Un petit film de SF qui ne ressemble pas du tout aux autres petits films de SF. Diablement chaos.

PAR JEREMIE MARCHETTI

Avec Rencontres du Troisième Type et E.T, Steven Spielberg adoucit si bien la vision d’une potentielle vie extra-terrestre, qu’on préfère à l’époque ne voir rien d’autre de tel. Ce qui provoqua l’échec de The Thing, mais aussi la création du Starman du même Carpenter en guise de «réparation». Mais côté série b, le cinéma d’exploitation lui, ne se souvient que d’Alien et de ses bedaines explosées; ce qui donnera lieu à des rip-off aussi savoureux que caoutchouteux comme Parasite, Mutant, La galaxie de la terreur, Inseminoid, Contamination… Sans volonté absolue de surfer sur cette vague baveuse, le réalisateur anglais Harry Bromley Davenport s’associe avec le producteur américain Robert Shaye, le futur manitou de la NewLine, pour nous livrer aussi sa petite version des faits. La Grande-Bretagne se remettait péniblement du deuil de la Hammer et de la Amicus, ces deux firmes ayant bien alimenté si bien le cinéma de genre anglais durant des années. Mais avant l’arrivée d’un certain Clive Barker, l’horreur se barre des écrans et on tire la tronche.

Sans grande concurrence, Xtro arrive à point nommé, faisant d’ailleurs sensation au festival fantastique de Paris (avec une Licorne d’Or dans la gueule au passage) et marque fortement son époque par ses débordements organiques. Il faut dire alors que l’influence d’Alien et du body-horror cher à Cronenberg commençait à s’étendre: la chair se dispensait des lois physiques et se retrouvait enfin malmenée à grands coups de métamorphoses spongieuses. Hurlements, Mausolem, The Beast Within, Spasms et on en passe: grâce à un boom de maquilleurs passionnés et pétris d’imagination, les limites physiques s’estompent. Même état d’esprit pour Xtro, dont l’étrangeté n’a eu de cesse de s’accroître sous l’influence son producteur, qui voulait en rajouter toujours davantage dans le n’importe quoi. Good job Robert.

Son réalisateur, un peu largué, se tait mais continue l’aventure, débutant pourtant à l’origine comme un drame intimiste teinté de surnaturel: un père de famille disparaît lors d’un week-end à la campagne et revient trois ans plus tard comme si rien n’était auprès de sa famille. L’épouse (une Bernice Stegers sortant d’un autre rôle bien salé de Maman dans Baiser Macabre) s’apprête à se remarier, le fils trépigne, la baby-sitter veut baiser et l’amant ronge son frein. Un vaudeville londonien si on avait pas vu quelques minutes plus tôt un humanoïde s’écraser du ciel, incuber une jeune femme vivant avec un Jack Russell nommé Divine et renaître en lui défonçant le périnée, alors que quelques kilomètres plus loin, un gamin transpire du sang et voit sa mère se faire ramoner par son compagnon. Et le film ne vient que de commencer!

Ouf. L’excès chaos, c’est bon pour le moral, et ce n’est pas Xtro qui prétendra le contraire : alors que les comédiens s’investissent à fond dans la tragédie familiale de surface, tout n’est que prétexte à aligner des scènes ouvertement surréalistes et malaisantes: Papa Alien, en attendant de retrouver le lit conjugal, vampirise son fils, capable alors de matérialiser ses désirs les plus fous. On y voit pêle-mêle Myriam D’Abo, futur James-Bond Girl, se faire sucer le ventre par un enfant, un cri mortel faire saigner des oreilles, un GI Joe géant défonçant une mémé accro au chocolat, un concierge stalinien égorgé par un clown démoniaque, des œufs de serpent avalés goulûment et même une panthère noire! Sous son enrobage poisseux et délicieusement daté (murs beiges, papier peint atroces, musique douce comme une nuit d’ivresse passée sur un synthé), Xtro fait preuve d’une bizarrerie et d’une générosité sans bornes. Davenport ne s’en remettra pas, s’enfermant alors dans des séquelles médiocres. Heureusement pour lui et pour nous, Xtro premier du nom, c’est toujours TROP.

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