[Critique] Caotica Ana de Julio Medem

Bien qu’il arrive en France avec beaucoup de retard par rapport à sa sortie espagnole, Caotica Ana marque le grand retour de Julio Medem (L’écureuil rouge) avant le très hot Room in Rome, son dernier long métrage, où, durant toute une nuit, une lesbienne initie une hétéro aux plaisirs saphiques. Après quelques égarements, le cinéaste espagnol renoue avec ses premières amours dans ce puzzle sensuel et mental qui, comme Lucia y el sexo, raconte le destin torturé d’Ana, une jeune ingénue vivant à Ibiza seule avec son père dans une grotte. Elle passe sa jeunesse à se baigner nue, à prendre des hallucinogènes en discothèque et à peindre des toiles pour le simple plaisir des mécènes. Lorsqu’elle est acceptée dans une école d’art à Madrid, la sirène ne peut plus continuer à vivre d’amour et d’eau fraîche. L’actrice Manuela Vellés passe de la candeur à la perversité et traduit le vacillement psychologique de cette allégorie Dostoïevskienne où une âme pure se métamorphose en ange exterminateur.

Medem a dédié ce revival à sa fille et sa sœur, récemment décédée, et offre sa vision d’un monde où l’innocence est automatiquement corrompue et la création, impossible. S’il n’est pas permis de remettre en cause une capacité à raconter des histoires à dormir debout (L’écureuil rouge, l’un des films préférés de Stanley Kubrick) et à organiser des images que l’on ne voit pas chez les autres (l’éblouissement formel de Tierra), difficile de ne pas admettre que le cinéaste a un peu perdu de sa vigueur créatrice, comme si son regard s’était durci avec le temps. A la manière de Kim Ki-Duk avec le récent Dream, il est tombé dans les pièges qu’il avait su éviter par le passé : le romantisme kitsch (la relation Cazalé-Vellés rappelle Les Amants du cercle polaire, sans le feu), le surréalisme facile et le symbolisme de carte postale. Cela dit, l’ensemble reste unique pour une scène exorbitante où Ana défèque dans la bouche d’un amant qui lui prodigue un anulingus. Il faut le voir pour le croire.

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