Notre lecteur Vincent Bégué donne ses cinq films Chaos préférés au monde. Pour envoyer vos textes: redaction@chaosreign.fr

Schizophrenia/Angst de Gerald Kargl (1983)
À sa sortie de prison un tueur décide d’immédiatement recommencer. Accrochez vous pour une embarquée psychologiquement aussi trouble que malveillante de 75 minutes (ou 83, la durée étant variable selon la version). Dans ce film, on plonge entièrement dans les sinuosités abyssales de l’esprit malade de notre protagoniste. Il faudra donc s’habituer assez rapidement à entendre les sévices infligés au tueur durant son enfance en le regardant (notamment) noyer un handicapé. Formellement sublime dans sa capacité à offrir des mouvements de caméra d’une virtuosité assez rare. Ces derniers qui associés à la voix off omniprésente de notre psychopathe transforment le film en un objet précieux aussi bien expérimental que sensoriel. Sans oublier ses «transitions très élégantes» comme le souligne si justement Gaspar Noé. S’il y avait plus de films comme Schizophrenia le monde serait certainement meilleur. Enfin peut être pas mais on peut toujours l’espérer.

Ex Drummer de Koen Mortier (2007)
Quand un groupe punk constitué d’handicapés décide d’engager un écrivain comme batteur ça donne une œuvre qui empeste les mégots, le sang et le sperme. Un peu comme un épisode de Strip Teasedans lequel tous les intéressés se seraient défoncés au speed et au white spirit comme des arrières pour booster leur soif de désordre et de brutalité. Les idées de mise en scène anarcho-nihilistes de Koen Mortier ne manquent pas d’ingéniosité quand il s’agit de retranscrire la violence aussi bien physique et morale de ses personnages. Cette belle bande de dégénérés à l’éthique frôlant le néant absolu nous transporte dans les méandres de la marginalité flamande. Vacillant toujours sur la frontière du malsain et du rire nerveux, Ex Drummer trouve une certaine harmonie dans le désordre et le chaos, même s’il est vrai que la gratuité de certaines scènes est parfois assez décelable. Mongoloids rules the world.

Baxter de Jérôme Boivin (1989)
Baxter est un chien. Il passe dans trois familles et nous le raconte avec sa voix si singulière. Ce concept du «narrateur chien» excelle et ne s’essouffle à aucun moment dans ce film à l’écriture adoptant des allures de triptyques. Visuellement, Baxter est impressionnant avec ses distorsions dans certains de ses plans lorsque l’on voit à travers son regard ou dans ses souvenirs. Sans compter que le chef opérateur (Yves Angelo) n’oublie pas de nous sublimer le tout avec son hypnotisme colorimétrique. Par sa candeur et sa réflexion primaire, ce brave toutou qu’est Baxter nous offre un point de vue extérieur remarquablement inquiétant sur la condition humaine. Condition humaine pas très brillante quand on voit que le constat canin s’achève sur un appel au refus de l’ordre et de l’obéissance. Un sacré anarchiste ce clébard. Le métrage (scénarisé cyniquement entre autre par Jacques Audiard) ne donne pas un aspect particulièrement idyllique de la vie de quartier, loin de là. De la démence sénile à l’apologie juvénile du III ème Reich on peut se laisser penser que l’expression « une vie de chien » s’impose à ce film comme une évidence. Putain de bull terrier.

Under the skin de Jonathan Glazer (2013)
Une alien campée par Scarlett Johansson sillonne l’Écosse à la recherche de sa proie favorite: les hommes. À travers le regard de son personnage Jonathan Glazer décortique les mœurs d’une société devenue ultra rapide et grouillant comme un ilot de fourmis, une masse informe qui étouffe toute tentative d’individualité en son sein même. Les scènes de mises à mort sont d’une inventivité esthétique qui nous fait tout simplement tutoyer les dieux. En effet, ces images d’une grande froideur ont pour première victime notre confort dans ce périple sensoriel. Le parcours est celui d’un personnage qui va volontairement s’affranchir de sa propre condition innée afin de découvrir les plaisirs et les souffrances de l’humanité. Un sacré doigt d’honneur au déterminisme. Glazer n’oublie pas non plus de nous questionner également sur la nature des véritables monstres. À la fin de ce voyage initiatique, il sera bien ardu de na pas être hanté par la musique de Mica Levi collant si bien à cet ovni cinématographique.

Near Death Experience de Gustave Kervern et Benoît Delépine (2014)
Après avoir effectué des prises de krav-maga sur ses ravisseurs dans un téléfilm chez Guillaume Nicloux, Houellebecq signe son premier rôle au cinéma dans Near Death Experience. Kervern & Delépine l’affublent d’une audacieuse tenue de cycliste et de la mission de mettre fin à ses jours dans une montagne des Bouches du Rhône à la suite de son burn out. Les pérégrinations aussi déambulatoires qu’aléatoires de Michel vont le pousser à jouer avec des fourmis, boire l’eau d’une piscine et surtout à danser comme un effronté sur du Black Sabbath, une certaine vision du chaos. Effectivement, le dispositif narratif dispersé du film est tout aussi anticonformiste que le duo grolandais, ses scènes (souvent improvisées le jour même) s’accumulent avec une poésie assez déconcertante. La silhouette de Michou certainement pas dénuée de charisme (même si elle ressemble davantage à un vielle cigarette qu’à autre chose) y fait pour beaucoup. Une véritable odyssée grinçante qui n’oublie jamais d’être un hymne à la solitude et surtout à la nature. Ici, la technologie peut aller se faire foutre. Le grain si notoire de la pellicule nous pousse à nous demander si sa création n’a pas pour unique but de magnifier la fraise de Michel Houellebecq. De toute façon, tel que le dit si bien le premier intéressé : «M’en fous je suis mort!»

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