La dernière maison sur la gauche, le remake: interview Dennis Iliadis

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Réalisateur de Hardcore et du remake de La dernière maison sur la gauche, Dennis Iliadis ne fait pas les choses à moitié.

Quel est votre parcours?
Je viens de Grèce, même si j’ai étudié aux Etats-Unis et en Angleterre. J’ai réalisé des courts-métrages, des pubs et beaucoup écrit pour le théâtre. Ma carrière a vraiment pris de l’ampleur avec Hardcore, mon premier long-métrage qui a été remarqué à une échelle internationale. Je me suis rendu à Hollywood où j’ai rencontré beaucoup de gens influents. Pendant ce temps, je travaillais sur l’écriture d’un scénario en Europe. Une des rencontres que j’ai faites a été Wes Craven. Il connaissait Hardcore et voulait que je travaille sur son projet de remake de La dernière maison sur la gauche. Je lui ai proposé mes idées narratives et visuelles. Un mois plus tard, je signais avec sa société pour le réaliser.

Comment avez-vous découvert la version originale?
Je l’ai vu pour la première fois à la fin des années 80 sur une VHS que j’avais dû me procurer sous le manteau. Le paradoxe veut que ma principale influence sur ce remake soit La source, de Ingmar Bergman, qui passe pour avoir influencé Wes pour écrire La dernière maison sur la gauche. Wes est épatant. Il parle peu mais sait ce qu’il veut. Surtout, il m’a laissé exprimer ma sensibilité et ne voulait pas que je cherche à lui rendre hommage par tous les moyens. Au contraire, il souhaitait que je me détache. De manière générale, j’aime son approche du cinéma. Ses films sont toujours intenses, nourris d’idées originales, et prennent une cohérence inouïe lorsqu’on les analyse bien. Pour moi, il a pratiquement inventé un genre.

Que pensez-vous des remakes?
Certains surpassent l’original, d’autres craignent. Il y a du bon et du moins bon, comme dans la vie.

Qu’est-ce qui vous intéresse le plus en tant que cinéaste?
Travailler avec les acteurs. Ce qui se passe entre la répétition et le tournage sur un plateau où des gens totalement différents sont présents, dans un temps limité et suspendu, pour tendre vers un but commun : réaliser le meilleur film possible. Je suis content lorsque les choses tordues que j’avais imaginées dans ma tête prennent forme à l’écran.

Quel est votre point de vue sur la représentation de la violence au cinéma?
J’ai une approche plus dramatique – voire mélodramatique – que mécanique. Si les acteurs et l’action paraissent crédibles, alors la violence atteint le spectateur, comme si on lui donnait un coup.

Comment avez-vous appréhendé la scène de viol?
Après avoir réalisé Hardcore, je n’ai plus peur de déranger, ni même d’organiser des séquences controversées. La solution, c’est de travailler avec les acteurs et de montrer que la confiance est réciproque. La jeune Sara Paxton a été incroyable. Si vous les tyrannisez, il y a peu de chances pour que ça fonctionne. Il faut juste leur faire prendre conscience de l’horreur de la situation. En revanche, si vous avez dès le départ envie de réaliser une scène extrême et que vous commencez à avoir du recul par rapport à celle-ci de peur d’aller trop loin, vous êtes foutus. Je trouve par exemple le viol dans Irréversible trop axé sur la volonté de choquer le spectateur même s’il reste très impressionnant. A mon sens, celle dans La dernière maison sur la gauche mise plus sur le ressenti émotionnel que sur la performance.

Quels sont vos projets?
Je suis actuellement en pré-production d’un film qui s’intitule Cure. Ce sera un thriller très sombre et très romantique, et ça tombe bien car j’ai toujours voulu mettre en scène un film viscéralement romantique. C’est produit par Michael London, qui s’est occupé des géniaux Harvey Milk, Sideways et Smart People. Il y a aussi ce scénario que j’ai écrit avant La dernière maison sur la gauche et que je compte un jour réaliser. Sinon, je suis toujours en contact avec Wes Craven et son équipe pour collaborer une seconde fois.

Selon vous, est-ce plus facile de choquer le spectateur aujourd’hui que dans les années 70?
Je pense que les gens tolèrent de plus en plus les images choquantes ou brutales, à partir du moment où il y a une distance qui s’instaure ou alors que la forme est stylisée. Cependant, lorsqu’une scène violente devient trop réelle et qu’elle appelle à des émotions trop fortes, ça passe moins bien. Il y a une nécessité aujourd’hui de suggérer que c’est faux. Beaucoup de spectateurs n’ont pas supporté la scène de viol de La dernière maison sur la gauche et sont sortis du cinéma avant la fin. En voyant ça, je me dis qu’il y a encore aujourd’hui matière à réfléchir sur la représentation de la violence au cinéma.

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