Interview L’etrange Festival Reboot Frédéric Temps part. 2

Deuxième partie de l’interview en compagnie du maître de l’étrange, Frédéric Temps, consacrée aux souvenirs de L’étrange Festival et à l’exploration de différents domaines artistiques. L’ouverture a lieu ce soir.

Quelles ont été les plus grandes découvertes de L’étrange Festival ?
Pour ceux à qui nous avons fait découvrir (Ian Sterling, les frères Quay) ou redécouvrir (Jan Svankmajer), L’étrange festival a été un tremplin. Gaspar Noé qui était suffisamment talentueux pour être reconnu de lui-même, considérerait L’étrange Festival comme son jardin personnel. J’en suis fier ; et, si c’est le cas, il fait un peu partie de la famille. Rendre hommage à Patar et Aubier est logique par exemple puisqu’on les a suivis lorsqu’ils étaient court-métragistes et que maintenant ils prennent leurs aises dans le long – ils en ont déjà deux autres en prévision. Jaume Balaguero, par exemple, qui est connu aujourd’hui avec ses longs-métrages, a eu ses deux premiers courts primés chez nous en leur temps. Des artistes comme Julio Medem ou Kim Ki-Duk ont été des révélations. Il semblerait que Takashi Miike ait explosé grâce à L’étrange Festival. C’est quelque chose dont on ne se rend pas compte puisque tout repose sur l’envie de voir le travail de ces cinéastes sur grand écran et que c’est un pari que l’on se crée nous-mêmes. On peut facilement se casser la gueule, aussi. On peut miser sur un cheval qui n’est pas bon et qui, plus tard, va faire des films qui ne sont pas acceptables. Ça s’est produit et je tairai les noms par respect pour eux. Mais ça rappelle que l’on fonctionne à l’enthousiasme.

Et les événements marquants ?
Celui qui m’a beaucoup ému, c’est Masaru Konuma. Pendant deux trois jours, il était timide. Nous avons su rapidement par son interprète qu’il était embêté parce que ses films qui étaient conçus en leur temps pour être projetés dans des quartiers mal famés étaient soudainement diffusés dans de belles salles où un public féminin l’applaudissait. Il n’aurait jamais pensé que son œuvre pouvait être considérée. Quand il est parti, à la fin du festival, il était très ému. Lui qui pensait avoir été un «médiocre» cinéaste de commande se retrouvait reconnu à sa juste valeur. Une émotion forte risque d’avoir lieu au moment de l’ouverture cette année, avec une surprise que nous avons réservée aux spectateurs avant le film. Chaque année, nous essayons d’avoir les «pépites de l’étrange» qui traduisent nos préférences cinématographiques. Il y en a trois cette année. C’est vrai qu’au fur et à mesure des quinze premières années du festival, nous avons réussi à montrer ce que nous voulions voir, à commencer par Dementia qui a été un fameux serpent de mer et que nous avons fini par montrer, non sans mal. Même chose pour Electra Glide in Blue qui est une vieille madeleine que nous avons pu remontrer. Pour cette année, Meurtres sous contrôle est un film incontournable selon moi et ce depuis que je suis gamin. Idem pour La symphonie des brigands.

A quelle catégorie de spectateurs s’adresse L’étrange festival ?
Ça va être la question. Selon nous, on aura les habituels cinéphiles – on nous le dit, on nous l’écrit depuis deux ans sur le site. Il y a eu la première année de transition où le forum des images était fermé – officiellement, nous savions que nous ne ferions rien cette année-là. Les travaux ont continué donc une seconde édition a sauté. Si on revient en force, c’est aussi parce qu’il s’est écoulé mine de rien trois années où les mômes de 15 ans en ont 18 aujourd’hui et que j’ai le sentiment – et c’est là qu’on verra si on s’est trompé ou pas – qu’il y a une nouvelle génération avide de ce cinéma-là, contrairement à la génération précédente qui était plus dans le flou général cinématographique. C’est l’une des raisons qui nous poussent à revenir bénévolement, sans aide, si ce n’est les habituels (Canal plus, Agnès B, la ville de Paris). Nous avons perdu beaucoup de nos fonds d’Etat, certains de nos partenaires ont baissé leurs coûts. C’est moins facile et pourtant nous sommes toujours là. Pourtant, la passion est toujours là. Nous nous sommes souvent considérés comme des «passeurs» pour donner à voir d’autres choses. Nous y croyons de plus en plus, on muscle bien le bras droit pour emmener le maximum de gens dans les salles.

Comme souvent, l’animation est également mise à l’honneur.
C’est un domaine qui nous passionne mais nous ne sommes présents qu’une dizaine de jours chaque année et nous n’ouvrons pas dès 9h du matin. On est quand même limité pour des raisons budgétaires sur la durée de planning. En ce qui me concerne, l’animation a toujours été une marotte. Ce qui est amusant cette année, c’est que l’on ouvre et ferme avec de l’animation. Et puis il y a de plus en plus de gens qui produisent de l’animation. J’en parlais récemment avec un diffuseur télévisé qui me racontait qu’il n’arrivait pas à séduire les téléspectateurs. Si c’est un Shrek ou un Pixar, ça marche sans problème mais dès qu’il rentre sur un terrain plus pointu, ça ne passe pas. Cette année, on tente le pari avec Satochi Tomioka, un animateur que je trouve exceptionnel. On le fait venir pour cette occasion et on va carrément jusqu’au pari de lui consacrer un workshop dans la salle, comme une star attendue et reconnue.

La musique, également.
La musique était essentielle dès le début, en 1993. Nous avons toujours été passionnés par le cinéma, la musique, la performance, l’exposition, la lecture avec des auteurs. Si nous avions pu faire venir William Burroughs pour une lecture, de son vivant, j’aurais adoré ça. Ce sera peut-être le cas avec d’autres, demain. Nous ne l’avons pas fait cette année avec Norman Spinrad mais nous aurions pu. La musique a réellement commencé à s’implanter à partir de 2002-2003. Cette année, on fond le cinéma et la musique dans une soirée précise. Mais ça n’empêche qu’après L’étrange festival, qui va se terminer le 13 septembre, nous reprendrons en début d’année prochaine le cycle musical avant la reprise de la partie cinéma un an plus tard.

Les trois séances qu’il ne faut pas manquer ?
Je dirais le workshop de Tomioka qui va être une révélation, la projection de La symphonie des brigands, l’un de mes films fétiches, et puis je tenterais le coup sur les deux films de Pieter Van Hees (Left Bank et Dirty Mind) qui vont beaucoup surprendre. Mais c’est vraiment pour jouer le jeu que je choisis ces trois-là : il y a tellement de choses à voir…

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