[VOX POPULI] «Mes films confinement et grosse chiale»

Si nous sommes tous confinés, le Chaos reste l’endroit idéal pour s’évader. Notre lecteur Loic Monsarrat nous a envoyé son top spécial «confinement et grosse chiale, 3 Trier et 2 Lumet». Pour envoyer vos tops, lettres, critiques etc., une seule adresse: redaction@chaosreign.fr

Voici une sélection de films qui traite de confinement au sens large: maladif, religieux, anarchique, maladroit et militant. Et qui vous fout une bonne chiale! Profitez-en! Vous êtes seuls alors préparez vos mouchoirs!

Oslo 31 Août, Joachim Trier (2012)
C’est un peu un film destiné aux trentenaires, les décalés, les désynchronisés. Ceux qui ont raté un certain train que beaucoup de monde a chopé pourtant. Anders, la trentaine triste, est en cure de désintox. Drogue ? Rupture? Routine? Il est séparé de ce monde trop brutal, trop rapide, trop factice. Il va pourtant avoir une nouvelle chance d’en être apprivoisé, un 31 août, dernier jour de l’été en Norvège. Une œuvre brutale, sèche, minimale et d’une beauté à tomber. Le moment présent devient mise en scène, personnage, image-temps. Un cinéma de l’instant et de l’émotion. L’autre Trier, de Norvège, claque un monument de mélancolie.

Breaking the waves, Lars Von Trier (1996)
Cette fois-ci on voyage dans les contrées humides et insulaires de l’Ecosse. Bess est une bigote d’une communauté évangéliste timbrée qui va s’éprendre d’un solide ouvrier qui bosse sur une plate-forme pétrolière. «La suite va vous surprendre…» plutôt vous estomaquer, vous empaler, vous bouleverser. Lars Von Trier dépouille son œuvre de tout artifice. On est à l’arrache, à l’épaule, à la merci du jeu des acteurs et de l’inspiration de leurs personnages. On se dit que ça va tourner mal, très mal, on le connait le petit père Lars quand il sort sa trique…il ne nous rate pas. Alors? Ça fait mal?

Les Idiots, Lars Von Trier (1998)
Bienvenue en plein Dogme 95! Les curieux googleront. On prend sa tranche de camescope, de perche dans le champs et de cadreur à l’image et on ferme sa gueule! L’expérience doit se vivre coûte que coûte! Au début, on se marre de voir cette bande de trolls communautaires foutre le bordel au resto ou à la piscine, puis au fur et à mesure, un goût amer vient tapisser le fond de la gorge. Ça râpe un peu, on fait la tronche à certains moments mais on se dit que ça va passer, ils vont quand-même pas… ah si en fait… on devient jaune, hébété par le show Von Trierien et le jusqu’au boutisme des comédiens. Performances et malaise, on regarde à travers ses doigts mais vient le moment du renoncement. Ouf!… ah non en fait… Lars tient encore son scénario. Et puis… et puis.

Dog Day Afternoon, Sydney Lumet (1975)
Sonny c’est un peu le Agnès Buzin du braquage. C’est bon pas de soucis les gars! On va torcher ça vite fait bien fait, pas de risques c’est du tout cuit! Mais voilà, maintenant on est coincés, impossible de sortir. Le personnage lumétien, c’est un personnage qui court dans le vide, c’est pas de moi mais de JB Thoret. La Agnès va faire la gueule mais balek. Oui, il court dans le vide comme Coyote et là c’est Sonny qui s’y colle, avec Sal. Braquage branquignolesque et vrai descente aux enfers. Pacino rayonne, brille en looser magnifique qui braque mieux les médias que les banques sur cette affaire. Un huis-clos suffoquant, tendu, à temps réel, militant à ces moments et toujours sur la brèche. Une ouverture se dessine tiens !
– Oui mais oú veux tu aller ? Dans quel pays ?
– Wyoming…

Running on empty, Sydney Lumet (1988)
Chialade mais bonne chialade pour une fois! Sobriété et intelligence de mise en scène au menu. L’économie de moyens sert parfaitement le direction d’acteurs et les portraits des personnages. On suit cette famille en cavale dans sa nouvelle identité et c’est comme regarder la vie renaître sous un microscope. On chante, on danse avec eux, les amours adolescentes chatouillent le ventre et on s’y plait. Mais pas trop vite. On prend son temps ici. La peur est un spectre mais on s’en accommode. C’est un confinement presque heureux qui se déroule, heureux et mensonger mais heureux quand même. On rentrerait presque dans la norme attendue… Mais voilà, l’héritage pèse et la fin de l’adolescence approche. L’utopie ne dure qu’un temps, bientôt le moment de se remettre en selle…

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