Notre lecteur Matthieu Touvet ne comprend pas comment la rédaction Chaos peut défendre Triple Frontière de J.C. Chandor qui est, selon lui, un bien mauvais film. Comme dirait Évelyne, “c’est son choix”. Envoyez vos textes: redaction@chaosreign.fr

Coucou le Chaos !

Quand vous parlez d’un film que je ne connais pas, il me vient immédiatement l’envie d’en acheter le DVD, ce que je fais parfois. Souvent, vous donnez à lire la critique d’un film que j’ai vu et j’aime découvrir ce que vous en pensez. Mais là, j’avoue que la surprise est totale, si j’avais dû parier sur votre appréciation de Triple Frontière de J.C. Chandor, je n’aurais pas misé beaucoup. Or, ce n’est pas le cas, vous avez beaucoup aimé. Permettez-moi d’apporter un contre-point et de vous livrer ma version de ce film.

Ce projet m’intéresse depuis ses débuts, en dépit de tous les remaniements de castings, les arrêts de productions, les retours de productions etc. Une fois le film en boîte, l’envie est toujours là, légèrement amoindrie par la présence de Ben Affleck (Point Ben Affleck : décidément, il perd des points de présence à l’écran au fur et à mesure qu’il vieillit). L’idée de départ de Triple Frontière, la promesse de décors naturels ébouriffants (dont Netflix nous a habitué depuis Narcos et Sense8, coucou les plans larges aériens) et le plaisir de voir un bon film d’action bien ficelé et ambitieux ont réussi a garder mon excitation quasi intacte. Et puis plus très intacte. Et puis assez abîmée à mesure que j’avançais dans l’histoire, à cause de toutes les invraisemblances et autres scènes ridicules ou absurdes qu’elle contient.

*ATTENTION SPOILERS * On peut fermer les yeux sur 1 ou 2 invraisemblances quand on comprend que c’est dans l’intérêt du film mais là il y en a trop pour être à ce point aveugle. Déjà on parle quand même d’une forteresse ultra-secrète, inaccessible et soit disant ultra-sécurisée qui se trouve en fait à 30 minutes du village (et dans laquelle on peut tout filmer tranquillou comme Jean-Yves Lafesse à la grande époque). Nos gars y rentrent sans transpirer, grâce à leur pince coupante trop pratique qu’ils utilisent pour sectionner le petit grillage tout mignon qui borde la propriété. Puis ils ne sont pas embêtés par le monde car à part un garde qui dort devant la télé, personne n’est là pour protéger ces centaines de millions en cash. “Il ne quitte jamais son argent” dit-on dans le film à propos de Lorea, dressant ainsi le portrait d’un homme fou de ses dollars et qui n’hésiterait pas à le défendre s’il le fallait. Ben là apparemment il a dû hésiter parce que rien ne vient déranger nos 5 gaillards qui commencent à rafler bien plus que prévu (ben oui, il y avait plus d’argent qu’ils ne le pensaient). Par conséquent, une fois tous ces non-obstacles franchis, le plan dégénère en 2 secondes parce que d’un coup, Affleck (encore lui), dont on nous vend au début du film le caractère sage, réfléchi et pondéré est pris d’une furieuse envie d’être encore plus richissime que richissime. Il fallait bien que l’accroc vienne de quelque part mais peut-être y avait-il d’autres chemins. Bref, toujours est-il que ces 250 millions en cash, et bien ils les ont et qu’il faut bien en faire quelque chose !

Plutôt que d’admettre qu’ils ont chacun assez d’argent pour mettre à l’abri du besoin les 5 générations qu’ils peuvent engendrer, ils décident quand même mordicus de tout garder, quitte à se fader les transports à la chaine.

C’est là où je suis vraiment devenu cynique. Plutôt que de se dire qu’ils pourraient planquer l’argent et revenir le chercher plus tard, ils continuent leur périple et décident à un moment d’en envoyer un en éclaireur. Je me suis étouffé avec mon cookie en voyant que les trois autres avaient décidé de ne plus bouger en attendant le retour de leur pote – pourquoi ne pas avoir continué, ils auraient gagné du temps. En définitive, ils ont risqué leur vie et la sécurité de leur famille qui dépendait d’eux, tout ça parce que Droopy Affleck a réussi à convaincre les autres en deux secondes qu’ils devaient prendre plus d’argent, quitte à faire un bain de sang chez les loufiats bien patauds du grand méchant Lolo. Par conséquent, ils s’accrochent à l’argent coûte que coûte, pour finalement brûler une partie des billets (gros moment de gêne sur le “fou rire” des personnages quand ils réalisent que quand même, c’est un peu des foufous de faire ça. C’est clair, trop drôle), et pour finir par abandonner les quelques millions qu’ils ont gardé en les donnant à la famille du seul gars qui les a foutu dans la merde à plusieurs reprises et qui a fait capoter leur plan.

J’avais déjà fini mes cookies depuis belle lurette quand Charlie Hunnam, aka l’homme-qui-se-souvient-de-tout-mais-alors-vraiment-de-tout-tout-tout, donne à Oscar Isaac les coordonnées GPS des biffetons. Oscar Isaac, soit le seul de la bande qui a un non seulement un plan B mais un plan qui inclut une femme sublime et des millions à l’arrivée, et c’est à lui qu’on file le tuyau dont apparemment maintenant tout le monde se fout?

JC Chandor m’avait pourtant tellement fait rêver en s’élevant avec succès au rang de James Gray avec son précédent film, le très sous-estimé A most violent year, film doté d’une mise en scène au cordeau et sublimant les soleils d’hivers New-yorkais. C’est dingue de rater un film avec une si belle ambition de départ mais lorsque le virage de la modernité a été à ce point loupé, il ne faut pas s’attendre à des étincelles. Après les vagues OscarsSoWhite et TimesUp, la société évolue aujourd’hui sous nos yeux, et le cinéma en est non seulement un reflet mais a surtout la responsabilité d’en être l’un des acteurs. Or, Triple Frontière est un film composé uniquement d’hommes musclés hétéros, qui passent leur temps à faire un concours de qui a la plus longue et à enchaîner les erreurs évidentes parce qu’après tout (*violons) ce ne sont que des hommes et chaque homme a droit à l’erreur car derrière cette épaisse couche de muscles, de sueur et de poils, il y a un cœur qui bat et qui les rend humains et faillibles. Voir cela en 2019, non merci. Je n’ai déjà pas le temps de voir tous les films que je voudrais alors ce n’est pas pour me farcir des productions ringardes de ce genre, aussi bien produites soit-elles (*fin des violons).

Bisous,

Matthieu

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