[CRITIQUE] The Loved Ones de Sean Byrne

Cela fait longtemps que vous n’avez pas vu un EXCELLENT film d’horreur ? Réjouissez-vous : The Loved ones, premier long-métrage de Sean Byrne, décrit comme un croisement original entre une comédie de John Hugues et Massacre à la tronçonneuse, est présenté comme la nouvelle sensation du cinéma de genre australien après Wolf Creek (dans un genre totalement différent). Une fracassante révélation.

La plupart du temps, le film sur l’adolescence donne lieu à des bluettes insignifiantes à base de roucoulades sentimentales et de clichés laborieux. Un peu moins régulièrement, des cinéastes plus malins n’utilisent la toile de fond ado que pour en dévoiler l’envers du décor avec son cortège de dépressions identitaires et d’affects torturés. C’est le cas de Sean Byrne qui, pour son premier long-métrage, prend un prétexte de teen-movie pour venger les opprimés du lycée et torturer les play-boys glamours. Brent, un lycéen beau et glabre de 17 ans, est kidnappé par une camarade secrètement amoureuse qui, accompagné de son père, va lui faire vivre un bal de fin d’année redoutable entre deux coups de perceuse. L’argument est simple et la manière dont il est décliné est à la fois prodigieuse et inattendue, toujours sur le fil. Son atout, c’est un scénario très malin qui ménage autant les gags que les rebondissements et charrie des émotions parfois totalement contradictoires. Au premier degré, cela tient de la parodie teen spirit (la chambre parfumée et le journal intime de l’adolescente, les tensions incestueuses, la gaucherie des ados dans leur tentative de drague, le puritanisme des bals de fin d’année). Mais, derrière les images et donc les apparences, il reste une douleur indicible (le sexe sans passion, l’autodestruction, la mélancolie morbide). A un âge où la découverte de la sexualité a son importance, le film traite également des ravages de l’imagination et de la cristallisation du désir (le titre « the loved ones »/ « ceux que l’on a aimés »). Si l’adolescente séquestre le plus beau garçon du bahut, c’est parce qu’il ne la regarde pas et méprise sa sensibilité de vierge suicidée. Si elle le torture, c’est uniquement pour que ce pur fantasme sexuel lui appartienne et qu’il se soumette à ses volontés les plus humiliantes – histoire qu’il devienne aussi monstrueux qu’elle. L’inévitable scène du repas familial a des allures de cauchemars Lynchiens avec des monstres ordinaires, descendants de la famille de Massacre à la tronçonneuse. Mais l’essentiel réside dans tout ce qui est caché. Une fois qu’il révèle les secrets, le film rend la réalité plus dérangeante. On peut déceler en creux le portrait d’une communauté aux prises avec des contradictions morales et des pulsions inavouables. Le plus étonnant, ce sont les scènes trash/gore d’une intensité assez inouïe.

Sans se prendre au sérieux, Byrne veut conserver l’humour coûte que coûte qui joue autant sur la stupéfaction générée par les atrocités (ça pousse le bouchon assez loin) que la dimension absurde (le climax final automobile – que l’on ne révèlera pas). Il a suffisamment compris les enjeux du film de terreur pour pouvoir faire mine de s’en détacher et les servir avec encore plus d’efficacité. Celui qui subit ce calvaire (Xavier Samuel qui tourne actuellement le troisième chapitre de Twilight) conserve la même tête d’adolescent endormi d’un bout à l’autre et c’est le spectateur qui est amené à souffrir pour lui. C’est exactement ce à quoi Jennifer’s body aurait dû ressembler : un film qui, sous la mécanique et les conventions, transcende toutes les attentes et dépasse toutes les espérances.

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