[VOX POPULI] «Pendant le confinement, revoyez ‘Magnolia’ de Paul Thomas Anderson»

Notre lecteur confiné Sébastien Guyot envoie un message cinéphile et amical aux autres lecteurs confinés: revoyez Magnolia de Paul Thomas Anderson. Pour envoyer vos tops, lettres, critiques etc., une seule adresse: redaction@chaosreign.fr

Faites le test, comme moi. Revoyez ce film qui, si vous l’avez perdue, vous redonnera foi au cinéma. Los Angeles, une journée presque comme les autres. Un vieil homme souffrant d’un cancer (Jason Robards /Earl Partridge) n’a plus qu’un désir, revoir le fils qu’il a abandonné, avant de mourir. Sa femme (Julianne Moore /Linda Partridge) l’a épousé pour sa fortune mais face à sa mort de son cher et tendre, elle craque et se drogue avec les médicaments de ce dernier pour noyer son chagrin. A leur côté, un infirmier dévoué (Philip Seymour Hoffman /Phil Parma) s’occupe du patient à domicile; c’est lui d’ailleurs qui prend l’initiative de retrouver le fils du vieux, un télévangéliste gourou du sexe (Tom Cruise /Frank T. J. Mackey) qui lutte abondamment contre le féminisme. Ailleurs, un animateur d’un jeu télévisé (Philip Baker Hall /Jimmy Gator) où des enfants «génies» affrontent une équipe d’adultes pour gagner de l’argent, se trouve lui aussi malade, il a un terrible secret à avouer à ses proches. Ses proches comme sa fille (Melora Walters/Claudia Gator), paumée et camée dont l’arrivée d’un flic (John C. Reilly /Jim Kurring) va tout changer. Participant du fameux jeu de son père, un surdoué (Jeremy Blackman /Stanley Spector) est confronté au manque d’amour de son père, qui voit en lui une façon de se faire du fric. Et enfin une ex-star du jeu télé dans les années 60 (William H. Macy) qui souffre d’un mal d’amour. Ces 9 personnages, étrangement liés, vont voir leur croyance s’écrouler, les apparences s’effondrer et leur vie basculer.

Détail qui a son importance: lorsque l’on quitte un personnage pour un autre, on revient vers celui-ci à l’endroit où on l’a quitté. Magnolia s’ouvre sur trois petits sketches hilarants où une voix off nous avertit qu’il y a des choses bizarres se produisant tout le temps, à tel point que «si c’était dans un film, vous n’y croiriez pas». Un prologue drôle et tragique pour nous prévenir que des choses bizarres arrivent, se produisent tout le temps dans nos vies, à chaque minute. Et donc, qu’à chaque minute, tout peut basculer, changer, se briser, se construire. Puis arrive le titrage classique avec les différents intervenants techniciens et de productions jusqu’à l’apparition du titre Magnolia qui apparaît sur un fond de carte de la ville de LA, après qu’un magnolia (la fleur) se soit ouvert. Ensuite, le film débute avec le show de Mackey. Le film se déroule sur 24 heures. Il est clairement divisible en trois actes distincts, ponctués par des bulletins météos en guise de titres (toujours des nuages sur un fond bleu!) et annonciateurs d’un orage, d’un coup de théâtre.

Mais au-delà de sa mécanique impeccable, de la fluidité de son montage et de sa réalisation, c’est bel et bien l’émotion qui va tout dévaster comme un éléphant comme un magasin de porcelaine. Rien que par sa musique, omniprésente, même lorsque les personnages parlent. Je pense aussi évidemment à cette sublime séquence où les personnages se mettent à chanter la chanson Wise Up d’Aimee Mann, une chanson qui chante tous pour unir leurs solitudes, le temps d’une accalmie. Aujourd’hui, l’effet peut sembler éprouvé, tant il a été repris, notamment par Richard Kelly à la fin de Donnie Darko lors d’une séquence similaire où les personnages se réveillent tous en pleine nuit sur le son de Mad World, la reprise des Tears For Fears. Mais il reste terriblement émouvant. Comme le film, en somme, jusque dans ses craquages (Julianne Moore à la pharmacie!), jusque dans ses effets (la pluie de grenouilles!), jusque dans ses moments attendus (Tom Cruise qui pleure sur le lit de son père!). Jusqu’à sa séquence finale, le bout du bout, l’acmé, la somme de tous les parcours, de toutes ces trajectoires, où tout passe par un visage, un regard, un dernier sourire, celui de la comédienne Melora Walters. C’est la lumière au bout du tunnel, l’espoir pour tous ceux que la vie a brisé. Vous voyez, des choses bizarres arrivent: oui, elles arrivent et oui, elles peuvent être belles. Revoyez Magnolia, on en a tous besoin.

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