Notre lecteur Martin Huguet a vu la saison 2 de The OA et il est en transe (comme beaucoup de monde à la rédaction chaos, on ne vous le cache pas). Pour envoyer vos textes: redaction@chaosreign.fr

«Après une première sortie en 2017, la partie II de The OA poursuit sa lancée décohérente et nécessairement chaos. Trans-personnages, sauts métas, voyages interdimensionnels, rêves-aperçus d’espaces-temps: tout est là.

Ici, comme dans la saison 3 de Twin Peaks à laquelle elle s’apparente, les dimensions – ou cohérences – s’entremêlent continuellement. Les personnages ne savent plus en quelle année ils sont, dans quelle version d’eux-mêmes ils ont atterri.

Déjà la porosité des perceptions est abordée par la folie et les doubles voyageurs. Brit Marling se retrouve dans la peau de cinq personnages différents, ou plutôt cinq versions d’elle-même, et tout le monde, ou presque, semble largué quand il faut la comprendre. Alors on applique une réduction d’elle: on lui plaque une perception simple et facile à comprendre: elle est tarée, elle a vrillé. C’est un cas de trouble dissociatif d’identité. Rangez le dossier. Mais Brit Marling est l’AO: l’ange originel. Elle fait partie de ces êtres suffisamment sensibles pour voyager à travers les miroirs, les dimensions et les temporalités. Ce n’est pas un hasard s’il est directement fait référence à Orphée de Cocteau mais aussi au rideau rouge de la Black Lodge.

Ces individus magiques deviennent des co-dividus progressant dans l’intégration de leurs doubles, de leur peuple multidimensionnel, là où Dale Cooper et Laura Palmer s’y perdent à la fin de Twin Peaks The Return. Les personnages de The OA avancent en essayant de trouver la bonne dimension, la dimension où ils sont réunis avec les membres de leur communauté rêvée : Prairie recherchant Hopper, la tribu du Michigan à la poursuite de The OA, la grand-mère Viet avec sa petite-fille Michelle. Par moments, on ne sait plus si l’on est Dr. Roberts, Hoper ou les deux à la fois. Mais quand on le sait on est intégré et l’on redevient intègre.

Mais là où cette série me plait autant c’est dans sa face-à-face avec l’actualité d’un occident désenchanté. Karim Washington personnifie cette prise de position: auparavant infiltré FBI des milieux musulmans sur le territoire américain, il faisait fleurir les ambitions djihadistes que les autorités venaient ensuite cueillir: «sans moi ils n’auraient jamais appris à faire des bombes». De la pure réalpolitik. Ce personnage cynique et désabusé – il ne croit plus à l’enfantement – va suivre coûte que coûte la piste de Michelle, le double non-trans de Buck, et finira par mettre de côté la raison pour entrevoir l’envers méta de sa dimension dans une scène finale complètement tarée.

Dans The OA, transperce le portrait diffus d’une époque: les personnages sont rivés sur des écrans, balancés entre réalités virtuelles et virtualités réelles, sans emprise sur l’actualité du monde. C’est dans ce système isolant les singularités que la tribu hétérogène du Michigan se transforme en une bande de co-wanderers, de co-errants s’affirmant par leur solidarité, leur sens redécouvert de la communauté. Ils défoncent leurs téléphones et plongent dans les vagues de l’océan.

En retournant dans la dimension de la première saison, la série fait preuve d’une grande tendresse envers ses personnages là où elle aurait pu les abandonner. Tous sont finalement humains. Les gentils comme les vilains, les sexy comme les communs, les homos comme les trans et les hétéros ; et leurs vies en tant que personnes ne se limitent pas à la présence de l’AO.

Après une première saison résolument mystique, la deuxième partie s’oriente vers un enchantement chamanique du monde, de son époque et de ses lieux. Si elle manque généralement d’humour, la liberté avec laquelle elle modèle son monde est délirante. L’épisode Syzygie avec l’énorme poulpe médium et le rêve extra-diégétique dans l’avion est un grand kiff.

Quand l’AO est plongée dans les racines de San Francisco, la série semble nous prévenir : nos comportements sont peut-être plus influencés qu’on ne le pense par la réalité chaotique et le chevauchement poreux des cohérences mais il ne faut pas, à la manière d’Hap, en faire une domination du monde, il faut plutôt s’en servir pour retrouver son intégrité. Ici et maintenant.»

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