[VOX POPULI] «Restez chez vous, qu’ils disaient!»

Notre lecteur Fabio Bevilacqua a regroupé ses recommandations cinéma autour du thème «restez chez vous». Pour envoyer vos tops, lettres, critiques etc., une seule adresse: redaction@chaosreign.fr

Le Desert des Tartares (Valerio Zurlini, 1976)
Certains n’ont pas attendu Parcoursup pour se manger un bon choix de débouché bien dégueu. Regardez le lieutenant Drogo, le sourire conquérant et l’envie de coller deux paires de claques à qui oserait s’attaquer aux siens. Il pensait se la couler douce et revenir chez papa et maman le week-end pour laver son linge, et voilà qu’il se retrouve affecté dans une garnison collée à un désert à Pétaouchnok, pour guetter une éventuelle attaque d’éventuels ennemis qu’un capitaine aurait entrevus, un soir qu’il s’était sans doute saoulé à mort tellement le coin est triste. Cela a l’air un peu pénible comme ça mais on a là un grand morceau de cinéma sur l’attente, le temps, la patience. Même si l’adaptation de Zurlini n’a pas la puissance de l’oeuvre dont elle est tirée (Le Désert des Tartares donc, de Dino Buzzati) elle aide à relativiser notre bref confinement, alors que Drogo aura lui perdu sa jeunesse et ses rêves. Et tout ça sans avoir pu mater un seul bon film.

Sorcerer (William Friedkin, 1977)
Mais quelle idée ils ont eu ces quatre couillons de truander dans leur pays! Ils se retrouvent maintenant dans le trou du cul de l’Amérique du Sud, à devoir conduire en pleine jungle des camions montés sur nitroglycérine pour regagner leur liberté. Jamais au cinéma un tronc d’arbre au milieu de la route n’aura provoqué autant d’émois. Pendant deux heures, on se crispe, on sue comme dans la pampa, on souffle et on prie pour que ces grosses roues passent sans trop de secousses sur ces petits chemins de terre. Avant de se dire : “mais putain, qu’est-ce qu’on est bien dans son 40m2“.
PS. On pourra d’ailleurs enchaîner sur le livre La Serpe de Philippe Jaenada, qui refait l’enquête sur un triple meurtre dans les années 40, dont le romancier qui a écrit le script du Salaire de la peur (dont Sorcerer est adapté) était l’accusé.

Sieranevada (Cristi Puiu, 2016)
Quand on a pas de chance, même en restant dans le cadre confortable de sa maison ou de son appartement, les choses peuvent tourner au vinaigre. Une vinaigre que Cristi Puiu va déverser sur chacun de ces personnages pendant 173 minutes, dans un huis-clos grinçant qui tourne autour de la cuisine, du salon, et un peu de salle de bain, car il faut bien se laver les mains avant de se coller des baffes (surtout en cette période d’épidémie). Mais ça fait quand même du bien de regarder cette famille roumaine s’engueuler sur à peu près tous les sujets, sans plus savoir si on doit en rire ou en pleurer. J’en regretterais presque les déjeuners avec ma belle-mère, tiens. Vivement la fin du confinement!

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici