Mais dites-donc, c’est bientĂŽt Halloween! đ
Et si à cette occasion, nous posions cette question qui nous taraude depuis la nuit des temps: quels sont les films de zombie les plus chaos de tous les temps? Réponse de la rédaction en pleine mutation.
ROMAIN LE VERN
Moi, zombie: chronique de la douleur de Andrew Parkinson (1998)
Un homme contaminĂ© se retire de la sociĂ©tĂ© et de son entourage et l’on regarde son corps et son esprit subir une lente dĂ©composition quâil prend la peine de dĂ©tailler dans un journal intime. Un film de zombie viscĂ©ralement mĂ©lancolique, qui ne ressemble Ă aucun autre.
L’au-delĂ de Lucio Fulci (1971)
Voici venue lâheure des confessions: j’adore Lucio Fulci, cinĂ©aste multi-genre (giallo, drame, western, fantastique, comĂ©die, film historique), mĂȘme â et a fortiori â lorsquâil fait nâimporte quoi. Le combat du requin et du zombie dans Lâenfer des zombies, j’adore, et câest un exemple parmi tant dâautres. Adepte du théùtre de la cruautĂ©, il a fait le meilleur comme le pire, et parfois le meilleur du pire. Mais avec L’au-delĂ , c’est le meilleur du meilleur: du sublime au grotesque, des visions aux visĂ©es, câest tout lâart de Fulci condensĂ©, Ă sa quintessence.
Zombie de George A. Romero (1978)
RĂ©alisĂ© dix ans aprĂšs La nuit des morts vivants, ce second volet de la saga de George Romero met en scĂšne des personnages de rien qui tentent de survivre face Ă une horde de zombies prĂȘts Ă tout. Mais avec plus de moyens, le rĂ©sultat est presque plus puissant. Et puis rien que pour cette phrase: quand il n’y a plus de place en Enfer, les morts reviennent sur Terre.
Dellamorte Dellamore de Michele Soavi (1994)
Un mĂ©lancolique gardien de cimetiĂšre a du pain sur la planche. Les morts enterrĂ©s dans son cimetiĂšre reviennent Ă la vie et cette mystĂ©rieuse Ă©pidĂ©mie se propage de tombe en tombe, de nuit en nuit. Et c’est beau, un cimetiĂšre la nuit…
28 semaines plus tard de Juan Carlos Fresnadillo (2007)
Pour la suite de 28 jours plus tard, l’Anglais Danny Boyle cĂšde sa place Ă lâEspagnol Juan Carlos Fresnadillo, auteur d’un fascinant Intacto et bien entourĂ© d’une Ă©quipe solide (son producteur et co-scĂ©nariste Enrique LĂłpez Lavigne et le chef opĂ©rateur Ă©quatorien Enrique Chediak). RĂ©sultat, c’est sombre, terrible, poĂ©tique. L’un des meilleurs films de zombie de ces vingt derniĂšres annĂ©es avec L’ArmĂ©e des morts de Zack Snyder. A la clĂ©, l’une des fins les plus frustrantes de l’histoire du cinĂ©ma.
GERARD DELORME
I walked with a zombie de Jacques Tourneur (1943)
Peut-ĂȘtre pas le tout premier, mais certainement le plus beau et le plus envoĂ»tant des films inspirĂ©s par le vaudou pratiquĂ© Ă HaĂŻti. On y voit incidemment mais pas par hasard une reproduction de LâĂźle des morts de Harold Böcklin. Je profite du contexte vaudou pour tricher un peu et signaler en passant Lâemprise des tĂ©nĂšbres de Wes Craven, qui arrive en N°2 dans la sous-catĂ©gorie des films de zombies haĂŻtiens.
La nuit des morts vivants de George A. Romero (1968)
Un film charniĂšre, essentiel, qui nâa pas seulement inventĂ© une nouvelle forme de financement du cinĂ©ma indĂ©pendant, mais a ouvert la porte au film dâhorreur moderne, un peu comme Psychose avait fait avec le thriller quelques annĂ©es plus tĂŽt. Romero sâest encore surpassĂ© par la suite, notamment avec Zombie (1978).
Le retour des morts-vivants de Dan OâBannon (1985)
Pour dâobscures raisons lĂ©gales, Dan OâBannon a mis la main sur un projet de suite dĂ©veloppĂ© par Romero, et il a obtenu le droit dâutiliser lâappellation Morts-vivants. Il y a ajoutĂ© une dimension punk et parodique, possiblement redoutable, mais qui fonctionne parfaitement ici, oĂč tous les choix sont justes, depuis le casting de Clu Gulager, jusquâĂ la BO composĂ©e dâinĂ©dits des Cramps, de Roky Erickson et des Damned.
Re animator de Stuart Gordon (1985)
Encore une variation inattendue et originale des morts-vivants, avec une touche de Frankenstein, cette fois inspirĂ©e dâune nouvelle de Lovecraft. Stuart Gordon, qui vient du théùtre dâavant garde, et dâune Ă©poque oĂč la censure avait un peu relĂąchĂ© la pression, nâhĂ©site pas une seconde Ă pousser les tous les curseurs dans le rouge, pour sublimer le genre. Câest toujours un rĂ©gal.
Dellamorte Dellamore de Michele Soavi (1994)
Moins un film de zombies, quâun film avec des zombies, qui servent ici Ă distraire un croque-mort neurasthĂ©nique et dĂ©sabusĂ©, incarnĂ© Ă la perfection par Rupert Everett. AdaptĂ© dâune bande dessinĂ©e, câest la plus belle rĂ©ussite de Soavi, un poĂšme surrĂ©aliste exaltant et bourrĂ© dâimages sublimes, dont une recrĂ©ation en 3D de lâincontournable Ile des morts (toujours de Böcklin).
JEAN-FRANCOIS MADAMOUR
Braindead de Peter Jackson (1992)
Selon la lĂ©gende, Braindead serait le film le plus gore de toute l’histoire du cinĂ©ma. C’est sans doute vrai, aux vues des hectolitres d’hĂ©moglobine dĂ©versĂ©es par et sur les protagonistes. A l’origine, il y a le rat singe du Sumatra, crĂ©ature hybride qui n’autait jamais dĂ» quitter ses terres. EnfermĂ© dans un zoo, l’animal parvient Ă mordre la maman de Lionel Cosgrove Ă travers les barreaux. La vieille peau a la dent dure et quand elle revient Ă la vie, c’est sous la forme d’un zombie trĂšs agressif. S’ensuit une sĂ©rie de morsures, de tripes Ă l’air, d’arrachement de la colonne vertĂ©brale et d’un bambin mutant qui vous saute au visage. Le virus se propage Ă grande vitesse, la chair se dĂ©compose et les victimes crient alors qu’ils n’ont plus de larynx. Braindead a beau ĂȘtre un film de zombies, c’est Ă hurler de rire.
Le Jour des morts-vivants de George A. Romero (1985)
TroisiĂšme volet de la saga signĂ©e Romero, Le jour des morts-vivants se prĂ©sentait selon son auteur comme « le Autant en emporte le vent des films de zombie ». Suite Ă des problĂšmes de production, le budget fut rĂ©duit de moitiĂ©, entraĂźnant de gros changements dans le scĂ©nario. Reste un film fascinant, creusant une nouvelle fois des thĂ©matiques passionnantes – comprendre ou exterminer l’ennemi, l’Homme porte en lui le Mal – tout en se plaçant intelligemment dans le contexte de la Guerre Froide – aucun des deux camps n’est dĂ©signĂ© comme bon ou mauvais.
Dellamorte Dellamore de Michele Soavi (1994)
Chef-d’oeuvre du cinĂ©ma fantastique italien, en mĂȘme temps que son probable chant du cygne, Dellamorte Dellamore est un fantastique «à l’italienne», c’est-Ă -dire baroque, puissamment Ă©rotique, et sous influence des maĂźtres Bava et Argento. Soavi iconise un hĂ©ros, Francesco Dellamorte, «qui n’a pas de temps pour les vivants». Normal: ce gardien de cimetiĂšre passe ses nuits Ă renvoyer des morts rĂ©calcitrants dans leur tombe, avec le flegme et l’ironie propre Ă Dylan Dog, inspiration logique du personnage (c’est le mĂȘme auteur, et ce hĂ©ros de BD a les traits de l’acteur Rupert Everett). Jouant sur les ruptures de ton, les envolĂ©es oniriques, comiques ou existentialistes, Dellamorte Dellamore transcende son statut de «zombie-flick».
Le retour des morts-vivants de Dan O’Bannon (1985)
MĂȘme s’il est anecdotique, mon film de zombie prĂ©fĂ©rĂ© doit ĂȘtre Le retour des morts-vivants de Dan O’Bannon qui sait panacher intelligemment gore et humour. Les personnages sont trashs, les zombis, affamĂ©s et la situation ne fait qu’empirer jusqu’au bout… Mais s’il faut bien avouer que le film de zombies de rĂ©fĂ©rence reste le Zombie de Romero, il faut Ă©galement noter l’existence du dĂ©bilement gĂ©nial Flic ou Zombie qui marque de son empreinte indĂ©lĂ©bile les dĂ©rives hautes en couleurs des annĂ©es 80.
Simetierre de Mary Lambert (1989)
Cette adaptation d’un des rĂ©cits les plus malsains du maĂźtre de l’Ă©pouvante a su marquer les esprits de toute une gĂ©nĂ©ration, sous la houlette aussi sombre que sobre de la, jusqu’ici, quasi inconnue Mary Lambert… En signant lui-mĂȘme le scĂ©nario, Stephen King parvient Ă instaurer un climat dĂ©licieusement glauquissime Ă cette fable morbide oĂč l’innocence devient impunĂ©ment la plus implacable des ressources horrifiques en poussant le dĂ©vouĂ© Louis Creed (Dale Midkiff) Ă ressusciter successivement son chat, son jeune fils et sa femme grĂące au pouvoir macabre d’un vieux cimetiĂšre abandonnĂ©. On en tremble encore.
MORGAN BIZET
Vaudou de Jacques Tourneur (1943)
AprĂšs avoir rĂ©alisĂ© lâun des plus beaux films fantastiques de lâhistoire, La FĂ©line, Jacques Tourneur sâattaque aux origines vaudous du film de zombie avec⊠Vaudou. ParĂ© dâun noir et blanc toujours aussi sublime, le rĂ©alisateur joue magistralement sur la porositĂ© entre le rĂ©el et le surnaturel. La moiteur de lâĂźle de Saint-SĂ©bastien est traduite Ă lâimage par une prĂ©sence accrue des ombres, jusquâĂ lâĂ©touffement. LâĆuvre la mieux mise en scĂšne du film de zombie.
La Nuit des morts-vivants de George A. Romero (1968)
Fini les origines vaudous, dĂ©sormais, le zombie sera un ĂȘtre aliĂ©nĂ© par sa propre faim insatiable de chair fraiche. Surtout, le zombie est un mort-vivant, il nâa donc (presque) plus rien dâhumain. Romero invente le zombie moderne avec son premier film, et lui donne sa nature politique. Il devient une mĂ©taphore des pauvres et des marginaux qui se soulĂšvent en masse. Mais le plus dangereux, finalement, reste peut-ĂȘtre les survivants forcĂ©s de cohabiter entre eux. Une formule pillĂ©e et reproduite Ă lâexcĂšs, jusquâĂ retirer, bien des annĂ©es plus tard, la substance politique de la figure du zombie et en faire une sorte dâicone de la culture populaire des annĂ©es 2000.
LâAu-delĂ de Lucio Fulci (1981)
Lucio Fulci ne sâest jamais trop embĂȘtĂ© avec la nature politique du zombie moderne. Non, ce qui lâintĂ©resse, câest plutĂŽt le retour des morts sur Terre, comme des sortes de memento mori ambulants auxquels vont devoir se frotter les vivants. LâAu-delĂ nâest peut-ĂȘtre pas le meilleur de ses films de zombie. NĂ©anmoins, Fulci y apporte une dimension abstraite qui en fait un film fou, empli de visions cauchemardesques, Ă l’aune de son final oĂč les protagonistes se retrouvent enfermĂ©s dans une toile, se rĂ©vĂ©lant en vĂ©ritĂ© ĂȘtre la porte dâaccĂšs des Enfers.
Le Jour des morts-vivants de George A. Romero (1985)
Impossible de faire un top des meilleurs films de zombie de tous les temps sans citer un deuxiĂšme Romero. PlutĂŽt que lâinĂ©narrable Zombie, je prĂ©fĂšre le Jour des morts-vivants, qui a nettement mieux vieilli. Plus minimaliste, il sâarticule autour dâune base militaire secrĂšte et souterraine dans laquelle des scientifiques sâadonnent Ă des expĂ©riences sur les zombies afin dâĂ©radiquer la contamination. La tension monte avec les militaires qui souhaitent uniquement exterminer les morts-vivants. En parallĂšle, lâun des zombies en captivitĂ©, Bob, montre des signes dâhumanitĂ©. Pour la premiĂšre fois, Romero crĂ©e un zombie pour lequel le spectateur ne peut avoir que de lâempathie. LâapogĂ©e du discours politique de la saga zombie du cinĂ©aste, qui sera poursuivie des annĂ©es plus tard, avec des fortunes diverses, pour le meilleur (Land of the Dead, Diary of the Dead) et pour le pire (Survival of the Dead).
LâEmprise des tĂ©nĂšbres de Wes Craven (1988)
LâEmprise des tĂ©nĂšbres est une anomalie. En plein boum du film de zombie moderne, Wes Craven prend la mode Ă contre-pied et signe une sorte de remake baroque du Vaudou de Tourneur (en vĂ©ritĂ© une adaptation dâun best-seller, une enquĂȘte controversĂ©e sur la zombification par lâanthropologue Wade Davis). ScindĂ© en deux parties, on suit les deux voyages Ă HaĂŻti jouĂ© par un jeune Bill Pullman. Le premier, scientifique, se rĂ©vĂšle passionnant. Le second, hallucinĂ©, est terrifiant, comme une continuation des cauchemars des Griffes de la nuit.
JEREMIE MARCHETTI
Le retour des morts-vivants de Dan O’Bannon (1985)
L’atmosphĂšre, l’humour, le gore, la poĂ©sie, le nihilisme, la terreur: tout est lĂ
Dellamorte Dellamore de Michele Soavi (1994)
Don Quichotte chez les morts-vivants. Libre et indépassable
Braindead de Peter Jackson (1992)
Une tornade rouge, du vrai cartoon pour adultes. Qui a fait mieux? Personne
L’au-delĂ de Lucio Fulci (1981)
Tout le parfum de l’indicible. La putrĂ©faction faite film
Une nuit trop noire de Tom McLoughlin (1981)
Toujours pas réhabilité. Toujours aussi flippant.

