Buried : Interview Rodrigo Cortes

Tourné en seulement 17 jours, avec Ryan Reynolds seul à l’écran, Buried est un modèle d’efficacité exploitant toutes les peurs primales. Comme nous, son réalisateur Rodrigo Cortes n’en revient toujours pas.

Comment est né Buried?
Le script traînait dans un tiroir à Hollywood depuis un an, et en le lisant, j’y ai vu la possibilité de faire un film inédit. Tout le monde trouvait l’idée géniale, mais irréalisable. Même Ryan Reynolds était réticent au départ. Il a lu le script, a trouvé ça génial et l’a rendu en disant «bonne chance». Il était persuadé que personne n’arriverait à le faire, que ça ferait un livre haletant mais pas un bon film. On lui a montré mon premier film, The Contestant (2007); après l’avoir vu, il m’a appelé pour en savoir plus. Je lui ai envoyé une note d’intention d’environ quinze pages, un traitement détaillant comment je comptais le mettre en scène. Deux jours plus tard, nous nous sommes rencontrés à Los Angeles, et quatre minutes après, il signait pour jouer.

Sans Ryan Reynolds, est-ce que le film aurait eu le même impact?
Il a tout donné, comme moi : son sang, ses os, sa peau, son corps… Le défi reposait sur lui, aussi. Si Ryan Reynolds n’arrivait pas à susciter l’empathie, alors impossible que le spectateur soit captivé. Surtout, son interprétation communique une telle énergie qu’on a l’impression de le voir en plein marathon. C’est un acteur par ailleurs sous-estimé. Les gens s’imaginent qu’il n’est capable que de faire des comédies romantiques ou des block-busters. Mais je l’avais vu dans The Nines, au festival de Sitges. J’étais dans le jury et le film était en compétition. A l’époque, il m’avait bluffé et je savais que je pourrais obtenir beaucoup de lui.

Comment avez-vous travaillé la mise en scène?
Il était primordial que le spectateur ne se sente pas coincé dans un cercueil et voit juste un personnage figé dans un lieu clos. Si vous vous limitez au cercueil, cela devient extrêmement restrictif pour les mouvements de caméra. Du coup, il est nécessaire de penser aux outils dont vous avez besoin en termes de gestion de l’espace. Pour cela, il suffit d’imaginer que ça se passe n’importe où, dans une rue de New York, de Los Angeles comme dans la jungle. Buried est un voyage, une expérience physique, une course contre la montre, nécessitant le rythme cardiaque d’un film d’action.

Quels sont les écueils que vous vouliez éviter?
Je ne devais pas quitter le cercueil. Sinon, ça tombait à l’eau. il fallait que tout se vive en temps réel, sous nos yeux, sans effets spéciaux. Il fallait maintenir la tension jusqu’à la surprise finale [NDR. Que nous ne révélerons pas]. Je serai capable de tuer celui qui révèle la fin du film à quelqu’un qui ne l’a pas vu. En faisant ça, il tue le suspense et flingue tout notre travail. Si Ryan Reynolds a beaucoup morflé, le défi était aussi technique. Normalement, je tourne entre dix à douze prises par jour. Là, je suis passé à trente, allant même jusqu’à cinquante-deux. Sinon, nous avons construit sept cercueils répondant à des besoins techniques différents : un avec des parois amovibles, un autre favorisant des effets de perspective…

Buried repose beaucoup sur l’auto-persuasion : le spectateur imagine plus que ce qui se passe réellement.
Il ne faut pas donner aux spectateurs ce qu’ils veulent, il faut leur donner ce dont ils ont besoin. Vous devez les respecter sans leur mâcher le travail ni les caresser dans le poil. Le script de Buried – auquel je n’ai rien changé – joue sur les peurs primales, comme Le projet Blair Witch en son temps : l’isolement, la claustrophobie, le noir… Tout ce que je peux dire, c’est que, dans une époque paranoïaque comme la nôtre, les gens ont sans doute besoin de se faire peur en toute sécurité.

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