Notre lecteur Zak Spor donne ses cinq films chaos préférés au monde. Pour envoyer vos textes: redaction@chaosreign.fr

«Cher Chaos,
Voici un petit top 5 chaos que je me permets de vous soumettre puisqu’il Ă©voque d’Ă©clectiques chefs-d’Ĺ“uvre assez peu souvent citĂ©s, mĂŞme dans vos pages.

The Wild Pussycat de Dimis Dadiras (1969)
Dans le (sous) genre bien chaos qu’est le rape and revenge, l’un des films pionniers fut… grec avec ce sublime et vĂ©nĂ©neux Wild Pussycat. La vengeance sexuelle d’une femme qui sĂ©duit et sĂ©questre le bourreau de sa sĹ“ur – une ordure totale –  dans un placard insonorisĂ©. Derrière un miroir sans tain, sans comprendre ce qui lui arrive, il agonise en observant la belle le narguer en s’envoyant en l’air. On reconnait bien lĂ  l’argument d’Emmanuelle et Françoise (1975) de Joe D’Amato et Bruno Mattei, qui ont purement et simplement dupliquĂ© cette perle de perversitĂ© et qui lui est, pourtant, bien supĂ©rieure. Un sommet de sexploitation europĂ©enne, conçue pour le marchĂ© international, aussi vicieux et tordu que dĂ©licieux et glamour. Palme du chaos Ă  l’actrice Gisela Dali, marmorĂ©enne et sensuelle, divine et animale, terrifiante et sĂ©duisante.

Hitler, Un film d’Allemagne de Hans-JĂĽrgen Syberberg (1977)
L’Allemagne d’Hitler ou l’horreur absolue, la fin de l’humanitĂ©, le dĂ©sastre inconcevable. Il fallait bien le talent, malheureusement bien oubliĂ©, de Syberberg pour orchestrer l’exorcisme, comprendre le gĂ©nie du mal, lui donner une dernière chance et ainsi mieux le cerner et vaincre avec la seule force d’un film fauchĂ©! Mais quel film! 7h30, soit le temps d’une nuit blanche fiĂ©vreuse et agitĂ©e, une entreprise esthĂ©tique dĂ©mesurĂ©e, terrifiante et exaltante et un manifeste de cinĂ©ma sur le cinĂ©ma tout Ă  la fois. Brecht et Wagner Ă  l’unisson et le cinĂ©ma se fit Ĺ“uvre d’art totale. Coppola, Daney, Deleuze, Susan Sonntag, ne s’Ă©taient pas trompĂ©s. Une folle ambition que seul un Godard tenta d’atteindre avec ses Histoire(s) du cinĂ©ma.

Charlie Bravo de Claude Bernard-Aubert (1980)
Le chaos de la guerre, du cĂ´tĂ© de la France et de ses colonies… Outsider de la Nouvelle Vague, Claude Bernard-Aubert a cĂ´toyĂ© et provoquĂ© le chaos toute sa vie: 6 ans en Indochine et des films qui s’obstinèrent Ă  mettre dĂ©libĂ©rĂ©ment les pieds dans le plat (Les Tripes au soleil, L’Affaire Dominici, L’Aigle et la colombe, etc). Une faillite malvenue en 1974 et c’est son doppelgänger Burd Tranbaree qui rĂ©alise une quarantaine de films X (la qualitĂ© française) pour lui sauver la mise et le remettre en selle. Le retour est saignant, avec un nouveau film de guerre – L’Indochine encore, 24 ans après sa Patrouille sans espoir -, âcre, barbare, brutal, tantĂ´t documentaire, tantĂ´t un peu film d’action voire mĂŞme parfois navet, mais sans concession aucune. Avec en prime la scène de pipe la plus touchante et la plus hallucinante – donc chaos – du cinĂ©ma français.

Les Deux bienheureux d’Ingmar Bergman (1986)
L’amour fou, c’est chaos et tout Bergman relève du chaos suprĂŞme. MĂŞme son tĂ©lĂ©film le plus obscur, diffusĂ© une seule fois Ă  la tĂ©lĂ©vision française vers la fin des annĂ©es 80, et jamais re-montrĂ© depuis. Une image vidĂ©o prĂ©caire, une mise en scène minimaliste et un huis-clos bavard dans lequel Harriett Anderson, folle comme une bique, se rĂ©fugie avec son Ă©poux dans la penderie pour se protĂ©ger avec un parapluie des gouttes d’acide qui dĂ©goulinent du plafond! Elle emmènera Ă©videmment sa moitiĂ© dans les trĂ©fonds de sa paranoĂŻa. Une histoire qui se finit très mal et nous laisse un souvenir hantĂ© et… acide trente ans après.

Silip – Daughters of Eve d’Elwood Perez (1985)
Une dĂ©couverte des derniers jours qui mĂ©rite bien une mention. Cet obscur film Philippin des annĂ©es 80 envoie une dose de chaos des plus gratinĂ©es. Un village reculĂ© et arriĂ©rĂ©, un bord de mer, des filles sublimes, le dĂ©sir, la frustration sexuelle, l’aliĂ©nation religieuse et la mort forment un cocktail explosif et ravageur remarquablement interprĂ©tĂ© et mis en scène. Rares sont les films oĂą les scènes Ă©rotiques sont aussi intenses et cĂ´toient une telle sauvagerie primitive. Plus qu’un film de boules, plus qu’une histoire sensationnaliste sordide, c’est surtout un pamphlet ultra-violent contre la religion et un petit chef-d’Ĺ“uvre inconnu, un diamant brut et malpoli.

L’Outsider Chaos: Umberto Lenzi! Si, si le petit maestro italien, qui Ă  son apogĂ©e carburait Ă  3 films par an et qui savait tout faire, pas forcĂ©ment mieux que ses collègues, mais qui savait y faire. Ce n’est pas tant pour ses films de cannibales zombies, ses pĂ©plums, westerns ou gialli qu’on lui accorde cette distinction que pour sa sĂ©rie poliziotteschi du milieu des annĂ©es 70, genre dans lequel il excella. Des films mal-pensants, choquants, renversants qui carburent et dĂ©fouraillent sans rĂ©pit ni retenue dans les mĂ©andres sordides des annĂ©es de plomb. De l’action pure, du chaos en barre! S’il fallait n’en citer qu’un, la mort dans l’âme, ce serait La rançon de la peur (1974) avec un fabuleux Tomas Milian incarnant l’un des psychopathes les plus vicieux de l’histoire du cinĂ©ma.»

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