Notre lecteur Xavier Le Breton donne ses cinq films Chaos préférés au monde. Envoyez vos textes: redaction@chaosreign.fr

L’âge d’or de Luis Buñuel (1930)
On le dit pas assez mais L’âge d’or a presque autant marquĂ© qu’Un Chien Andalou. Pour commencer, c’est le premier film parlant de Buñuel. Ensuite, il reprend la structure narrative du prĂ©cĂ©dent court – qui devait d’ailleurs Ă  l’origine s’appeler “La bĂŞte andalouse”. Enfin, il a provoquĂ© lors d’une avant-première la colère des ligues d’extrĂŞme droite qui ont attaquĂ© la salle de cinĂ©ma et lacĂ©rĂ© plusieurs toiles surrĂ©alistes exposĂ©es dans l’entrĂ©e. Loin d’ĂŞtre annulĂ©es, les projections ont finalement repris mais sous la protection de la police. Le scandale poursuit Dali et Buñuel lorsque la sanction tombe comme un couperet le 10 dĂ©cembre 1930: L’âge d’or est interdit de projection. Il faudra attendre 1981 pour que cette interdiction soit levĂ©e. Soit deux ans avant la mort de Buñuel. Et le film sinon? C’est un attentat Ă  la pudeur et c’est sublime.

Martyrs de Pascal Laugier (2008)
FinancĂ© in extremis par Richard Grandpierre, qui avait dĂ©jĂ  produit IrrĂ©versible, tournĂ© au QuĂ©bec dans des conditions difficiles, notamment pour ses deux actrices principales, Martyrs a en plus fait les frais d’une Ă©norme polĂ©mique lors de sa sortie en salles. Logique. Laugier flirte ici avec la ligne rouge. Celle du shocker qui dĂ©voile avec un sĂ©rieux papal un catalogue de visions aussi atroces que rĂ©alistes, avant de filer vers un twist final dingue. Pas exactement agrĂ©able Ă  regarder, le film n’en reste pas moins un objet fascinant, au nihilisme sans Ă©quivalent dans le cinĂ©ma français – voire mondial.

Alice ou la dernière fugue de Claude Chabrol (1977)
SpĂ©cialiste ès-thrillers, Claude Chabrol laissait deux secondes sa verve antibourgeoise pour faire du fantastique pur. Cette fois-ci, il adapte Alice aux pays des merveilles en donnant le premier rĂ´le Ă  Sylvia – Emmanuelle – Krystel et en alignant les seconds rĂ´les tous aussi extravagants les uns que les autres dont Charles Vanel jouant un vieil homme lubrique et mystĂ©rieux. On dit merci Ă  Jean-Pierre Dionnet qui l’a exhumĂ© et diffusĂ© sur Canal – autre Ă©poque…

Donnie Darko de Richard Kelly (2001)
Qui dit chaos, dit ce film complexe dont l’intrigue nous situe dans une petite bourgade middle class de Virginie. Au centre, Donnie Darko donc, un ado brillant mais dĂ©saxĂ©, souffrant de somnambulisme et de visions fantasmagoriques. Tout pourrait bien se passer puisqu’il est suivi par un psy qui a dĂ©celĂ© en lui tous les symptĂ´mes d’une schizophrĂ©nie paranoĂŻaque, mais c’est sans compter sur l’emprise morbide de Franck, l’ami imaginaire de Donnie, qui prend l’apparence d’un lapin Ă  taille humaine et au visage effrayant. Lorsque Donnie Darko Ă©chappe miraculeusement Ă  la mort après la chute d’un rĂ©acteur d’avion dans sa chambre, Franck lui annonce que la fin du monde surviendra dans 28 jours, 6 heures, 42 minutes et 12 secondes… C’est le dĂ©clencheur qui pousse Donnie Ă  accomplir une chaĂ®ne de mĂ©faits conduisant au dĂ©nouement. C’est aussi le dĂ©clencheur qui sème le spectateur dans les mĂ©andres de valses interprĂ©tations. D’un cĂ´tĂ©, Richard Kelly, scĂ©nariste et rĂ©alisateur de Donnie Darko, compose son intrigue avec tous les ingrĂ©dients (univers parallèles, voyages dans le temps) qui constituent les meilleurs films fantastiques, proches de la science-fiction. De l’autre, il promène le spectateur dans les abĂ®mes du thriller psychologique aux multiples comprĂ©hensions. Si l’on suit les dĂ©lires d’un ado schizophrène, peut-on ĂŞtre omniscient? S’agit-il d’un rĂŞve qui nous fait tourner en rond? A-t-on vu le mĂŞme film? A-t-on eu une hallucination? Le regarder une treizième fois nous allègera-t-il d’autres interrogations? C’est ce qui fait de Donnie Darko un film culte: poser beaucoup de questions, sans jamais offrir une seule rĂ©ponse.

Soeurs de sang de Brian de Palma (1973)
Hommage appuyĂ© Ă  Psychose et FenĂŞtre sur cour du maĂ®tre Hitchcock, le premier thriller de Brian de Palma permet au cinĂ©aste d’affirmer un style et des obsessions qui marqueront la suite de sa filmographie. Il explore brillamment le thème du double Ă  travers les personnages de Danielle Breton (Margot Kidder), et de sa jumelle Dominique. Cette fois, l’utilisation du split-screen – gĂ©niale -, n’est pas qu’un gadget mais s’avère le moyen idĂ©al de traduire toute la complexitĂ© d’une hĂ©roĂŻne trouble au passĂ© mystĂ©rieux. La musique lancinante de Bernard Herrmann donne une tension latente Ă  ce thriller psychologique de haute volĂ©e, au scĂ©nario d’une ingĂ©niositĂ© diabolique.

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