[Vus à L’Etrange Festival 2020] Bertrand Mandico + Gaspar Noe + David Krepski

Trois moyens-courts chaos vus à L’étrange Festival: The Return of Tragedy de Bertrand Mandico; His Mother de David Krepski et Lux Æterna de Gaspar Noé. Brefs mais intenses.

The Return of Tragedy de Bertrand Mandico
Avec cette récréation new-yorkaise, Mandichaos marche sur les pas de Ferrara, Henenlotter, Hartley, Warhol… C’est récréatif, oui, car le court est encore sous le sceau de L’œil qui ment, lorsque le réalisateur des Garçons Sauvages n’avait pas encore pris un tour opératique et bricolait des énormités dans son coin avec un plaisir turbulent. Film de garage, film de jardin, de l’underground spongieux sans foi ni loi. John Katebush (ça ne s’invente pas!) a éventré une femme. Enfin peut-être, peut-être pas. Ni tout à fait morte, ni vraiment vivante, l’ex-pop star ensanglantée voit ses tripes prendre vie, offertes aux regards perplexes ou amoureux. Des policiers patauds font alors une descente au milieu de ce jardin des délices, et revivent la scène, encore et encore. Bad trip chez les poulets. Nez de bite, couteaux langoureux, excroissance séductrice (lointaine cousine de celle de Notre-Dame des Hormones), seins en toc, dents fluo et soleil pisseux: Mandico s’essaye une fois de plus à la langue de Shakespeare (une rencontre déjà entamée avec Depressive Cop et Prehistoric Cabaret), invite David Patrick Kelly, filou traître des années 80 avant d’être le Jerry Horne de Twin Peaks, ou même Marie Losier, errante en pute vérolée. Tout y est sale et lumineux as usual.

His Mother de David Krepski
Parmi la flopée de courts découverts le même jour (le très vain Snake Dick, le sympathique Hot Dog, les très drôles America et No I don’t want to dance, le lourdingue Tomas Beneath the valley of the wild wolves, le roublard Smiley Death Face), His Mother était sans doute LA révélation. Les images d’un Los Angeles crépusculaire tout en grain (c’est tourné en pellicule, ça se voit et c’est beau) annoncent le meilleur du pire: sur ses vingt minutes, His Mother traite le thème rabâché du bébé de Rosemary dans un délicieux mélange de camp, de giallo sous LSD et d’absurdité. Pas de révolution à l’horizon, mais un vrai sens de l’humour, des visions qui restent, et une esthétique brut infusée durablement à Dario Argento et Kenneth Anger. Tout ce qu’on aime. Vivement que son réalisateur, David Krepski, prolonge l’expérience.

Lux Æterna de Gaspar Noé
Après un passage remarqué à Cannes l’an dernier et avant sa sortie cinéma (malgré ses 50 minutes bien pesées), la nouvelle folie de Nono s’est retrouvée gratifiée d’un joli bonus pour son passage à l’étrange: il fut précédé de l’ultra expérimental The Art of Filmmaking, où le réalisateur de Irréversible passe des séquences entières du Roi des Rois de Cecil B. Demille au stroboscope, sorte de mariage très kennethangerien entre de l’asmr hypnotique et une pure agression visuelle. La chose, puissante et quasi-irregardable, sert de parfait préambule au morceau chic et choc qui suit. Collab improbable tournée dans l’urgence pour Saint-Laurent, Lux Æterna est – à la grande surprise générale – le plus inoffensif des films de Gaspar Noé! Ce qui ne veut pas dire «non-chaos», qu’on s’entende bien. Film dans le film, où une Béatrice Dalle devenue réalisatrice ne contient rien ni personne sur son tournage sans queue ni tête, Lux Æterna s’amuse – car oui le film est plus amusant qu’éprouvant – à capter le chaos grandissant sur un set ressemblant de plus en plus aux couloirs d’un asile. Grand moment de calme avant la tempête: Dalle, la gouailleuse, face à Charlotte G, la petite souris, qui raconte ses souvenirs du tournage de La sorcière de Bellocchio («Tu verras, le bûcher c’est hyper sexy»). Et puis après l’intime au coin du feu, les énergies négatives se bousculent au portillon: sans en retrouver le vertige carnassier, Noé continue à surfer sur l’énergie so Zuzu de Climax, façon séance thérapeutique qui tourne vinaigre. Actrices larguées, costumière bitcheuse, incruste trop incrusté, chef op tyrannique, producteur sournois: plus que les sorcières, Noé brûle la grande famille du cinéma français et enveloppe le tout d’un bel hommage à l’imagerie du film de sorcière, citant ouvertement Haxan et Dreyer. Gainsbourg, jolie petite poupée de calvaire, finira iconisée sous des lumières mortelles. Glamouwr à morw.

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