L’assassinat de JFK, un complot ? Ça, la cinéphilie le savait déjà. Mais une vaste blague ? C’est l’hypothèse de ce premier long de William Richert, inconnu notoire qui s’offre ici les services de Vilmos Zsigmond et de Maurice Jarre, en plus d’un casting de folie… Dans tes dents, la Commission Warren.

Du thriller paranoïaque, on pensait avoir fait le tour : Pakula, Pollack, Coppola, Schlesinger nous avaient livré, durant ces glorieuses semaines gravitant autour de 1974-1975, les plus beaux fleurons d’un genre qui sera bien plus tard passé à la Soupline et acclamé aux Oscars (souvenez-vous du fadasse Spotlight et sa reconstitution en toc des seventies).

C’était oublier ce Winter Kills, très mal distribué aux Etats-Unis et tout bonnement privé d’une sortie ici (nous sommes en 1979), que Jean-Baptiste Thoret et Studiocanal ont la bonne idée de sortir du cercueil cet hiver. L’humeur est nettement moins sérieuse que dans Conversation secrète (1974) ou dans Parallax View (1974), et poursuit en fait la même entreprise de déconstruction qu’Altman avait fait subir au Marlowe-movie dans Le Privé (1973) : décontraction, anachronisme du héros, enquête menée avec une certaine désinvolture complice du spectateur.

Le président des États-Unis est assassiné. 19 ans plus tard, son demi-frère Keegan (Jeff Bridges) est contacté par un homme qui prétend être le deuxième tireur, mettant à mal la version officielle. Débute alors une enquête plongeant dans la nasse délirante des théories conspirationnistes, ou chaque piste entrouverte mène à un nouveau trompe-l’oeil.

Il faut imaginer le chaînon manquant entre Les Trois jours du condor (1975) et Under the Silver Lake (2018), qui reprenait déjà la structure pré-surréaliste d’Alice au pays des merveilles, et qui voyait déjà son héros contrarié par une galerie de personnages ayant du mal à le prendre au sérieux. Chaque boite ouverte par Keegan renferme un cliché, illustrant littéralement les théories plus ou moins farfelues sur la mort de JFK : John Huston est un décalque à la fois du patriarche Joe Kennedy et du démiurge Noah Cross de Chinatown (1974), Eli Wallach campe un avatar déridé de Jack Ruby, Sterling Hayden convoque lui à la fois les fifties, le Docteur Folamour (1963), et son apparition dans Le privé déjà cité (1973).

Sous l’aspect un peu dérisoire d’une comédie noire qui ne s’engonce jamais dans le thriller certifié, il y a donc une autre enquête à mener : celle d’un jeu de l’oie empilant aussi les références au Hollywood d’hier (Anthony Perkins, Toshirō Mifune, Ralph Meeker, Tomás Milián ou encore une Elizabeth Taylor qui ne dit mot – mais qui prend au passage un cachet mirobolant – figurent eux aussi au casting…). La pochade n’est est pas vraiment une : la mort de JKF n’avait jamais été traitée aussi frontalement au cinéma, et le petit jeu de dupes auquel est livré notre héros renferme l’idée que derrière le rideau du magicien d’Oz se cache…  ATTENTION SPOILER… rien d’autre qu’une petite bedaine obligée de grimper sur son tabouret pour piocher dans sa malle à cigare.

Plus on en sait, moins on y voit clair, mais c’est peut-être dans son ultime hypothèse – ATTENTION SUITE DU SPOILER : un président américain n’est qu’un pion placé par des puissances financières cherchant à défendre leurs intérêts – que le film se fait le plus corrosif, surtout aujourd’hui. Le pouvoir est d’abord une farce, avant d’être une chose sérieuse. L’actualité abonde d’exemples en ce sens, et pas uniquement chez nos dirigeants “populistes”.

Le film s’était refait une jeunesse en 2003, au moment d’une première sortie DVD et du documentaire Who Killed ‘Winter Kills’?, revenant sur un tournage rocambolesque. Robert Sterling et Leonard Goldberg, deux dealers de marijuana reconvertis en producteurs à succès après avoir sorti le Emmanuelle de Just Jaeckin (1974) aux US, décident d’adapter ce roman de Richard Condon (The Manchurian Candidate de John Frankenheimer – là encore une production compliquée – c’est lui). Ne pouvant honorer les dettes contractées par un budget en constante expansion, Goldberg est retrouvé mort, le corps enchaîné au lit de sa chambre d’hôtel. La fine équipe est contrainte à un exil en Allemagne pour tourner un tout autre film, une comédie dont les droits de distribution vont leur permettre de finir Winter Kills après deux années d’interruption, et trois faillites de la production ! Tout est bien résumé dans cette série de bonus, pour la plupart déjà présents sur les éditions originales du film, agrémentée d’un commentaire audio du cinéaste, et des toujours limpides préface (7 min) et analyse (12 min) de Jean-Baptiste Thoret.

Malgré tous les efforts déployés, le film quittera rapidement les écrans, les distributeurs d’Avco Embassy Pictures auraient dit au jeune William Richert : “It’s not really in the best interests of Americans to watch a picture like this”. Une firme ayant passé contrats avec un certain Ted Kennedy, frère de JFK, qui aurait alors l’intention de se porter candidat à la présidence dans un futur proche… Un complot ? Non, juste une énième piste ouverte par un film méconnu, qui fait tout le sel de cette vénérable collection Make my Day !.

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