Insidious : Interview James Wan

Avec Insidious, James Wan retrouve le scénariste Leigh Whannell et fait voyager le spectateur d’aujourd’hui dans le cinéma fantastique des années 70-80.

Depuis Saw, James Wan réalise chaque nouveau film comme un artisan soucieux de ne pas se répéter et de rendre des hommages aux artistes et aux genres qui ont nourri sa cinéphilie : Dead Silence était un hommage à la petite boutique des horreurs de la Hammer, à Mario Bava, à Dario Argento et au film à sketches Au cœur de la nuit (Robert Hamer, Alberto Cavalcanti, Basil Dearden, 1945); Death Sentence aux vigilante movie des années 70. Ses films n’ont pas la prétention de révolutionner la série B mais d’initier un public jeune et profane aux plaisirs coupables en donnant envie de revoir les originaux. Conçu comme une machine à remonter le temps, Insidious lorgne ouvertement vers le cinéma fantastique des années 80 à la fois en termes de narration et de d’atmosphère. Ça reste un film de cinéphile, donc un film passif qui respecte et connaît ses classiques sur le bout des doigts. C’est aussi un film calibré pour les multiplexes avec une dose d’effets horrifiques pour amuser les jeunes spectateurs. De toute évidence, c’est à eux que le film s’adresse. Les plus vieux s’amuseront des clins d’œil à Poltergeist (Tobe Hooper, 1982), à La sentinelle des maudits (Michael Winner, 1977), à Amityville, la maison du diable (Stuart Rosenberg, 1979), Les griffes de la nuit (Wes Craven, 1985).

A chaque nouveau film, vous fréquentez une époque précise du cinéma de genre. Un peu comme des voyages dans le temps.
James Wan: C’est exactement ça! La raison pour laquelle je fais exprès de varier les époques et les genres (le film de poupées, le film de vengeance, le film de maison hantée), c’est la peur de me répéter. Autrement, j’aurais fait des suites de Saw par exemple (il rit). On me demande souvent s’il y aura une suite à Insidious mais vous savez, à l’époque de Saw, je pensais qu’il n’y en aurait qu’un seul. La fin était tellement nihiliste avec le coup de théâtre que je pensais avoir enterré la franchise. Leigh (Whannell, le scénariste) et moi-même sommes toujours surpris de voir le succès des Saw, nous qui avions des difficultés à monter le premier. Il ne faut pas trop se poser des questions, ça fait partie des effets de mode : il faut un film-phénomène pour Halloween. Maintenant, c’est devenu Paranormal Activity et ainsi de suite, c’est comme une boucle ininterrompue. Avec Death Sentence, je voulais faire un film de vengeance avec des scènes d’action construites comme des scènes d’angoisse. Je recherchais plus l’intensité brutale que l’apologie de la vengeance personnelle. Avec Insidious, je voulais partir d’une réalité (une famille normale) pour aller vers le fantastique (une histoire de possession et de maison hantée) avec des fantômes, des démons et des monstres d’un autre monde. Je cherchais vraiment à incruster des éléments extraordinaires dans un contexte ordinaire. Sinon, après le fantastique et le horreur, je suis passionné par la science-fiction et l’action. Un jour, j’adorerais faire un grand film comme Matrix ou Terminator.

Le film est un hommage au cinéma fantastique des années 70-80.
Bien sûr. Des films comme La Sentinelle des maudits (Michael Winner, 1977) et The Changelling(Peter Medak, 1980) ont été de vraies influences. Mais le but, c’était autant de réciter ces classiques que de filer les jetons. Je voulais créer une atmosphère à la fois douce et glauque et en même temps prendre un genre établi (le film de maison hantée) et en faire une version différente. Prendre les clichés du genre, ou ce que les gens pensent connaître du genre, pour les tromper. Honnêtement, c’est ce qu’il y a de plus jouissif.

Dans quasiment tous vos films, vous récitez une scène de Poltergeist: celle du clown cachée sous le lit de la petite fille blonde…
C’est probablement la séquence la plus effrayante que j’ai vu au cinéma ! Il faut dire que j’ai vu Poltergeist très tôt, j’avais seulement six ou sept ans et je remercierais jamais assez ma mère, également fan de films d’horreur, de m’avoir autorisé à le voir. Mais cette scène a nourri mes pires angoisses, j’ai toujours eu peur qu’un clown ou une poupée maléfique hante ma chambre. D’ailleurs, pour plaisanter, je dis souvent qu’Insidious est le nouveau Poltergeist. J’aimerais beaucoup que ce soit vrai mais il faut être lucide : notre film a coûté beaucoup moins cher que celui de Tobe Hooper et Steven Spielberg. Ce n’est pas un regret, au contraire : je veux que le budget de mes films ne soit pas trop élevé pour que je puisse continuer à faire ce dont j’ai envie. Leigh et moi avons écrit l’histoire que nous voulions. De la même façon que j’ai eu le final cut : j’ai pu monter le film comme je le voulais. J’ai toujours adoré le montage et j’ai toujours eu envie de monter.

Quelles indications avez-vous donné à votre chef-opérateur?
J’ai montré à John R. Leonetti des films pour reproduire la même lumière, mais la plupart du temps, je me basais sur d’autres supports. C’était parfois des photos trouvées sur Internet, dans des livres ou que j’ai prises moi-même. Je les ai rassemblés pour former un package. Je suis très fier de son travail et de ce qu’il a réussi à produire avec une image numérique. On en parlait encore hier avec Alexandre Aja [NDR. John R. Leonetti a également travaillé sur Piranha 3D]. Pour Death Sentence, je me souviens lui avoir montré Soy Cuba (1964), un formidable film russo-cubain de propagande, réalisé par un génie (Mikhaïl Kalatozov) et visuellement étourdissant.

Passé une première partie classique, la seconde lorgne vers la science-fiction et explore les projections astrales. 
Croyez-le ou non, mais cette seconde partie du film a été imaginée avant la première. C’est LE vrai sujet d’Insidious et ça remonte encore une fois à mon enfance. Je suis Australien avec des origines chinoises et les histoires de fantômes racontées par ma famille me terrifiaient. Notamment une de ma grand mère qui m’avait interdit de peindre sur le visage d’une personne plongée dans le sommeil car si elle voyageait avec son esprit, elle pourrait ne plus retrouver son corps. Mes superstitions et mon appétence pour les voyages astraux, avec l’âme qui s’évade du corps, tiennent du bouddhisme et ça m’a réellement inspiré pour décrire cet autre monde. La raison pour laquelle Barbara Hershey, que l’on voulait également dans notre film, a aimé ce projet et voulu y participer vient du fait qu’elle est très branchée spiritualité et ésotérisme.

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