Ali Abbasi, Valéria Bruni Tedeschi, David Cronenberg, les Dardenne bros, Claire Denis, Arnaud Desplechin, Lukas Dhont, James Gray, Kore-Eda Hirokazu, Mario Martone, Cristian Mungiu, Ruben Ôstlund, Park Chan-wook, Kelly Reichardt, Tarik Saleh, Kirill Serebrennikov, Jerzy Skolimowski seront en lice en mai pour la Palme d’Or au prochain Festival de Cannes. Une sélection très alléchante sur le papier, à laquelle s’ajoutent des surprises dans les autres sections.
Longuement attendue, la liste des premiers films sélectionnés en compétition officielle au Festival de Cannes 2022 vient d’être dévoilée par Thierry Frémaux et Pierre Lescure. Et sans surprise, David Lynch n’est pas dedans. Premier constat, avec 18 films, la compétition officielle n’est pas complète. Thierry Frémaux l’a révélé, plusieurs films sont encore à voir, et il n’est pas interdit de penser que 2, voire 3 films rejoindront la sélection. La majorité des films pressentis sont biens là, manquent cependant à l’appel Disappointment Blvd. d’Ari Aster (pas prêt? réservé pour Venise?), Un beau matin de Mia Hansen Love, L’Envol de Pietro Marcello, L’immensita d’Emanuele Crialese (on doute que Cannes se passe de Penelope Cruz) ou The Eternal Daughter de Johanna Hogg. Il y a fort à parier que certains d’entre eux finiront par intégrer la liste d’ici à la fin du mois.
Dans le sillage des dernières éditions, la compétition officielle fait la part belle aux nouvelles entrées. Après le succès de Border à Un Certain Regard en 2018, où il est reparti avec la récompense suprême, il n’est pas surprenant de voir le prodige danois intégrer l’officielle avec son troisième long-métrage, Holy Spider, sur un père de famille fanatique lancé dans sa propre quête religieuse, qui le pousse à «nettoyer» la ville de Mashhad (Iran) de la prostitution.

Sélectionné la même année à UCR avec Girl (Caméra d’or), Lukas Dhont intègre lui aussi la compétition dès son deuxième film, avec Close, sur l’amitié fusionnelle entre deux garçons de 13 ans, Léo et Rémi, perturbée par le passage à l’adolescence. Ils avaient fait sensation avec leurs deux précédentes productions, deux polars musclés et tendus, Tarik Saleh (Le Caire Confidentiel) et Saeed Roustayi (La Loi de Téhéran) débarquent en officielle avec, respectivement, Boy From Heaven et Leila’s Brothers.
Il était temps. Les (quasi) sexagénaires Mario Martone et Kelly Reichardt vont enfin connaître l’honneur d’une sélection en compétition officielle à Cannes. Le cinéaste italien a déjà fait ses armes à la Quinzaine des réalisateurs avec L’Odeur du sang en 2004, il représentera l’Italie avec Nostalgia, dans lequel on retrouvera Pierfrancesco Favino, inoubliable mafioso dans Le Traître de Marco Bellocchio. Kelly Reichardt avait écumé les sélections parallèles, dont UCR en 2008 avec Wendy et Lucy, la voilà enfin dans la sélection reine, avec à ses côtés sa muse Michelle Williams, pour Showing Up. Un film dont on attend beaucoup, surtout après que la réalisatrice a signé coup sur coup deux merveilles: Certaines Femmes et First Cow.

Sinon, que serait Cannes sans ses habitués? Il y a d’abord ceux qu’on voit trop souvent en compétition, mais dont on peut attendre quelques surprises: Valeria Bruni Tedeschi (Les Amandiers), Arnaud Desplechin (Frère et Sœur), Kirill Serebrennikov (Tchaïkovski’s Wife). Ensuite, il y a les palmés qui tenteront la passe de deux (et même de trois, pour deux frangins belges): Hirokazu Kore-Eda (Broker), Ruben Ostlund (Triangle of Sadness), Christian Mungiu (R.M.N), Les Frères Dardenne (Tori et Lokita).

Enfin, il y a les éternels outsiders, dont certains font leur retour après une (trop) longue absence en compétition: James Gray (Armaggedon Time), Park Chan-Wook (Decision to Leave), David Cronenberg (Les Crimes du futur), Claire Denis (Stars at Noon), et la surprise du chef, Jerzy Skolimowski (Hi-Han). David Lynch n’aurait certes pas été de trop, mais maintenant que le rêve a pris fin, il faut se contenter de ce qu’on a au menu. À première vue, le festin promet.

Côté hors compétition, le menu est aussi copieux qu’attendu, et pas mal de séances devraient faire événement au Grand Théâtre Lumière. Tom Cruise, le king Elvis et George Miller seront bien là (c’était déjà annoncé en même temps), Nicolas Bedos viendra engueuler les photographes qui ne lui reviennent pas pendant la montée des marches de Mascarade (comédie French Riviera réunissant Isabelle Adjani, François Cluzet, Pierre Niney, Emmanuelle Devos et Marine Vacth). Un flm qui devra sortir les pecs face à la superproduction de Cédric Jimenez, Novembre, qui revient elle sur les 5 jours de traque qui ont suivi les attentats du 13 novembre avec un casting de doux dingues (Jean Dujardin, Anaïs Demoustier, Sandrine Kiberlain, Jérémie Renier, Lyna Khoudri, Cédric Kahn, Sofian Khammes, Sami Outalbali).

Hunt de Lee Jung-Jae occupera de son côté le créneau de la Séance coréenne de minuit (un réalisateur qui n’est autre que l’acteur principal de la série qui déprave vos enfants, Squid Game). À minuit toujours, Dupieux va monter pour la première fois les marches de Cannes avec son Fumer fait tousser, qui sera d’ailleurs acheminé en salles par la Gaumont, ce qui annonce peut-être un virage plus grand public dans la carrière du cinéaste-DJ. Son film réunit Gilles Lellouche, Vincent Lacoste, Anaïs Demoustier, Adèle Exarchopoulos, Jean-Pascal Zadi et tout un tas de gens chouettes avec qui on se fera un plaisir de partager des selfies en soirée si on parvient à entrer.

La dernière Séance des 12 coups sera consacrée à un hommage au grand David Bowie, à l’occasion d’un documentaire conçu comme une “odyssée cinématique expérimentale” réalisée par Brett Morgen et qui s’appelle Moonage Daydream.
Armé de seulement 4 munitions, le contingent Cannes Première sera appelé à considérablement se garnir dans les jours qui viennent: Olivier Assayas viendra présenter quelques épisodes de sa série Irma Vep (which means Alicia Vikander on the red carpet!!!), quand Rachid Bouchareb, cinéaste enclin à la discrétion, nous montrera Nos Frangins, inspiré de l’affaire Malik Oussekine, étudiant tué par des policiers voltigeurs en 1986 (les flics acrobatiques qu’aiment particulièrement Castaner et le préfet Lallemand, rappelons-le). Violence et poésie du complot toujours avec une série du roi Marco Bellochio, Esterno Notte, qui retrace l’assassinat de l’ancien premier ministre italien Aldo Moro par les Brigades Rouges, point culminant des fascinantes années de plomb: autant dire que cette fresque devrait rappeler les grands films politiques de Marco dans les années 70, et qu’elle fait partie des choses les plus attendues de notre festival. Enfin, Dodo de Panos H. Koutras aurait pu intégrer la compèt selon Frémaux, mais le côté “zozo” du projet a vraisemblablement représenté un risque: on y verra un oiseau disparu il y a 3 000 ans débarquer à Athènes pour y foutre le zbeul, sur fond de lutte des classes et (pourquoi pas) d’attaques en provenance de moussaka géantes…

Dans les séances spéciales, Ethan Coen viendra sur la Croisette tout seul comme un grand présenter un documentaire autour de ce monstre sacré qui s’appelle Jerry Lee Lewis (Jerry Lee Lewis: Trouble in Mind). Dans un autre registre, The Natural History of Destruction du cinéaste ukrainien Sergei Loznitsa revient sur “l’utilisation” de civils pendant la Seconde Guerre Mondiale, ce qui devrait évidemment résonner avec notre charmant contexte actuel (Loznitsa a notamment réalisé Maïdan et Donbass). Pour finir, All that Breathes de l’Indien Shaunak Sen, qui est déjà à 8,4/10 sur IMDB (le film a été montré à Sundance), s’apparente à une fable écologique qui suit les efforts de deux frères pour protéger les oiseaux des cieux pollués de New Delhi. M.B. & G.R.
