CHAOS DANS LA CINÉPHILIE DE FRANK BEAUVAIS

Réalisateur de NE CROYEZ SURTOUT PAS QUE JE HURLE, journal intime uniquement composé d’extraits de films, Frank Beauvais nous en commente cinq. Les plus chaos.

PAR FRANK BEAUVAIS (AVEC GAUTIER ROOS)

«Voilà une invitation qui ne se refuse pas et qui me comble de joie. Films déviants, déviés, dévoyés, de voyeurs : pas besoin d’excavation des méninges pour que des centaines de titres chaotiques remontent à la surface. Impossibilité évidente du panthéon, du top ten, de la hiérarchisation du plaisir d’être dérangé. Plutôt le désir d’évoquer cinq titres – merci de me laisser déroger à la règle du jeu – parmi les premiers qui me sont venus à l’esprit ; sans chercher à savoir pourquoi l’un plutôt que tant d’autres ; Après tout, autant s’autoriser à être bancal là où règne le chaos, non ? L’idée primordiale étant de mettre en appétit, si possible, ceux de vos lecteurs qui ne connaîtraient pas les films en question. Et que les films qui font un pied de nez à l’industrie normative, qui combattent l’académisme et le lissage, les pauvres des riches marges adventices, circulent toujours et encore.»

Pura Sangre (Luis Ospina, 1982 – Colombie) – découvert grâce à Agnes Wildenstein, programmatrice DocLisboa
«Un des films phares des années Caliwood, mouvement cinématographique issu de la jeune cinéphilie du Cali des années 1970. Un richissime patriarche manipule des employés de son entreprise afin qu’ils kidnappent et tuent de jeunes prolétaires dans le but de régénérer son sang et rester en vie. Film de genre et brûlot politique puissant. Le réalisateur connaît sur le bout des ongles le patrimoine fantastique classique et convoque tout aussi bien Murnau, Dreyer et Lang que la Hammer, sans que le film ne soit jamais écrasé par ses références.»
Le film est disponible sur le site Viméo du réalisateur avec sous-titrage anglais.

…ere erera baleibu izik subua aruaren… (José Antonio Sistiaga, 1970 – Espagne) – découvert sur Rarefilmm
«Un long métrage muet peint à la main sur celluloïd. Un poème abstrait, chorégraphie de formes et de couleurs, sans ligne narrative, visuellement captivant. Le type de cinéma auprès duquel je retourne m’oxygéner quand je désespère de tout. Une invitation au voyage qui ne demande que de l’abandon pour habiter et hanter son spectateur. Le titre ne signifie rien mais use de sonorités basques, dont l’emploi était prohibé sous Franco.»
Disponible sur Youtube

Les Cœurs verts (Edouard Luntz, 1966 – France) – découvert via un ami du groupe Os Noctambulos
«Jeunesse désœuvrée dans le Nanterre de 1966. On blouson noir, on grande gueule, on zone, on viole, on erre et on s’aime sur une partition de Gainsbourg (on y entend l’instrumental qui trois ans plus tard deviendra Je t’aime moi non plus). Un film qui capte la pulsion crue, violente et mélancolique de la banlieue d’alors et atteint des sommets de beauté désespérée. Un des chefs-d’œuvre méconnus du cinéma français.»

The Greasy Strangler (Jim Hosking, 2016 – États-Unis) – découvert via l’émission le Bistro de l’Horreur sur Filmotv
«De la comédie à froid bien grasse, qui dégouline de partout: gérontophilie exhibitionniste, fascination pour le graillon. Répugnant et jouissif, grossier, et hilarant sans doute aussi pour quelques cerveaux malades comme le mien. L’expression la plus entendue dans le film: Bullshit Artist
Toutes les occurrences de l’expression dans le film.

The History of the Hands (Dmytro Bondarchuk, 2016 – Ukraine) – découvert sur la page Facebook du réalisateur
«Les paluches ont la parole. Des plans de mains issus de centaines de films assemblés en une vertigineuse arabesque formelle. Un film de found footage impressionnant par son rythme, sa tenue esthétique, qui suinte l’amour du cinéma à chaque image. Une découverte importante qui m’a permis de me sentir moins seul avec mes obsessions.»

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