On n’est jamais aussi bien servi que par soi-mĂŞme, David Lynch l’a bien compris: le jour de son 74ème anniversaire, le voilĂ  poussant les portes du gĂ©ant Netflix avec l’objet le plus improbable qu’on ait pu voir sur la plate-forme de streaming: un court-mĂ©trage bricolĂ© et absurde du nom de What did Jack Do?

Venu de rien, de nulle part, pour personne et pour tout le monde à la fois: voici un truc, un machin, inutile pour les (déjà) sceptiques, précieux pour les fans. L’existence de ces 17 minutes venues d’un autre monde confirme la rumeur, déjà poussiéreuse, d’une alliance entre Netflix et David Lynch. Doit-on y voir d’ailleurs le teasing d’un autre OVNI? On aimerait bien. Le format ne surprendra pas les amateurs du réalisateur de Twin Peaks: The Return, aussi bien habitués aux durées fleuves qu’aux petits snacks bizarres, de ses premiers courts-métrages en passant par ses nombreux spots et pubs, où Lynch réussissait à prolonger sans problème son univers tout en séduisant la bourgeoise type.

En l’état, What did Jack do? reste une énigme, sans doute emballée très vite avec très peu de budget, faisant presque passer Eraserhead pour une blockbuster: dans un noir et blanc tacheté, David converse avec Jack, un petit singe qu’il accuse de meurtre. On digère la blague, puis on s’accroche à chaque ligne de dialogue, faisait fi du procédé digne d’une pièce de Ionesco pour comprendre ce qu’il y a derrière les immenses yeux tristes et la bouche râpeuse de ce petit animal bien bavard. On ne vous mentira pas: il ne se passe pas grand-chose durant ces quelques minutes hypnotisantes à souhait, compilant en un tour de main toute la sève Lynchienne: clichés de film noir pétris à la main, sursauts cauchemardesques et souffles romantiques impromptus, se matérialisant le temps d’une scène musicale bizarrement bouleversante où le primate s’enflamme pour l’amour d’une poule. Au milieu des feuilletons à la pelle et d’une sélection ciné proche du vidéo-club du coin de la rue en 2001, David Lynch trolle tout le monde en soufflant ses bougies avec cette petite chose chaos et poilue où l’on dit que «le véritable amour est une banane». Rien à ajouter.

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