Notre lecteur Franck Bouvat nous envoie son bilan d’une décennie de cinéma. Envoyez vos coups de coeur, coups de gueule, critiques, annonces, déclarations… à redaction@chaosreign.fr

2010 :
Poetry – Lee Changdong
(Tout est dans le titre ! D’une délicatesse et sensibilité merveilleuse)

Lettre à Momo – Hiroyuki Okiura
(Après un 1er film terrifiant (Jin Ro, la brigade des loups en 1999) H. Okiura revient avec un merveilleux film pour enfants, entre fantastique, mélodrame, rire et spectaculaire – une réussite totale !)

Extraterrestre – Nacho Vigalondo
(C’est du George Feydeau dans un film de science-fiction ! Une bouffée d’air frais hilarante dans la sclérose du genre, qui hélas n’est pas sortie dans le pays de Nicolas Bedos – comme aucun des autres films du talentueux Vigalondo…)

Essentiel killing – Jerzy Skolimowski
(Une chasse à l’homme époustouflante et mutique qui va plus vite qu’un dribble de MBappé ! C’est fort, c’est magistral, c’est majeur, c’est indispensable, c’est Skolimowski !)

2011 :
The murderer – Hong-Jin Na
(Un thriller passionnant d’une noirceur abyssale et désespérante (oui, il faut s’accrocher) mais aussi d’une explosive vitalité – Il surpassait ce qui c’était vu dans le genre à l’époque)

Guilty of romance – Sono Sion
Sono Sion, ou l’art de faire faire un tas de vilaines choses à de jolies dames ! C’est aussi un film de et en colère bouleversant (Ah, ce dernier plan…) Il contient aussi la séquence de famille la plus ahurissante que j’ai vue – La version courte (1h50) est, hé oui, ce qu’on appelle un chef-d’œuvre)

Headhunters – Mortem Tyldum
(Parce qu’il n’y a pas qu’en Corée que l’on trouve des thrillers épatants ! Celui-là n’oublie pas non plus une sacrée bonne dose d’humour (Ah, la séquence du chien sur le bulldozer !) Bref, que du bon au pays du mouton au chou !)

Boro in the box – Bertrand Mandico
(Ce que devrait être chaque biographie filmée, loin des reconstitutions ou le moindre bouton de manchette est garanti d’époque : une source d’inspiration du sujet pour le/la cinéaste qui le/la filme – Mandico, ou le talent hors normes !)

2012 :
Les Bruits de Recife – Kléber Mendonça Filho
(La découverte d’un auteur majeur des années´10 ! Entre critique urbaine hyper réaliste et relents fantastiques – Bande son magnifique)

Holly motors – Leos Carax
(Comme tout le monde, évidemment)

Searching for Sugarman – Malik Bendjelloul
(Pour le monde hors Afrique du Sud, LA découverte bouleversante d’un auteur / compositeur d’exception – Sans doute la plus grande honte de l’industrie musicale pop rock folk)

Amour – Michael Haneke
(Oui, ce n’est pas une sinécure de bosser avec le barbu autrichien, mais il faut reconnaître que celui-là est d’une force émotionnelle rare)

2013 :
À la recherche de Vivian Maier – John Maloof/Charlie Siskel
(Pour ma part, celui qui m’aura le plus marqué : l’à peine croyable histoire d’un nounou qui “se révèle” être l’une des plus grandes photographes de rues du XXème siècle – Sublime)

English revolution / A field in England – Ben Wheatley
(Tournée pour une poignée de livres, une odyssée psychédélique hallucinée et métaphysique en noir et blanc – Le film le plus fou de cette décennie ! Et aussi le meilleur de Ben Wheatley, hélas inédit en salle sauf chez les amis de l’Etrange Festival – Puisse B. W. renouer un jour avec ce sommet (comme on dirait à Télérama))

La vie d’Adèle – Abdellatif Kechiche
(“Enquête sur un Passion” – Le film de tous les superlatifs)

Why don’t you play in hell ? – Sono Sion
(“La nuit Américaine” réussie – où quand les fulgurances visuelles de Sono font de cette œuvre (je cite) : “Un film d’action sur l’amour du 35mm”. Fantastique !)

Confession of murder – Byeong-Gil Jeong
(Parce qu’une année sans un bon thriller coréen ne serait pas une bonne année – celui-là est complètement imprévisible – à classer entre The chasser et Old boy !)

Under The skin – Jonathan Glazer
(Comme beaucoup, totalement fasciné par ce documentaire épuré et érotico science fictionnel sur Scarlett Johansson dans le monde normal ! La bo est incroyable – du grand art)

The rambler – Calvin Lee Reeder
(Je n’avais pas compris grand chose à l’époque – et je le comprends encore moins aujourd’hui, mais c’est, comme dirait l’adage, de l’abstraction fascinante !)

2014 :
Snow therapy – Ruben Östlund
(Rarement décor aura été un personnage à part entière comme dans cette savoureuse exaltation comico-tragique montagnarde – Et c’est superbement filmé pour ne rien gâcher !)

A hard day – Kim Seong-Hun
(Sans doute le meilleur réalisateur de comédies actuelles (voir Tunnel plus loin) !)

It follows – David Robert Mitchell
(En voilà un qui fait peur. Très. La seconde vision est encore plus terrifiante ! Antidote salvatrice de tous ces films d’horreur décérébrés qui pullulent actuellement)

R100 – Hiroshima Matsumoto
(L’un des cinéastes japonais les plus attachant – et pas seulement parce que son film parle bondage et autres joyeusetés SM ! Selon les critères de la censure japonaise, le film serait donc interdit aux moins de 100ans – À l’arrivée, 1h35 de bonheur inclassable : Bunuel meets Sono Miike et Takashi Sion !)

2015 :
Tag – Sono Sion
(L’inépuisable Sono, encore et toujours. Les 3 premières minutes sont certainement parmi les plus surprenantes de sa riche filmographie – Mais loin de n’être qu’une fantaisie hallucinée, c’est une nouvelle fois l’occasion pour lui de cracher dans la soupe de l’infernale société patriarcale japonaise. Étourdissant ! Sono, le cinéaste Meetoo Numbers 1 !)

Evolution – Lucile Hadzihalilovic
(Œuvrant hélas dans l’ombre de Gaspar Noé (son compagnon), les films de Lucile sont pourtant autrement plus recommandables, passionnants et précieux que les nanars hautement médiatisés dudit Noé…)

Vice versa – Pete Docter et Ronaldo del Carmen
(Ce voyage au centre de la tête est d’une inventivité constante, improbable, la réussite totale)

2016 :
Nuts – Penny Lane
(Vrai faux documentaire sur un docteur qui, en 1917, greffe des testicules de boucs a des patients impuissants pour leur redonner fertilité. Et ça marche ! Du moins, jusqu’au 5 dernières minutes du film qui détricote tout ce qu’on a pu voir avant (Le film aurait pu aussi s’appeler “Vérité et mensonge”, mais c’était déjà pris) Jouissif !)

Paterson – Jim Jarmush
(Radieux, encore plus épuré que d’habitude, un bijou insolite et lumineux, exaltation de l’ordinaire – Le bus patersonien nous emmène sur un chemin enchanté, loin, très loin !)

Aquarius – Kléber Mendonça Filho
(Grand mystère que cette pépite magistrale n’ait pas obtenue la suprême récompense cannoise cette année-là… La bande son est comme pour Recife, fabuleuse)

Antiporno – Sono Sion
(Un huit clôt transcendé par une inventivité permanente qui nous saisit autant qu’elle nous éclaire sur la véracité de ce que l’on voit – Le film vient juste d’être édité dans la collection “Roman porno” chez Elephant films)

Toni Erdmann – Maren Ade
(Une pilule euphorisante, de l’émotion, du rire, de l’amour – Que demander de plus !)

Tunnel – Kim Seong-Hun
(Sans doute le meilleur réalisateur de comédies actuelles (voir A hard day plus haut) !)

2017 :
Corps et âmes – Ildikó Enyedi
(Un pitch saugrenu privilégiant le mystère pour un résultat sensible, envoûtant et onirique. L’interprétation et la réalisation sont au diapason – injustement méconnu)

La lune de Jupiter – Kornél Mundruczó
(L’autre film hongrois de l’année, curieusement mésestimé par une grande partie de la critique… Pourtant, autant White dogs sombrait dans le manichéisme, autant celui-là recèle du bon vrai cinoche, spectaculairement audacieux – Qui plus est quand on pense à quelle tendance appartient le gouvernement hongrois…)

11 minutes – Jerzy Skolimowski
(Passé complètement inaperçu celui-ci aussi – Un film réalisé par un jeune homme de 80 printemps. Chaque plan est un tableau barzingue jusqu’à sa résolution apocalyptique et absurde. Stupéfiant !)

I’m not a witch – Rungano Nyoni
(Une farce africaine drôle, émouvante, insolente et osée qui vient titiller des croyances immémoriales. La petite héroïne, Maggie Mulubwa, est extraordinaire)

2018 :
L’île Aux chiens – Wes Anderson
(J’avais un peu laissé tomber le Wes, et puis cette épopée canine m’a cueillie par son imagination débordante, son humour irrésistible, sa générosité, son régal visuel. Last but not least, un film qui utilise une chanson du Wes Coast Pop Art Experimental Band (l’un des tous meilleurs groupes de rock psyché des ’60) ne peut être que génial !)

Burning – Lee Changdong
(Incandescent ! Des moments de grâce inouïe – Ah, la fameuse séquence dites du « Miles Davis » – La plus belle séquence des années ´10 ?)

Barry – Bill Hader / Alec Berg
Épisode 5, saison 2
(Pour la faire courte, cette série c’est “Frères Coen vs Frères Farrelly” – Ce fameux épisode 5 de la saison 2 atteint un tel degré non sensique, une perfection extra temporelle dans la logique des séries – voir des films – qu’il pourrait s’être échappé de notre chère Twin Peaks saison 3 !)

The house That Jack built – Lars von Trier
(Le meilleur LVT – Inclassable, inconfortable, inoubliable !)

A vigilante – Sarah Daggar-Nickson
(Un film de vengeance au féminin à 1000 lieux des clichés poussiéreux du genre. Prestation incroyable de la comédienne Olivia Wilde – Un choc, un vrai !)

Mektoub my love – Abdellatif Kechiche
(Trois heures d’un conte d’été hédoniste et lumineux qui filent à la vitesse d’un oiseau-mouche – Puisse la 1ère séquence du bar être décortiquée dans les écoles de cinéma !)

La tendre indifférence du monde – Adilkan Yerzhanov
(Le plus beau titre de film de cette décennie, pour un film kazakhstanais traversée d’une poésie absurde et de « plans tableaux » plus beaux les uns que les autres, sans être poseurs)

La tétralogie The Wreckers (2013/2018) – Rosto
(Lonely Bones / Splintertime / Reruns – Prématurément disparu hélas, Rosto laisse une tétralogie en animation unique et subjuguante autour d’un authentique groupe de rock qui n’a jamais existé. Trois merveilleux cauchemars, expériences sensorielles et soniques, à la limite du subconscient. Après la disparition de Satoshi Kon, une autre perte immense qui laisse un vide béant au pays de l’imaginaire…)

Twin peaks saison 3 – David Lynch
(Chaque épisode est un film. Au-delà de l’infini !)

2019 :
Parasite – Bong Joon-Ho
(Un rêve cinéphile qui obtient : a) Palme d’Or, b) reconnaissance critique unanime et, c) succès public = m.a.g.n.i.f.i.q.u.e !!)

« The Odd family » et « Ne coupez pas ! »
Lee Min-Jae pour le 1er et Shin’ Ichiro Ueda pour le 2ème
(Deux films qui prouvent que le film de zombies n’est pas putréfié ! Jouissifs, généreux, inventifs et d’une drôlerie irrésistible !)

Greener Grass – Jocelyn DeBoer et Dawn Webbe
(La comédie jubilatoire la plus délicieusement bizarre de la décennie, à l’absurdité illimitée !)

Lillian – Andreas Horvath
(Mon choc sublime. C’est un mix entre le Wenders des ’70s et le conte Miyazakien (la fin). L’écran paraît bien trop petit pour contenir l’odyssée intime de cette jeune femme égarée en terres inconnues – à voir/découvrir absolument)

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