Nanti d’une réputation insensée, Paranormal Activity arrive dix ans après Le Projet Blair Witch, avec lequel il partage de nombreux points communs : son low-budget (seulement 11 000 dollars), sa rentabilité (un carton au box-office US, ayant pulvérisé Saw 6) et sa volonté de faire peur avec des archétypes du cinéma d’horreur (les fantômes, les démons, les forces invisibles). A la base, c’est la Paramount qui a racheté les droits à Dreamworks et orchestré le marketing viral comme à l’époque des drive-in dans les années 70 : Paranormal Activity était initialement présenté sur des campus universitaires tard le soir avant de bénéficier d’un bouche-à-oreille sur Facebook et Twitter, invitant les internautes à se précipiter pour découvrir l’happening du siècle. De fil en aiguille, il a rejoint un circuit de distribution plus ordinaire. Au moment de l’interview, son auteur, Oren Peli, 39 ans, d’origine israélienne, ne réalise pas encore l’ampleur spectaculaire du succès d’un petit film à la base destiné à un cercle réduit, devenu en quelques mois un phénomène culturel. Conscient des avantages mais aussi des désagréments de cette popularité soudaine, il refuse de commenter ses projets pour éviter de se mettre la pression alors qu’il n’en est qu’au stade de l’écriture. Tout juste connaît-on le titre de son prochain long-métrage (Area 51) et son sujet (un enlèvement extra-terrestre). En attendant peut-être, comme le dénouement le suggère, une suite à Paranormal Activity.
Que faisiez-vous avant de réaliser Paranormal Activity ?
J’ai commencé comme concepteur de jeux vidéo. A l’époque, je voulais réaliser un film fantastique. Mais j’étais persuadé que je n’en aurais jamais l’opportunité. Donc je me la suis donnée en essayant d’être le plus inventif possible.
Comment est né le film ?
J’ai eu l’idée de Paranormal Activity en 2005, au moment où j’ai emménagé à San Diego. La nuit, j’entendais des bruits bizarres. Tout seul, j’ai commencé à fantasmer mon propre film. Je ne savais pas encore si le résultat serait bon ou mauvais, j’avais juste quelques pistes, des notions vagues. J’ai passé un an à faire des recherches sur le sujet et à apprendre de la technique : le montage, le mixage, les effets spéciaux. Entre temps, je planchais sur le casting et j’ai repéré les deux acteurs principaux qui ne se connaissaient pas. Je les ai choisis parce qu’ils étaient les meilleurs. Le tournage a duré une semaine. L’année suivante, je me suis occupé du montage et du mixage. On a fait beaucoup d’essais et des projections test. Une fois que nous étions tous satisfaits du montage, nous l’avons envoyé à des festivals. Il a été sélectionné au « Scream Fest » de Los Angeles. C’est à partir de ce moment que la machine s’est mise en route : nous avons eu des critiques élogieuses et glané plusieurs prix.
Comment Paranormal Activity est venu jusqu’à Steven Spielberg ?
Tout ce qui s’est passé pendant ce festival nous a permis de signer avec un agent d’artistes qui nous a fait rencontrer deux producteurs de Dreamworks ayant flairé le potentiel. Au départ, ils hésitaient, ne voyaient pas comment le sortir et voulaient que j’en réalise un remake avec plus de moyens. Pour tester, on l’a montré à un vrai public et quand ils ont vu les réactions, ils ont finalement décidé d’abandonner l’idée d’en faire un remake pour sortir l’original. Une fois la décision prise, ils ont montré le film à Steven Spielberg. La légende veut qu’après avoir visionné le film, il aurait retrouvé la porte de sa chambre bloquée de l’intérieur. Ce qui l’aurait apparemment inquiété au point de ne plus vouloir toucher le DVD ! Il a décrit Paranormal Activity comme « le film le plus effrayant depuis L’exorciste » et c’est un compliment immense.
Est-ce exact qu’il est intervenu pour modifier le dénouement ?
Pour lui, Paranormal Activity devait sortir dans la version d’origine et uniquement dans cette version, mais avec une fin différente. Afin que la version soit exploitable, on a fait un peu de remontage et commencé à réfléchir à une fin alternative. On en a essayé plusieurs lors de nouvelles projections test et l’une d’entre elles avait été suggérée par Spielberg. C’est celle que nous avons gardée parce qu’elle rendait les gens complètement fous. Ceux qui avaient eu peur en la voyant ignoraient qu’il s’agissait de celle proposée par le réalisateur de Duel.
D’autres cinéastes que Spielberg vous ont félicité ?
Oui. J’ai reçu des encouragements de la part d’artistes, notamment M. Night Shyamalan qui m’a avoué avoir eu les jetons en voyant Paranormal Activity. Je sais également que les deux réalisateurs de Le Projet Blair Witch l’ont vu et apprécié.
Paranormal activity connaît le même phénomène que Le projet Blair Witch dix ans plus tard…
J’en suis heureux. C’est grâce à des films comme Le Projet Blair Witch et Open Water que j’ai eu envie de prendre ma caméra et de créer une histoire fonctionnant sur le principe d’instantanéité (il est impossible d’échapper aux événements). Ils proposaient du cinéma avec peu de moyens et en dehors du système. Comme dans ces deux films, les acteurs ont beaucoup apporté par leur alchimie et leur authenticité. Tout ou presque était improvisé, rien n’était écrit. Si bien que si la version actuelle dure 1h30, nous en avions tourné pour 70 heures ! Quant au succès de Paranormal Activity, je suis le premier à ne pas en revenir. Dernièrement, il a battu Saw 6 au box-office. Ça me fascine mais je n’en tire aucune gloire. Il y a de la place pour tout le monde.
Etes-vous fan du genre ?
J’ai découvert L’exorciste à l’âge de 11 ans avec mes parents et j’étais effrayé, comme beaucoup de spectateurs avant moi. Je ne crois pas aux fantômes mais quand j’étais plus jeune, tout ce qui touchait aux fantômes et aux démons me terrifiait. J’ai évité en revanche de revoir des films du même genre parce que je voulais paraître le plus original possible. Je n’ai pas vraiment été influencé par le style YouTube parce que lorsque j’ai commencé à travailler sur Paranormal Activity, ce réseau n’était pas aussi développé. En revanche, j’ai montré des émissions de télé et des documents sur le paranormal aux deux acteurs pour qu’ils assimilent les réactions d’une victime hantée. Dans la vraie vie, ce qui m’effraie, c’est la vulnérabilité que l’on peut avoir lorsqu’il fait nuit. Une présence invisible qui vous regarde pendant que vous dormez. C’est une peur universelle et c’est sans doute pour cette raison que le film fonctionne aussi bien sur les gens. Ça n’a rien de contemporain, c’est juste intemporel.


