[CRITIQUE] ARMADILLO de Januz Metz

Involontairement ou non, Armadillo rejoint deux films récents dans leur exploration risquée de la guerre en Irak : Démineurs, de Kathryn Bigelow qui traduisait le même cynisme inconscient, la même addiction ivre et la même attirance irrésistible du danger ; et, surtout, Redacted qui fonctionnait sur un principe similaire : «tout est vrai, bien que tout soit joué». Dans le brûlot de Brian de Palma, ce concept donnait lieu à un assemblage d’images neutralisées où les informations, anodines comme essentielles, ultra-violentes comme parodiques, renvoyaient la même intensité (le spectateur était tellement blasé qu’il ne voyait plus la différence entre une parodie de Godard et un viol en direct). Dans Armadillo, on retrouve cette ambiguïté qui nait du rapport entre le documentaire et la fiction. Januz Metz (36 ans) s’inspire de Werner Herzog en plaçant des personnages dans des contextes extrêmes, afin de nous donner à considérer la fiction comme un documentaire et un documentaire comme la fiction.

Pendant longtemps, on pense même qu’il s’agit d’un simple «documenteur» qui aurait compris Starship Troopers au premier degré, repris l’esthétique d’un spot pour l’armée de terre et du jeu vidéo. Cette approche immersive, subjective et paranoïaque d’un conflit opaque (les ennemis deviennent invisibles et les différences entre les talibans et les civils, floues) est partiellement entachée par une esthétisation trop voyante – image saturée, montage trop découpé, bande-son hypertrophiée – qui dilue un peu la dialectique. Cela pourra sembler déplacé pour évoquer la présence militaire en Afghanistan et en déterminer les limites. Reste le discours : d’une guerre à l’autre, les faits sont têtus. A la différence près que celle d’Armadillo se joue plus proche de nous. On y apprend ce que l’on a déjà vu ailleurs (la guerre est une drogue), mais on y découvre aussi le témoignage accablant d’une post-adolescence désarticulée entre deux mondes – l’un, réel, où la morale revient au galop et l’autre, virtuel, où l’absence de tabous s’avère exponentielle à chaque connexion -, où se confondent dangereusement les images et les clichés, les idéaux et les peurs, les bons et les méchants.

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