2017, ANNÉE CHAOS

2017 en quelques dates, plus ou moins mémorables.

19 janvier
C’est une alerte push qui nous en informe: Roman Polanski sera le président de la 42e cérémonie des César. Le simple nom du papa de Répulsion suffit à échauffer les esprits. Après quelques jours de bataille rangée, l’appel au boycott obtient finalement gain de cause, laissant la compétition orpheline de son représentant annuel. Sans trop vous spoiler la fin de l’année, l’intuition nous dit qu’on n’en a pas vraiment fini avec toutes ces histoires scabreuses entourant le monde du cinéma.

25 janvier
Un long métrage est sur toutes les lèvres, ce qui n’est plus si fréquent – franchises à la Star Wars mises à part – : La La Land renoue avec le concept de film-événement, celui sur lequel tout le monde se doit de se forger un avis. Dans les commentaires YouTube, on s’enflamme un peu vite (« le Chantons sous la pluie du 21e siècle« ). Ce n’est pas vrai mais qu’importe, même les détracteurs du film confessent connaître par cœur sa BO, esquissant même deux-trois pas de danse à la maison sur A lovely night

1 février
Les yeux rivés sur Moonlight et Jackie, la presse oublie cruellement Un jour dans la vie de Billy Lynn. Gageons que les bilans de fin d’année compenseront cette omission fâcheuse [NDLR. C’est nous, c’est le cas].

22 février
Le million et demi de spectateurs qui s’est déplacé pour Sous les jupes des filles en 2014 ne réitère pas pour Si j’étais un homme: et si c’était eux, les personnes à qui il faut remettre une statuette en fin de semaine?

24 février
Peu de bookmakers auraient parié sur une choré endiablée entre Jérôme Commandeur et Marthe Villalonga, mais Canal+ l’a fait. Durant cette nuit des César, Verhoeven et Huppert braquent légitimement les récompenses importantes, Ulliel se venge de Niney trois ans après la doublette Saint-Laurent, Justine Triet repart bredouille malgré les pronostics. 9 fois nommé, Ma Loute rentre à la maison les mains vides, tout l’inverse d’un François Ruffin qui exulte, même si ça ne se voit pas trop sur la tête du bonhomme.

26 février
50 ans après, Warren Beatty et Faye Dunaway flinguent le moment le plus attendu de l’année, privés de l’enveloppe renfermant le nom du Meilleur film: Moonlight coiffe La La Land et Manchester by the Sea au poteau, ponctuant une soirée où les références au nouveau président des US auront été légion. Notre Isabelle nationale repart bredouille, mais ce n’est que partie remise: dans quelques mois, la bikeuse Agnès Varda sera elle récompensée par Angelina Jolie pour l’ensemble de sa carrière. Qui dit mieux?

1er mars
La presse est unanime: la sortie de Logan mutile le credo selon lequel « les films de super-héros d’aujourd’hui sont tous devenus complètement crétins« . De mémoire cinéphile, c’est la première fois qu’une affiche française voit cohabiter les logos de la Berlinale et de Minute Buzz, preuve que le postmodernisme a encore de beaux jours devant lui.

8 mars
Après Ouvert la nuit en début d’année, Le Pacte sort Monsieur et Madame Adelman : les branchés de la TV n’ont semble-t-il pas trop de mal à convaincre les investisseurs. Good point : c’est peut-être le premier film où Bedos ne sort pas une performance d’acteur effroyable. Mauvais point : il clame tellement fort sur les plateaux qu’il n’a pas cherché à se donner le beau rôle que ça en devient risible dans un film monofocalisé sur sa petite personne (même à travers les yeux de Doria). Triste à dire pour Baer comme pour Bedos : finalement, ils s’en sortent pas si mal les frangins Foenkinos.

15 mars
Encensé depuis neuf mois, Grave s’offre enfin au grand public et ne déçoit pas: oui, la Fémis est capable de livrer autre chose que des drames en chambre et des fac-similés d’Antoine Doinel sous influence prozacienne. Fort probable qu’on entende parler ici même de Julia Ducournau et Garance Marillier dans les vingt années à venir. Dans le même temps, le discret James Gray signe un joli come-back avec un film fleuve, bien épaulé par la lumière de Darius Khondji (merci Brad Pitt).

22 mars

Alibi.com vient de franchir la barre des 3 millions de spectateurs. Cette fois c’est clair : Nakache et Toledano ne sont plus les deux seules vaches à lait de la comédie populaire hexagonale, et on n’est pas vraiment sûrs que ce soit une bonne nouvelle.

5 avril
Avril, mois fertile: à quelques jours d’intervalle, les spectateurs les plus courageux découvrent Gangsterdam, A bras ouvert, et Un profil pour deux. Tristesse de découvrir que la charmante Fanny Valette, la trentaine à peine entamée, a déjà recours au collagène. Le calendrier ciné est famélique, mais ce bon vieux Jacques Becker, honoré à la Cinémathèque avec des restaurations en grande pompe, nous empêche de sombrer totalement dans la déprime.

3 mai
Les écrans français accueillent un film que l’internaute impatient avait déjà rippé en 1080p cinq semaine avant : Get Out confirme qu’on peut innover dans le cinéma d’horreur sans avoir les yeux obsessivement braqués sur les 70s (n’en déplaise à ceux qui critiquent le tournant zarbi que prend le film dans son dernier tiers). Une petite claque comme on en prend rarement au UGC des Halles.

19 mai
La guéguerre qui oppose Netflix au Festival de Cannes s’expose au Palais des Festivals, c’est-à-dire aux yeux du monde entier : une projection d’Okja au mauvais format et un logo accueilli sous les sifflets, tout ça sent bon le sabotage de nos dirigeants festivaliers. Une fois la polémique refroidie, on s’accorde à dire qu’on vient enfin de tomber sur un grand film, après un début de compétition bien mou du genou.

19 mai (encore)
Dieu sait qu’on aime beaucoup Agnès Varda, mais c’est quoi ce besoin de s’acoquiner avec ce chantre de la fausse modestie qu’est JR? Le film aurait beaucoup gagné à ce qu’on coupe le micro de l’homme aux Stan Smith les plus blanches de France des States. L’essentiel est ailleurs: l’ovation pour la petite dame aux cheveux bi-colores s’éternise, et c’est peu dire que la salle entière est émue par la dernière représentante vivante de la Nouvelle Vague (Godard n’étant pas joignable).

23 mai
Personne n’arrive à dire si nous vivons un grand ou un petit Festival de Cannes: il y a cette année des séances spéciales un peu partout, ce qui a l’avantage de ne pas laisser la lumière sur une bien triste compet’ officielle. Les films français se divisent sans aucune nuance en deux camps : les très bons (Petit Paysan, Jeune Femme, L’Amant d’un jour, 120 BPM, Un beau soleil intérieur) et les à côté de la plaque (Le redoutable, Une vie violente, D’après une histoire vraie, dont on comprend la programmation en queue de festival). Et puis il y a ce doute sur la double ration Amalric de l’année: il y a du génie dans Barbara et Les Fantômes d’Ismaël, mais sans doute pas mal de fumisteries aussi.

25 mai
Tout juste remis de la fête des 70 ans du Festival, les (vraiment) chanceux qui ont réussi à sa faufiler à la première de Twin Peaks The Return sentent bien que quelque chose se passe : et si on venait d’assister à ce que les futurs hors-séries des Cahiers ou des Inrocks désigneront bientôt comme l’événement majeur des années 2010 ?

27 mai
Pour ce qui est de l’annuel « polar new-yorkais qu’on nous vend comme du Scorsese », notre plébiscite va sans conteste aux frères Safdie contre Lynne Ramsay, le festival ayant jugé bon de programmer les deux films en fin de compétition. Sans surprise, le jury choisit de couronner par deux fois cette mélasse arty bien dégoulinante avec Joaquin Phoenix, où un travelling latéral garantie tout naturellement une mise en scène brillante (c’est ce que semblent nous dire ces vilains mouvements de caméras tout à fait gratuits: Travis Bickle doit se retourner dans sa tombe). Pas de Bong Joon-ho et de Hong Sang-soo au palmarès: est-ce vraiment la peine de la regarder, cette cérémonie de clôture?

5 juillet
Le même mercredi sortent simultanément Loue-moi! et Embrasse-moi!, deux films de femmes qu’on ne pourrait plus baptiser ainsi aujourd’hui, et vous savez pourquoi.

17 juillet
Georges Romero rejoint définitivement l’autre monde, qu’il a l’avantage de connaître un petit peu après 50 années d’incursion chez les zombies. L’horreur pleure le petit maître de Pittsburgh, qui n’est donc plus l’apanage pop d’Andy Warhol. 5 semaines plus tard, Tobe Hooper prolonge cet été meurtrier.

21 juillet
L’élégant Monsieur Claude Rich s’en va, lui aussi. C’est du tout préparé pour la presse ça : « le dernier tonton flingueur tire sa révérence ». Les esprits avisés notent qu’il s’agit aussi du tout dernier Panoramix…

31 juillet
L’hécatombe estivale se poursuit avec la mort de Jeanne Moreau, partie rue du Faubourg-Saint-Honoré, à l’heure où la France entière pointe en espadrilles/tote bag sur la côte littorale. Soudain, plus personne n’ose parler de « sa voix de cendrier »: les réseaux sociaux rendent unanimement hommage à la patronne du cinéma français, malgré cette 3G pas optimale dans la maison des grands-parents.

Début août
Avant même d’avoir vu le film, la presse ricaine reproche à Kathryn Bigelow de verser dans l’appropriation culturelle avec son explosif Detroit. On pourrait prolonger cette rhétorique bien démago en arguant qu’elle est une femme, et qu’elle n’a pas à raconter des faits divers mettant en scène des hommes (qu’elle parle de ce qu’elle connaît, non mais). Se pliant à la fronde des réseaux sociaux, une salle du Tennessee annule sa séance d’Autant en emporte le vent lors de son festoche estival: John Wayne a-t-il lui aussi du souci à se faire?

6 septembre
Chronologie des médias, acte II : même à Paris, il est quasi impossible de dégotter une séance de Jeannette, le dernier opus de Bruno Dumont. Tant pis pour les distraits qui n’ont pas vu qu’Arte avait eu cette idée (vraiment lumineuse) de diffuser le film le 31 août.

10 septembre
On murmure ici et là qu’A Ghost story est le film de l’année. En bon samaritain, l’auteur de ces lignes attendra la sortie ciné française, le 20 décembre, pour se faire un avis.

20 septembre
L’un des plus beaux films français de l’année, Kiss & Cry, confirme quelque chose que l’on savait déjà un peu: l’ACID est vraiment l’endroit qu’il faut fréquenter pour découvrir des choses vivifiantes au prochain festival de Cannes.

27 septembre
Vous aussi, vous aimiez plutôt bien Noémie Lvovsky jusque-là? Demain et tous les autres jours est la catastrophe de cette rentrée: merci Sidonie Dumas.

4 octobre
Une blague scabreuse entendue dans la bande-annonce de Stars 80 la suite provoque un tollé: c’est à peu près ce que Jean-Luc Lahaye avait fait de mieux dans sa carrière jusque-là, mais passons.

5 octobre
Toujours en avance sur son temps, JL Lahaye ne fait qu’anticiper le proto-scandale qui éclate suite à une large enquête du New York Times: un certain Harvey Weinstein aurait harcelé sexuellement moultes actrices avant de puiser dans son compte en banque illimité pour les museler. Le début d’un mois über-chaos, où plus un jour ne passe sans qu’une affaire ne soit rendue publique: Kevin Spacey, Dustin Hoffman, Louis CK, et bientôt Frédéric Haziza peuvent mettre un terme à leur carrière respective, quand le grand public réalise qu’en fait, rien n’a vraiment changé depuis Hollywood Babylone (1959).

9 octobre
Les chaînes de télé réagencent leurs grilles à la hâte: Jean Rochefort livre son dernier soupir, alors qu’il paraissait tout pimpant lors de ses dernières sorties publiques. Une moustache, une robe de chambre rayée, un projet donquichottesque perdu dans la Manche, des trois set gagnants, des pubs Amaguiz un brin répétitives et des belles lettres revisitées face caméra : à chacun son Jean Rochefort. Ici, on pense d’abord à Calmos de Blier, bien évidemment. Et on espère que Jean-Pierre Marielle, pour le coup mal en point, attendra un peu avant de rejoindre son pote.

Quelque part en octobre
D’ordinaire fâchés avec les spots de pubs ouvrant les séances des Mk2 et UGC, on reprend espoir avec cette collaboration entre Emilie Ratajkowski et The Kooples, « shot on 35 mm », là pour vanter un sac à main rouge aux allures d’attaché-case (ce dont tout le monde se moque éperdument, bien évidemment).

17 octobre
Après 80 ans de carrière, Danielle Darrieux se dit qu’il est temps de laisser le champ libre à la nouvelle génération. Les éphémérides de Paris Match et Gala sont chamboulées : on ne sait plus du tout qui est la doyenne du cinéma français aujourd’hui.

16 novembre
On entend parler d’une possible suppression de la cigarette au cinéma, envisagée par les plus hautes instances de l’État. On fumerait sur grand écran bien plus que dans la vraie vie. Il faudrait peut-être aussi penser à supprimer ces 230 m2 parisiens qui inondent la comédie à la française, pas représentatifs de grand chose puisque réservés aux happy fews dans la vraie vie, non ?

5 décembre
Le grand Alain Jessua s’en va dans une certaine indifférence, ce qui n’est pas le cas de Jean d’O et Johnny, égéries nationales consacrées jusqu’à indigestion. Mais c’est bien le suicide d’August Ames, étoile du porno de seulement 23 printemps, qui nous fait verser quelques larmes… Vivement 2018.

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