« 28 ans plus tard » de Danny Boyle : entre performance technique et kitsch tape-à-l’œil

28 ans plus tard n’est pas tellement le dernier volet d’une franchise commencée en 2002 avec 28 jours plus tard, mais bien le premier épisode d’une nouvelle trilogie, un peu comme George Miller avait relancé Mad Max. Et si le résultat est mitigé, il offre quelques passages très réussis. Avec le recul, l’univers post-apocalyptique imaginé par Danny Boyle et son scénariste Alex Garland se prête à un tableau ténébreux de la Grande-Bretagne post-Covid et post-Brexit : infecté par un virus foudroyant qui rend les gens enragés, le pays est entièrement isolé du reste du monde. Loin d’aider les survivants, les pays voisins se protègent en patrouillant autour pour éviter toute fuite. L’irruption dans le film d’une patrouille de soldats suédois accidentellement échoués en est une illustration surréaliste, aux leçons ambigües : leur technologie ultra-moderne s’avère inopérante comparée à l’équipement rustique et surtout à la détermination des survivants.

Ceux qui nous intéressent vivent en petite communauté sur une presqu’île séparée du continent par un passage immergé à marée haute (comme dans la série The third day). Leurs ressources sont limitées et seul un règlement draconien garantit leur sécurité. Le personnage principal est un gamin de treize ans, Spike, qui vit avec son père Jamie (Aaron Taylor Johnson) et sa mère Isla (Jodie Comer, vue dans The bikeriders) atteinte d’un maladie non soignée faute de médecin. Logiquement, l’histoire prend la forme d’un récit d’apprentissage, impliquant l’inusable rite de passage qui marquera l’entrée de Spike dans l’âge adulte. Accompagné de son père, et armé d’un arc et de flèches, il doit aller sur le continent pour tuer son premier infecté. L’incursion, dûment horrifique, est l’occasion de découvrir l’étendue de l’infection et son évolution, qui a donné lieu à plusieurs espèces d’infectés. Il y a ceux qu’on connaît, poussés par le virus à foncer sur tout ce qui bouge avec une agressivité extrême. Une nouvelle espèce, les « rampants », est moins rapide et se nourrit de restes. Enfin, une variété mutante beaucoup plus redoutable est composée d’« Alphas » surdimensionnés qui ont gagné en force et en intelligence. L’apprentissage de Spike est effrayant, mais une fois revenu en lieu sûr, il n’a qu’une envie, c’est de retourner sur le continent, parce qu’il y a découvert l’indice de la possibilité de guérir sa mère malade.

C’est là où intervient le personnage joué par Ralph Fiennes dont le rôle, en dépit du contexte, fait prendre de la hauteur. On retrouve ici la patte d’Alex Garland, familier des thèmes de la mort et du sacrifice dans des films apparemment très éloignés comme Sunshine (Danny Boyle (2007) qui racontait une expédition suicide, ou encore Never let me go (Mark Romanek 2010) où des jeunes prenaient conscience de leur mortalité en réalisant la brièveté du temps qui leur restait à vivre. Cette incursion inattendue de la métaphysique dans un film de zombies prend son apogée dans une séquence qui a exigé la construction d’un décor spectaculaire. De ce point de vue, le film oscille entre la performance technique, le directeur de la photo Anthony Dod Mantle utilisant une vaste gamme de supports numériques et argentiques dans un format extra large (2:76), et le kitsch tape-à-l’œil, Danny Boyle ne pouvant s’empêcher quelques effets inutiles de variations de vitesse. Le prologue et l’épilogue, qui servent à délimiter le film, n’ont rien à voir avec le récit lui-même, et donnent surtout l’impression d’annoncer les épisodes à venir. Si on fait le calcul, le personnage qu’on retrouve à la fin à la tête d’une tribu de tueurs de zombies et portant à l’envers le crucifix que lui a légué son père (28 ans plus tôt) doit donc avoir 33 ans, soit l’âge symbolique de l’antéchrist.

18 juin 2025 en salle | 1h 55min | Epouvante-horreur, Thriller
De Danny Boyle | Par Alex Garland
Avec Aaron Taylor-Johnson, Jodie Comer, Alfie Williams
Titre original 28 Years Later

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