtuosité. Toutes ces scènes qui te présentent les contradictions de ces officiers, qui envoient des mecs à la mort, sont d’une telle force. C’est presque le pendant de La Grande illusion, dans le sens où le film de Renoir te présente l’officier Beaulieu obligé de cohabiter avec ses hommes, tandis que le Kubrick te montrerait ce que sont les Beaulieu sur le champ de bataille, qui envoient leurs hommes se faire fusiller par paquets. Film censuré pendant des années en France ; on se demande encore pourquoi.
ATTAQUE
C’est un superbe film sur la lâcheté. Il y a beaucoup de films sur le courage, très peu sur la lâcheté, et encore moins qui rentrent autant dans le vif du sujet que celui-ci. Et puis je suis attaché à la notion de mise à l’épreuve et de solidarité dans les films d’hommes, où sans les autres tu ne peux pas t’en sortir. C’est peut-être aussi pour ça que Johnny s’en va-t-en guerre a été un tel choc, parce que contrairement à tous ces films, il met en scène un mec seul, seul, seul.
LES DOUZE SALOPARDS
Aldrich encore. C’est le film choral qu’on a tous kiffé, où l’on peut s’attacher à des salauds. Et puis j’aime bien cette idée selon laquelle les vrais salauds ne sont pas forcément ceux qu’on pense. C’est un film de sales gosses ; je me souviens toujours de cette scène où Sutherland joue au colonel. Il y a de sacrés numéros d’acteurs là-dedans.
VOYAGE AU BOUT DE L’ENFER
Je pense que c’est le film le plus beau et le plus juste sur la guerre du Vietnam. Je me suis vachement identifié à ces ouvriers. La première heure, avec le mariage sur fond de cité sidérurgique, ça me parle forcément. Et comme La Grande illusion, comme La 317ème section, comme La Colline des hommes perdus ou Les Douze salopards, Voyage au bout de l’enfer est un grand film sur l’amitié. Et comme Cimino, j’ai cette fascination pour le Western.
LE CHAGRIN ET LA PITIÉ
Documentaire très important sur ce que les français ont cherché à oublier, à savoir la collaboration durant la Seconde Guerre Mondiale.
LES DUELLISTES
J’aime beaucoup la simplicité de sa métaphore : au milieu d’une guerre, deux types se font la guerre au point de ne même plus se souvenir du motif qui les a fait rentrer en guerre.
LE BATEAU
J’avais été scotché par sa mise en scène. Il y a des plans de malades. Le côté claustro de Nid de guêpes vient un peu de là.