[critique] Ana et les autres de Celina Murga

Ana, vingt ans, vit aujourd’hui à Buenos Aires, une ville dévastée par la crise économique argentine. Nous la suivons alors qu’elle revient à Paranà, sa ville natale. L’occasion pour elle de revoir ses anciennes amies d’école et ses amoureux d’alors, particulièrement Mariano. L’occasion peut-être aussi de faire de nouvelles rencontres, de repenser sa vie, d’essayer de modifier son avenir. Paranà est une nouvelle chance pour Ana…

Le road-movie ne fonctionne que si on s’accroche aux protagonistes. Et, heureusement, ici, c’est le cas. Sans doute parce que Ana (Camila Toker) a tout de ces « vous-et-moi » qui sont usuellement gommés dans les fictions et qui transparaissent ici dans un style naturaliste, dépourvu d’artifices. Le rythme lent et le minimalisme du film sont justifiés par la quête d’un personnage qui hésite, rencontre des gens, erre, furète, ne sait pas où il va et s’isole, loin des autres, comme pour se remettre en question, comme obsédé par quelque chose qui le ronge intérieurement. Au bout de quelques minutes, on comprend de quoi il s’agit. Mais la subtilité du script fait qu’on le devine sans nécessairement qu’on nous le traduise par des mots ni des effets de mise en scène outranciers. Tout passe par les simples jeux de l’ellipse et du regard. C’est silencieux. C’est beau.
La cinéaste Celina Murga possède une faculté pour observer les petites choses de la vie : les non-dits, les réminiscences, les étranges sensations et les odeurs de l’enfance, les retrouvailles avec d’anciens amis, la recherche d’un ancien amour, l’attente… On ne s’y attend pas, mais tout sonne juste, tout trouve une résonance chez le spectateur. On a tous un jour ou l’autre voulu retourner en arrière pour effacer les erreurs du passé. C’est pourquoi ce film bouleverse discrètement : il perce sous le flottement ambiant, un sentiment diffus de nostalgie à la mélancolie sourde qui touche et finit par émouvoir au plus profond.

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