Comment ça va, Jean-Marie Poiré?

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Vous avez réalisé relativement peu de films en fin de compte. J’en ai compté treize…
(il coupe avec un grand sourire) Disons plutôt douze alors ! Je ne compte pas Les Visiteurs en Amérique. Ce film, j’ai accepté de le faire, mais ça ne s’est pas du tout passé comme prévu.

Vous dites être devenu réalisateur par hasard. Pouvez-vous développer ?
Je me suis toujours laissé porter par ma chance. Je crois que c’est un élément qui compte beaucoup dans une vie. Disons que j’ai toujours eu envie de faire un métier qui s’approche de l’art. Je suis très bavard, j’aime la vie, j’adore m’exprimer, et je devais trouver comment. J’ai commencé par la photo, j’ai même été chanteur de rock ! L’important est de libérer une forme d’énergie. J’y parviens beaucoup en écrivant aussi. Si je ne peux plus m’exprimer de quelque manière que ce soit, je deviens fou. J’écris tous les jours, des souvenirs, des romans, des scénarios de films que je ne réaliserai jamais faute de temps. J’étais au départ scénariste et j’adorais ça. Mais quand j’ai écrit Les petits câlins, c’était un projet tellement particulier qu’on n’a trouvé aucun metteur en scène pour s’en occuper. Alors quitte à donner sa chance à un novice, je me suis dit pourquoi pas moi ? Après tout cette année là j’avais écrit deux des cinq plus gros succès au cinéma. Donc je n’avais pas la grosse tête mais je possédais l’assurance de ma jeunesse et de cette réussite.

Les petits câlins ne ressemble pas du tout à un « film de Jean-Marie Poiré »…
Oui mais il n’y a pas de règle. La seule règle est d’essayer de s’arranger pour que les spectateurs ne s’ennuient pas. Mon père citait souvent Capra, disant que dans le spectacle, il n’y a qu’un péché, c’est l’ennui. Que ce soit au théâtre ou au cinéma, l’ennui est quelque chose d’insupportable. J’ai choisi le plus souvent de faire rire pour éviter ça.

D’où vous est venue cette idée d’inverser les rôles homme/femme ?
En cherchant à écrire des scénarios pour des vedettes, je me suis aperçu qu’à part Romy Schneider, qui faisait des films appartenant à un univers où je n’étais pas trop apprécié, un peu intello, il n’y avait que des stars masculines. Ca m’a pris la tête et j’ai écrit Les Petits câlins comme une provocation. En plus je trouvais que les femmes n’étaient pas bien traitées dans les films à l’époque. C’étaient toutes des potiches… Je n’étais pas féministe, je n’ai aucun « iste » dans ma vie, si ce n’est individualiste, mais j’ai eu envie de montrer une histoire d’un point de vue de femmes pour une fois. Je pensais que ça aurait beaucoup de succès car je me disais que les femmes attendent qu’on parle d’elles. Et je me suis planté !

Ce film vous a quand même fait remarquer par la critique…
Oui, la presse et les comédiens. Les comédiennes notamment, puisque j’ai eu un contrat formidable, qui n’a pas abouti, avec Marlène Jobert qui avait apprécié Les Petits câlins. Je lui ai écrit un film qu’on n’a finalement pas monté. Victor Lanoux avait adoré Les petits câlins et m’a imposé ensuite comme metteur en scène pour Retour en force. Donc ça m’a ouvert pas mal de portes. Et surtout, c’est le film qui m’a permis de rencontrer Josiane Balasko.

Quel est votre processus d’écriture ? On se demande souvent où vous allez chercher tout ça !
J’ai des déclics qui me viennent de manière totalement fortuite. Par exemple c’est en observant Jean Reno dans un train que j’ai remarqué sa façon de se tenir toujours comme un grand d’Espagne. On le croirait tout droit sorti d’un tableau de Velasquez ! A l’époque je ne savais pas qu’il était effectivement d’origine aristocrate. L’idée de le grimer en seigneur médiéval français est venue de là. Autre exemple, j’adorais aller m’amuser dans la ville de Berlin de l’époque du mur. Il y existait une véritable frénésie car c’était un îlot de liberté dans un univers quasi carcéral. Et un jour où j’essayais de passer à l’Est avec des amis en métro, on attendait dans une file monstrueuse. A un moment je vois arriver un homme très chic, vêtu d’un manteau en poil de chameau, qui comme beaucoup de gens de l’Est allait faire ses courses à l’Ouest. Il avait dans son portefeuille une American Express Gold et au-dessous sa carte du Parti Communiste, ce qui était déjà une image assez marrante ! Il bouscule tout le monde, très méprisant, et à force de bousculer tout le monde, il finit par faire tomber plein de cassettes vidéo. En regardant je me suis aperçu qu’il y en avait plusieurs d’Emmanuelle. (il éclate de rire) Je découvrais une facette du communisme que je ne soupçonnais pas. Je suis alors parti en Russie avec Christian Clavier et Martin Lamotte ainsi qu’un interprète que je faisais passer pour ma secrétaire pour pouvoir me rendre compte des réalités de ce pays, avec des gamins dans la rue qui gueulaient « stylos, stylos ! » En clair j’ai découvert un monde aux abois (Ndr : ça se passe en 1985).

Quel a été votre rapport au succès, après ces deux cartons que furent Le Père Noël… et Les Visiteurs ?
Je me souviens d’une discussion que j’ai eue avec Ray Charles qui m’avait beaucoup ému, peu de temps avant sa mort. Il me disait qu’il aimait bien finalement chanter What I’d say et I’ve got a woman. Mais que pendant des années durant il a haï ces chansons car il en avait écrit 2200 et on lui demandait les 10 mêmes à chaque fois. Attention, quand on fait des films mythiques c’est une chance, je ne veux pas parler comme un snob prétentieux, mais cette chance a des contreparties. Les gens ne se souviennent généralement que du Père Noël… et des Visiteurs.

Ça vous dérange que les fans de ces films cultes connaissent les répliques par cœur mais pas forcément le nom du réalisateur ?
C’est ce que disait un jour Jean-Luc Godard en débat avec Claude Zidi. Zidi disait à Godard « tu es ultra connu », et Godard répondait que « oui tout le monde me connaît mais personne ne connaît mes films, alors que toi on ne te connaît pas mais on connaît tes films ». Personnellement, quitte à choisir, je donnerais aussi la priorité aux films. Pour moi mes films sont des enfants donc j’en suis fier.

Finalement, Jean-Marie Poiré metteur en scène n’est qu’une petite partie de votre vie ?
Ma meilleure amie, Tali (écriture phonétique), était une chanteuse de blues américaine qui pesait 130 kilos avec des perruques énormes, véritable icône dans les boites gays et du monde underground. Il y a des films sur elle en Allemagne de metteurs en scène auprès de qui Rivette passe pour être super commercial !

Elle aurait pu jouer dans un film de John Waters…
Exactement, c’est ça ! J’étais très ami avec Divine par exemple. J’ai une photo chez moi dédicacée par Divine et mon amie où elles sont toutes les deux et où Tali a écrit « A Divine, la seule femme qui me fasse ressembler à Shirley Temple »

Quels sont les 5 films de Jean-Marie Poiré que vous emporteriez sur une île déserte ?
(il hésite) J’aime beaucoup Papy fait de la résistance.
Mes Meilleurs copains d’abord.
Certainement Les Visiteurs.
Twist again à Moscou.
Et peut-être Opération Corned Beef.

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