Camille a seize ans lorsqu’elle rencontre Eric. Ils s’aiment passionnément et Camille donne naissance à une fille… 25 ans plus tard : Eric quitte Camille pour une femme plus jeune. Le soir du 31 décembre, Camille se trouve soudain renvoyée dans son passé. Elle a de nouveau seize ans. Elle retrouve ses parents, ses amies, son adolescence… et Eric. Va-t-elle fuir et tenter de changer leur vie à tous deux ? Va-t-elle l’aimer à nouveau alors qu’elle connaît la fin de leur histoire ?
Dans « Camille redouble », Noémie Lvovsky exploite le même argument fantastique que Francis Ford Coppola dans « Peggy Sue s’est mariée » (1986) : à une soirée où se retrouvent des amis du lycée, une quadra fatiguée et malheureuse dans son couple, comédienne de seconde zone, retombe en adolescence dans les années 80 et découvre la possibilité de modifier son destin.
A travers ce fantasme collectif, Camille, qui sait à l’avance ce qui l’attend plus tard, peut faire ce que tout le monde aurait fait : retomber amoureuse, modifier sa vie, éviter les mauvais choix comme les mauvais rencontres, serrer dans ses bras ceux qui ont disparu. Avec n’importe qui en tête d’affiche, le procédé de cette comédie aux allures de « Quatrième Dimension » qui donne à revoir sa propre adolescence d’un point de vue adulte aurait été agaçant au bout de quelques minutes, mais personne d’autre que Noémie Lvovsky, têtue et douce, farfelue et drôle, ébahie et en total ravissement, n’aurait pu rendre vraisemblable l’invraisemblable.
La folie-douce de l’actrice-réalisatrice autorise tous les débordements, tous les dérapages. D’autant que lors de ce retour vers le futur, la dimension sexuelle n’est pas éludée. Elle est même traitée ironiquement lorsque Lvovsky se retrouve dans la peau d’une adolescente et saute sur l’acteur dont elle incarnait la mère dans « Les Beaux Gosses ». Idem pour le professeur joué par Denis Podalydès, suffisamment barré pour croire en l’histoire de Camille, qui correspond à l’homme qu’elle aurait aimé rencontrer une fois adulte.
Lorsque la boucle est bouclée et que Camille retrouve l’âge qu’elle avait quitté des années plus tôt, l’émotion prend par surprise : entre hier et aujourd’hui, rien n’a changé mais de nouvelles histoires ont grandi avec le temps et l’attente dans un yoyo temporel. Lvovsky est une si épatante comédienne qu’on oublie souvent à quel point elle est aussi une réalisatrice hypersensible, douée pour recréer le passé (« La vie ne me fait pas peur », auquel on pense beaucoup), sonder la douce-folie du quotidien ou retranscrire une émotion infinitésimale (« Les sentiments »). On lui souhaite un succès populaire.

