Il y a le Long Weekend de Colin Eggleston en 1978 (un couple s’arrache la gueule alors que la nature veut les grignoter : sublime), il y a le Savage Weekend de David Paulsen en 1980 (des débiles se font décaper par un tueur masqué: classique), et il y a le Death Weekend, ou plutôt Week-end Sauvage (à prononcer comme le ferait Amanda Lear), excellent morceau de Canuxploitation, terme improbable pour désigner tout simplement le cinéma d’exploitation canadien! Et oui, he’s living et David Cronenberg vient de là, ne l’oublions pas. William Fruet, de son côté, y signera probablement son meilleur film, artisan fidèle au genre qui se renouvellera peu, des sympathiques Blue Monkey (avec son hôpital hanté par un insecte géant), Trapped (un survival redneck qui tape dur) ou Le cri des ténèbres (un rip-off de Psychose dans un funérarium) au très remonté Killer Party, jusqu’à l’abominable Spasms (où l’addition Oliver Reed + serpent géant ne sauve rien).

Week-end Sauvage, quant à lui, fait partie des rejetons difformes et assumés de la vague provoquée sans précédent par le violent trio La dernière maison sur la gauche / Délivrance / Les chiens de paille, où des citadins mis au vert retrouvent leur animalité enfouie en se heurtant à des quidams plus sauvages qu’eux. On se doute bien sûr que Fruet s’alignait avant tout sur le succès du film de Wes Craven, son titre alternatif étant The House by the lake, puisqu’il fallait trouver d’autres adresses histoire de ne pas se tromper du film (n’oubliez pas: à droite en haut de la colline pas loin du cimetière hein!). Excellent rejeton de cette génération opportuniste, Week-end Sauvage ne paye pourtant pas de mine avec sa photo délavée et sans classe (osons le dire: c’est laid), dissimulant pourtant une mise en scène bien plus soignée que son image. C’est sec et râpeux, et donc totalement en adéquation avec ce récit de home invasion qui donne envie de s’arracher les cheveux par poignée.

Le film se permet de commencer sur les chapeaux de roues, quasiment au sens propre. On voit deux individus venant de se rencontrer se faire courser par des imbéciles bien trop contents d’avoir trouver un passe temps dans leur misérable vie de poivrots. Assise d’abord sur le siège passager, Diane bouscule déjà les stéréotypes du genre: une mannequin affirmant d’entrée de jeu être une grande amatrice de voitures et une fin connaisseuse en mécanique (ce qui aura bien sûr une importance capitale par la suite). Son chauffeur est un dentiste (mais il semblait avoir dit chirurgien: étrange, non?) qui ne connaît que le bruit des billets verts et entend séduire par la force du blé durement (?) gagné. Quant la jeune femme emprunte le volant, on sent la réticence du bonhomme à voir sa première tactique de séduction échouer: madame conduit mieux et plus vite, dommage pour le coup de la grosse bagnole censé tromper ce qui se trouve dans le pantalon. Et madame sème bien entendu ses assaillants, un groupe de quatre gueules cassées (dont un sosie jeune du méchant Bob de Twin Peaks) qui finiront sur le bas côté de la route. «Castré» par cette défaite intolérable, le chef des débilos jure de retrouver le couple et de lui faire payer. Ce qui arrivera bien sûr, la maison de vacances du richissime dentiste étant fatalement dans le coin. Sensé représenter le mâle alpha rassurant, le propriétaire se relèvera aussi impuissant que douteux, une séquence clef faisant par exemple découvrir une pièce cachée où il joue les voyeurs. De mensonges en mensonges, on comprend bien vite que l’invitée a été mené en bateau, promise à un week-end de fête dans un manoir soi-disant bondé. À la place, l’enfer bien sûr.

Au milieu de piques bien sentis contre une masculinité autant toxique que pathétique, Fruet mêle une mésaventure personnelle (la poursuite en voitures) avec une histoire vraie (une maison de campagne saccagée) pour en faire un home-invasion au malaise galopant. Avare sur le racolage, Week-end Sauvage n’en reste pas moins un modèle de tension parfois terrifiant, qui culminera dans une scène de saccage cauchemardesque. Sa dernière partie, où son héroïne devra enfin affronter ses agresseurs, atteint des cimes de réjouissances inespérées. Sans doute aussi parce qu’il ne change pas d’un coup de baguette magique son personnage féminin en super-woman tombée du ciel (on te voit I Spit on your grave) mais montre tout simplement une victime au bout du rouleau se défendre avec ce qu’elle a (c’est à dire pas-grand-chose). Précipitée dans une filmo pantoufle après son rôle sulfureux dans Macadam Cowboy, Brenda Vaccaro se livre à sa prestation la plus musclée, et sans doute sa meilleure, dans ce qui pourrait être largement considéré comme le versant canadien de notre Traque (Serge Leroy, 1975) nationale.

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