[CRITIQUE] The Devil and Daniel Johnston de Jeff Feuerzeig

Ce documentaire consacré à Daniel Johnston sort – enfin – en France avec un retard impardonnable de cinq ans. Il était temps. Pour ceux qui ne connaissent pas cette légende de l’underground américain, il a commencé il y a maintenant trente ans en enregistrant sa voix d’ado écorché qui a oublié de grandir sur des cassettes audio et, de fil en aiguille, il est devenu presque malgré lui le précurseur du lo-fi. Aujourd’hui, on ne compte plus les compositeurs qui revendiquent son influence. Ses textes mélangent des hallucinations tirées de son quotidien (asocial, il vit toujours chez ses parents, des fondamentalistes catholiques), de la culture populaire US (science-fiction, horreur, comics) et, surtout, de sentiments contrariés envers une copine de fac dont il est tombé fou amoureux – cette dernière ayant préféré faire sa vie avec un croque-mort. Si l’amour n’a pas réussi à le sauver de son mal-être, c’est la musique qui va le récupérer. Un peu à la manière de ceux qui se sont fourvoyés dans une cinéphilie boulimique pendant leur adolescence pour fuir l’image qu’ils renvoyaient aux autres et s’évader.

A la fois adulé par la profession (Tom Waits et Matt Groening le portent au pinacle) et atteint de bipolarité (il a multiplié les séjours en hôpital psychiatrique), Johnston reste un artiste unique, peu médiatisé car ingérable. Pour donner une idée de l’impact qu’il a pu provoquer, il n’y a qu’une icône grunge comme Kurt Cobain qui a réussi à atteindre une telle quintessence dans les années 90. D’ailleurs, c’est ce dernier qui a contribué à sa reconnaissance auprès d’un plus large public en portant son tee-shirt sur MTV. Les fans de Johnston ne connaissaient son univers qu’à travers des morceaux dépouillés et des dessins iconoclastes, nourris d’obsessions (le Diable, Captain America, les Beatles, King Kong et Casper). Ce documentaire, en plus d’être impeccablement mis en musique, parle autant aux aficionados qu’aux profanes. Artistiquement vivant mais socialement flingué, Johnston reste la preuve irréfutable, surtout à une heure où des autodidactes proposent leurs titres sur MySpace et Deezer, que la musique peut être faite par et pour tous mais qu’avant tout, elle doit être faite pour soi-même. C’est pour cette raison qu’il a toujours refusé les compromis et que ses collaborations avec des groupes émérites (Sonic Youth, Jad Fair) se sont toutes soldées par des échecs. Ceux qui ont aimé Sick (Kirby Dick, 1998) et Crumb (Terry Zwigoff, 1994) ne doivent pas passer à côté d’une telle merveille.

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